Face à la dévitalisation, les régions plaident pour l’immigration

(Québec) Des maires lancent un cri du cœur à François Legault et à tous ceux qui « aspirent » au pouvoir en octobre : les régions ont besoin de l’immigration, sans quoi le Québec est condamné au déclin et à l’appauvrissement. Il faut tourner le dos à la politique de « méfiance » et de « ressentiment » envers les immigrants, plaident-ils.
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5 h 00
« Abolir le Programme de l’expérience québécoise, c’est fermer nos régions. C’est triste, la façon de voir du ministre de l’Immigration Jean-François Roberge », laisse tomber Vincent Bérubé, maire de La Pocatière.
Comme bien d’autres élus municipaux, il est aux premières loges pour voir les dégâts causés par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et le resserrement des permis de travail au fédéral : des entreprises sont en difficulté, des commerces risquent de fermer et des services à la population sont menacés.
M. Bérubé est personnellement touché. Comme propriétaire d’un restaurant, il risque de perdre un chef cuisinier venu s’établir au Québec avec sa famille. « Son contrat de travail finit en décembre 2026. Avec tout le brouhaha… Ça génère chez lui tellement d’anxiété, et chez nous aussi », laisse-t-il tomber.
À quoi bon convaincre un immigrant de s’établir en région avec sa famille, lui trouver un logement et l’aider à s’intégrer, si on ne peut pas lui garantir qu’il pourra rester pour de bon ? se demande le maire de La Pocatière.
Vincent Bérubé, comme les 46 autres membres du conseil d’administration de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), a signé une lettre ouverte à François Legault, à Jean-François Roberge, et qui s’adresse aussi aux politiciens qui convoiteront un poste de premier ministre aux élections d’octobre1.
Le Québec, disent-ils, fait face « à son destin démographique ». Parmi les inquiétudes exprimées dans leur lettre :
- « La majorité des régions entrent dans une phase de déclin en l’absence d’une immigration soutenue ».
- « Le vieillissement accéléré de la population ainsi qu’un taux d’accroissement naturel négatif dans 12 des 17 régions auront des impacts douloureux à bien des égards, à commencer par nos entreprises, nos services publics et notre tissu social ».
- « La réalité du déclin démographique et de l’appauvrissement qui y correspond ne disparaîtra pas sous prétexte que nos dirigeant(e)s d’aujourd’hui font le choix de l’ignorer, et ce, malgré le fait que toutes les voix de la société civile réclament un changement strict d’orientation ».
Ils demandent à la « nouvelle génération de dirigeant(e)s politiques » de faire preuve de leadership face à ce défi, « plutôt que de s’enfermer dans des politiques peut-être populaires dans l’immédiat, mais fondées sur la méfiance et le ressentiment », écrivent les maires.
« Aucune prévisibilité, aucune stabilité »
Antonin Valiquette, maire des Îles-de-la-Madeleine, est aussi fort critique du nouveau système mis en place par la CAQ. Le nouveau programme n’offre « aucune prévisibilité, aucune stabilité ».
« Ce sont des humains, pas juste des pièces Tetris que tu peux caser à gauche puis à droite », dénonce-t-il. Sa communauté est à risque de perdre sept éducatrices en CPE originaires de Tunisie. « On est allés les recruter avec un financement du ministère de l’Immigration », souligne-t-il.
Le gouvernement a annoncé jeudi que 6300 employés du réseau de la santé visés par l’abolition du PEQ seraient admis dans la province. Mais cela rassure peu les maires.
Le discours négatif envers l’immigration a un impact sur le terrain. « Ils vivent une grande incertitude, un sentiment d’abandon par le gouvernement du Québec », dit le maire de Mont-Laurier, Daniel Bourdon. Dans sa région, ce sont des centaines de travailleurs et leurs familles qui risquent de devoir faire leur valise.
Pour nos communautés, c’est catastrophique. Chez nous, ils ont une très très bonne intégration. On leur a trouvé des logements, des poêles, des frigidaires. C’est l’ensemble de la communauté qui s’est investie pour les recevoir adéquatement, et pour qu’ils restent après.
Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier
Même son de cloche dans Charlevoix, où le maire de Baie-Saint-Paul, Michaël Pilote, raconte que les élus sont sollicités par des gens qui demandent de l’aide dans leurs démarches. Des commerces risquent la fermeture à cause des menaces d’expulsion qui planent sur les travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, déplore-t-il.
La situation est absurde, s’insurge le maire : les travailleurs immigrants sont « déjà ici, logés », ils « parlent la langue française », et pourtant, « ils ne sont même pas sûrs de pouvoir rester au Québec ».
Le président de la FQM et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, Jacques Demers, ajoute qu’il ne faut pas mettre les immigrants en concurrence les uns contre les autres. « On a besoin d’eux », lance-t-il. L’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants doivent devenir « la priorité des priorités » du prochain gouvernement, disent les maires.
« Alors que d’autres pays font le choix de gouverner sans tenir compte des faits, nous faisons le choix de prendre des décisions tenant compte de cette réalité », soutiennent-ils.
1. Lisez la lettre ouverte des maires




