« Mik, c’est comme une voiture de F1 »
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LIVIGNO — Michel Hamelin connaît bien les bosses, puisqu’il a entraîné Alexandre Bilodeau avant de prendre Mikaël Kingsbury sous son aile.
Bilodeau, qui a pris sa retraite en octobre 2014, a remporté les épreuves de bosses aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014, devenant ainsi le premier skieur acrobatique, toutes disciplines confondues, à remporter deux médailles d’or olympiques. Il a également été trois fois champion du monde en bosses en parallèle, une discipline qui fera son entrée aux Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Kingsbury participe à ses quatrièmes Jeux olympiques, après avoir remporté l’argent, l’or et l’argent respectivement aux Jeux de 2014, 2018 et 2022.
Hamelin, l’entraîneur de bosses de l’équipe canadienne aux Jeux de Milan-Cortina, affirme que les deux skieurs étoiles québécois sont très différents.
« Bilodeau était comme une voiture de rallye. Il pouvait terminer une course avec une roue en moins, a imagé Hamelin. ‘Mik’, lui, est plutôt comme une F1 (voiture de Formule 1). Il peut faire des ajustements au quart de tour… faire un réglage.
« Bilodeau était un peu plus brutal dans les bosses, a-t-il poursuivi. Il cassait plus de skis. Il utilisait un peu plus sa force que sa touche. Ce sont tous deux de grands athlètes, mais ils utilisaient des techniques différentes. »
Jennifer Heil, chef de mission canadienne à Milan et double médaillée olympique en bosses, admire toujours Kingsbury.
« Tout le monde veut connaître le secret de sa réussite, mais c’est ‘Mik’, vous comprenez?, a-t-elle dit. C’est presque comme s’il ne ressentait pas les défis, mais je ne pense pas que ce soit vrai.
« Il a ses propres enjeux. Il a subi de graves blessures, mais il est revenu et a triomphé, donc ce n’est pas qu’il n’a pas rencontré d’obstacles. Ce n’est pas qu’il n’a pas de doutes comme les autres athlètes, mais il est tellement fort mentalement, physiquement, émotionnellement et tellement passionné par ce qu’il fait qu’il arrive à tout concilier. Je ne sais pas comment il fait, mais c’est tellement beau à voir. »
Hamelin a rencontré Kingsbury pour la première fois lors d’un camp pour jeunes skieurs québécois à Whistler, en Colombie-Britannique. Kingsbury, l’un des quatre jeunes participant à un concours «super simple» organisé par Hamelin, a immédiatement fait forte impression.
« Il est devenu extrêmement précis, extrêmement concentré, s’est souvenu Hamelin. À ce moment-là, j’ai su qu’il était différent… J’ai su que ce gamin avait quelque chose de spécial. »
Plusieurs années et 100 victoires en Coupe du monde plus tard, Kingsbury porte toujours le t-shirt porte-bonheur sur lequel est inscrit « C’est bon d’être le roi ». Il le porte en compétition depuis qu’il est monté pour la première fois sur le podium de la Coupe du monde, en 2010.
Hamelin est émerveillé par la façon dont Kingsbury peut inspecter une nouvelle piste, sentir un saut et comprendre immédiatement comment cela va se passer, même sans skier.
« Il dira quelque chose comme: ‘Tu te souviens, Mike, en 2011, quand nous sommes allés au Kazakhstan pour la première fois? Je vais devoir penser à être un peu plus en avant’. »
Hamelin affirme que plus un skieur de bosses est doué, moins son corps souffre. Si son ‘timing’ et sa technique sont bons, les bottes et les skis peuvent absorber une grande partie de l’impact sur les jambes.
« Le ‘timing’ de l’absorption est la clé. Et ‘Mik’ est le roi dans ce domaine », a-t-il assuré.
Mais pour Hamelin, le plus grand atout de Kingsbury reste son amour éternel pour son sport.
« Il prend toujours beaucoup de plaisir à skier… Quand il chausse ses skis, il redevient un enfant. C’est un enfant professionnel, mais c’est toujours un enfant. Et maintenant, il est papa. Mais au fond de lui, c’est un enfant qui skie. »
Né en août 2024, le fils de Kingsbury, Henrik, fait désormais partie de l’équipe, a expliqué Hamelin.
Kingsbury veut simplement s’amuser sur les pistes, affirmant qu’il skie mieux lorsqu’il profite simplement de la descente plutôt que de penser au résultat.
« J’ai remporté les Jeux olympiques. Je serai champion olympique pour le reste de ma vie, a souligné le skieur de 33 ans originaire de Deux-Montagnes. Pour l’instant, je dois simplement considérer que j’ai la possibilité de répéter. »
L’équipe canadienne a organisé un camp d’entraînement à Val-Saint-Côme, au Québec, site de la Coupe du monde des 9 et 10 janvier, où Kingsbury a remporté l’épreuve de bosses pour sa 100e victoire en Coupe du monde. Kingsbury, qui a limité ses compétitions en raison d’une blessure à l’aine, a toutefois fait l’impasse sur l’épreuve des bosses en parallèle remportée par son coéquipier canadien, Julien Viel.
Avant de partir pour les Jeux, Kingsbury s’est dit très heureux de son retour après sa blessure.
« Il m’a été difficile de voir la lumière au bout du tunnel pendant certains moments où je skiais malgré la douleur. Mais à Val-Saint-Côme, j’ai très bien réussi à gérer ma blessure… Nous approchons les 100 %».
Le camp du Québec était un terrain familier pour les athlètes canadiens et a permis au personnel de modifier le parcours de la Coupe du monde pour le rendre similaire à celui sur lequel ils ont skié l’année dernière à Livigno, site des bosses olympiques.
Hamelin sait à quoi s’attendre de la part du constructeur du parcours olympique.
« En général, il conçoit des parcours où les bosses sont un peu serrées, a confié Hamelin. Pas nécessairement serrées en termes de distance, mais plutôt latéralement. Par exemple, vous pouvez skier presque en ligne droite et, malgré tout, vous retrouver toujours face à une bosse.
« Ce n’est pas le cas de toutes les pistes. L’année dernière, lors de l’épreuve-test à Livigno, c’est ce que nous avons eu. Et j’ai essayé de reproduire cela ici (au Québec) », a-t-il renchéri.
Kingsbury avait terminé deuxième derrière le Japonais Ikuma Horishima dans l’épreuve des bosses lors de l’épreuve-test de mars 2025. Le Canadien avait remporté l’épreuve des bosses en parallèle le lendemain, Horishima terminant deuxième.
À Val-Saint-Côme, Viel a battu Horishima en finale des bosses en parallèle, remportant ainsi sa première victoire en Coupe du monde.
« Julien semble prêt à atteindre son apogée », a déclaré Hamelin à propos du jeune homme de 24 ans originaire de Québec.
Kingsbury est le seul vétéran de l’équipe canadienne de bosses, composée de sept membres. Mais Hamelin souligne que Viel et Maia Schwinghammer ont manqué de peu la sélection pour Pékin et qu’ils ont bénéficié de quatre années de préparation supplémentaires de haut niveau.
Hamelin utilise l’expérience de Kingsbury comme ressource pour les athlètes qui participent aux Jeux olympiques pour la première fois.
Kingsbury a indiqué avoir conseillé à ses coéquipiers de ne pas essayer d’en faire plus que ce qu’ils font habituellement.
« Ils savent de quoi ils sont capables. Nous affrontons aux Jeux les mêmes adversaires que ceux qu’ils ont l’habitude d’affronter. Il suffit de profiter du moment… Ça passe très vite », a rappelé Kingbury.
Il se souvient avoir reçu tout son équipement canadien au Village des athlètes lors des Jeux de Sotchi en 2014.
« Je me sentais comme un enfant à Disney World, s’est-il souvenu. «Et maintenant, je participe à mes quatrièmes Jeux olympiques, et je suis toujours aussi enthousiaste. »
Les Jeux de Milan-Cortina sont les premiers à inclure des épreuves de bosses en parallèle, qui consistent en des courses en duels. Sur les 100 victoires de Kingsbury en Coupe du monde, 37 ont été remportées en bosses en parallèle.
Les juges notent les bosses en fonction de la technique (60% des points), des figures aériennes (20%) et de la vitesse (20%).
Bien que les épreuves de bosses en parallèle se disputent sur le même parcours, il existe un certain degré d’imprévisibilité dans la course contre un adversaire. Une descente médiocre peut tout de même être synonyme de victoire si l’autre coureur chute.
« Ou vous pouvez réaliser votre meilleure descente, mais l’autre skieur peut faire mieux que vous, a-t-il évoqué. C’est difficile. En parallèle, vous devez être très intense et très régulier. En individuel, vous devez être précis .»
Certains coureurs se donnent à fond dans les épreuves des bosses en parallèle, comme s’ils n’avaient rien à perdre. Contre Horishima, Viel a montré que franchir la ligne d’arrivée en premier ne garantissait pas la victoire, en remportant l’épreuve avec une descente plus lente que lui, mais plus propre.




