« Une chance unique » : la dernière danse olympique de Charlène Guignard, la Brestoise devenue milanaise

Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026
Son léger accent ne trompe pas. Dix-sept années passées de l’autre côté des Alpes, « quasiment la moitié de sa vie », ont laissé une empreinte indélébile sur la Brestoise de 36 ans. Aujourd’hui, Charlène Guignard est à la fois la plus milanaise des Bretonnes et la plus bretonne des Milanaises. Et c’est à domicile qu’elle vit ses quatrièmes Jeux olympiques d’hiver, sous bannière italienne.
Une patinoire qui fait partie de son quotidien
Elle réside à un quart d’heure du Mediolanum Forum, théâtre des épreuves de patinage artistique cette année, et a déjà fait sien le théâtre de ses possibles exploits olympiques. Si elle s’entraîne habituellement sur la patinoire qui sera dédiée au short-track lors de ces JO, l’enceinte n’a aucun secret pour elle.
« Ça va faire bizarre de disputer une compétition aussi importante dans un lieu qui fait partie de notre quotidien », confie-t-elle, observant de loin la transformation progressive de sa ville d’adoption au rythme des travaux liés à l’événement. « Ça fait un mois qu’on s’entraîne à Bergame, à une heure de route de chez nous. On est un peu à l’écart de l’effervescence milanaise, poursuit la Finistérienne. Du coup, on n’a pas vraiment l’impression que les Jeux arrivent si vite. Mais c’est aussi une bonne chose, ça nous permet de rester concentrés sur l’entraînement. »
Un retour aux sources pendant les fêtes
Si son présent se conjugue en italien, ses racines, elles, restent solidement ancrées dans le Finistère. Malgré un calendrier chargé entre un championnat d’Europe, conclu par l’argent, et les Jeux, Charlène Guignard a ressenti le besoin de rentrer « au bout du monde » pendant les fêtes. Une parenthèse nécessaire. « J’avais besoin de me ressourcer, de faire un vrai stop à Brest. Retrouver mes frères, ma mère, mes grands-parents, ça fait toujours du bien. »
On a toujours cherché à s’améliorer, à repousser nos limites. Certains couples atteignent un sommet et s’y installent ; nous, on travaille en permanence sur tous les aspects.
Le chemin parcouru lui donne parfois le vertige. « Quand j’étais petite, je disais que je voulais faire les Jeux, comme beaucoup. Mais jamais je n’aurais imaginé arriver à ce niveau-là », confie la Bretonne, patins aux pieds à trois ans et demi pour faire comme ses grands frères, sur la patinoire du Rïnkla Stadium de Brest.
Derrière celle qui a été naturalisée italienne en 2013, la Bretonne qui a grandi au Relecq-Kerhuon n’est jamais bien loin. Elle réapparaît dans les retours au pays, les détails, les habitudes. « Les crêpes du dimanche, sans hésiter ! Avec le billig, j’ai découvert que j’avais le coup de main, sans jamais en avoir fait avant. » Un geste transmis sans apprentissage, comme un rappel discret d’où elle vient.
« Le plus vieux couple de la compétition »
Mais depuis 2010, sa vie est à Milan, aux côtés de Marco Fabbri. Avec lui, elle forme un duo indissociable, sur la glace comme à la ville. Un couple au palmarès fourni, mais encore privé de podium olympique en danse sur glace (14e, 10e, puis 5e).
En 2014, Charlène Guignard et Marco Fabbri avaient participé à leurs premiers Jeux olympiques, à Sotchi, en Russie. (Photo archives EPA/Tatyana Zenkovich)
Il y a quatre ans, l’idée d’arrêter n’avait pas été taboue. Jusqu’à ce que disputer les JO à la maison s’impose comme une évidence. « C’était une chance unique, rappelle-t-elle. S’ils n’avaient pas eu lieu ici, on aurait probablement arrêté plus tôt. Inconsciemment, ça nous a poussés. »
Les résultats récents ont fini de lever les derniers doutes : titres européens, médailles mondiales… La dynamique était trop forte pour être interrompue. « On ne pouvait pas se qualifier et renoncer. Avec nos résultats, on a bien fait de continuer. Quoi qu’il arrive, on est restés au plus haut niveau quatre ans de plus, et c’était essentiel », résume-t-elle, tout en précisant que cette fois, c’est certain, ce seront « les derniers ».
À Milan, Charlène Guignard et Marco Fabbri s’avancent comme « le plus vieux couple de la compétition ». Ils ont fait de l’expérience une force. « On a toujours cherché à s’améliorer, à repousser nos limites. Certains couples atteignent un sommet et s’y installent ; nous, on travaille en permanence sur tous les aspects. »
Charlène Guignard et Marco Fabbri dansent ensemble sur la glace depuis 2010. (Photo Neil Hall EPA)
« On est là pour la médaille »
La flamme, elle, ne faiblit pas. « Les sensations, les émotions… Ce n’est comparable à rien d’autre. » Une aventure encore plus intense parce qu’elle se vit à deux. « On partage tout : les réussites, les galères. Cette force commune nous aide énormément. » Au cœur de la Lombardie, la route vers le podium reste semée d’incertitudes, renforcées par le retour inattendu du Français Guillaume Cizeron aux côtés de la Québécoise Laurence Fournier Beaudry, tout juste sacrés champions d’Europe devant le duo italien.
Aux championnats d’Europe de patinage artistique, la Brestoise Charlène Guignard et Marco Fabbri (à gauche) ont pris la deuxième place pour l’Italie derrière le duo français Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron. (Photo Neil Hall/EPA)
Dans une discipline soumise à l’appréciation des juges et à une hiérarchie mouvante, Charlène Guignard avance sans se prendre la tête. « Notre objectif, c’est de patiner comme on sait le faire, de montrer qui nous sommes. Après, bien sûr, on est là pour la médaille. Ce ne sera pas facile, mais on se battra jusqu’au bout. »
De Brest à Milan, d’une patinoire de quartier à l’arène olympique, Charlène Guignard n’a jamais cessé d’avancer. Italienne par choix, Bretonne par racines, elle ne patinera pas seulement pour une médaille. Derrière cette dernière danse olympique se cachent dix-sept ans d’exil assumé et une vie entière consacrée à la glace. La plus difficile, sans doute. La plus mémorable, assurément.
Repères
Née le 12 août 1989 à Brest
Commence le patinage en 1993
Premier partenaire : Guillaume Paulmier entre 2006-2009
Commence sa collaboration avec Marco Fabbri en 2010
Naturalisée italienne en 2013
Quatrième participation aux Jeux olympiques après Sotchi en 2014, Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022
Octuple championne d’Italie (2019 à 2026)
Triple championne d’Europe (2023 à 2025)
Vice-championne du monde (2023).




