Hockey masculin | Métro, boulot, dodo pour Équipe Canada

(Milan) Il faut une bonne dose de nerfs pour faire partie d’Équipe Canada et ne pas ressentir une certaine pression à l’approche du tournoi olympique.
Publié à
11 h 13
Mis à jour à
12 h 45
Une des questions à laquelle les joueurs ont dû répondre quelques fois cette semaine : cette notion que tout autre résultat que l’or serait considéré comme une déception. Même le pauvre Macklin Celebrini, du haut de ses 19 ans, y a eu droit. « Ce sont nos attentes à nous aussi, a-t-il répondu. Toutes les équipes qui viennent ici veulent gagner. »
Une autre manifestation de cette pression se voit dans la meute médiatique aux entraînements. À vue de nez, il devait bien y avoir une quarantaine de scribes dans la zone mixte, en plus des télédiffuseurs détenteurs des droits.
Dans les circonstances, rien ne vaut de sortir de sa zone de confort, ce que les Canadiens ont fait mardi en filant en métro (!) pour assister à la médaille d’argent du relais canadien mixte de courte piste.
PHOTO MIKE SEGAR, REUTERS
Jon Cooper donne ses instructions à l’entraînement.
« C’était assez fou, a admis Nick Suzuki, après l’entraînement de mercredi. On a marché jusqu’à la gare, pris un train, une correspondance, puis filé directement à l’aréna. C’était une belle activité de groupe. »
Bo Horvat, un peu plus habitué au transport ferroviaire de par sa vie dans la région new-yorkaise, a rappelé que les unifoliés étaient « tassés comme des sardines ». « Mais c’était une belle expérience et ça nous a rapprochés. […] Avec nos manteaux rouges, on était assez faciles à reconnaître ! »
C’est Jordan Binnington qui a joué les guides de voyage. « Il nous a tous ramenés à la maison. Je pense qu’il s’est fait imposer d’être volontaire, et il a accompli sa mission », a résumé Horvat.
Il y aurait ici un lien à faire avec l’autre mission que pourrait se voir imposer Binnington, mais nous n’irons pas là pour la simple et bonne raison que Jon Cooper a refusé de confirmer son gardien partant pour jeudi. « Le partant va le savoir mercredi soir », a répondu l’entraîneur-chef.
Suzuki en mission défensive
Le Canada était de retour devant les caméras pour son entraînement. La séance de lundi aura été « la seule à huis clos », a assuré le directeur général d’Équipe Canada, Doug Armstrong. À défaut d’en savoir plus sur les gardiens, il a été permis d’en savoir plus sur la formation, et sur le rôle que Suzuki y occupera.
Suzuki a bien des qualités. Mais parce qu’il joue 20 minutes par match, parce qu’il joue au centre, parce qu’il anime l’attaque du Canadien, personne ne s’attend à ce qu’il mange les bandes tel un Steve Bégin en 2005, qu’il se jette devant des tirs tel un Doug Jarvis en 1981, qu’il joue les fiers-à-bras tel un Bert Corbeau en 1919.
PHOTO MARTON MONUS, REUTERS
Les joueurs canadiens à l’entraînement
Sauf que le voici aux Jeux olympiques. Pour les exercices d’avantage numérique, ce sont les noms de Sidney Crosby, Sam Reinhart, Connor McDavid, Nathan MacKinnon et Cale Makar qui ont été appelés.
Suzuki se retrouvait quant à lui aux côtés de Brad Marchand, à tenter de défendre le territoire avec un homme en moins.
Bienvenue avec Équipe Canada, là où un joueur de 80 points devient un vaillant guerrier de quatrième trio, où un gagnant du trophée Conn-Smythe est le 13e attaquant.
Après l’entraînement de dimanche, on a cru à un rôle offensif pour Suzuki puisqu’il patinait avec MacKinnon. Mais mercredi, il patinait plutôt au sein de la quatrième unité avec Marchand et Horvat.
Combinaisons à l’entraînement
Attaquants
- Celebrini-McDavid-Wilson
- Marner-Crosby-Stone
- Hagel-MacKinnon-Reinhart
- Marchand-Horvat-Suzuki
- Bennett-Jarvis
Défenseurs
- Toews-Makar
- Morrissey-Parayko
- Sanheim-Theodore
- Harley-Doughty
« Je veux être le gars qui peut jouer avec n’importe qui, pour donner des options à l’entraîneur », a fait valoir Suzuki.
Si les combinaisons observées mercredi tiennent toujours 24 heures plus tard, c’est donc dans un rôle limité que le capitaine du CH devra se faire valoir.
« Ça va me permettre de jouer avec plus de robustesse, d’être plus lourd en échec avant. Pas mal tous les gars vont jouer moins qu’à la maison », a-t-il noté.
Son observation se vérifie. D’une part, les règles internationales permettent d’employer 20 patineurs, plutôt que 18 dans la LNH. D’autre part, le talent disponible encourage une répartition des minutes. À Sotchi en 2014, Jonathan Toews avait été l’attaquant le plus utilisé du Canada, avec une moyenne de 17 min 18 s. Même Crosby (16 min 27 s) n’avait pas atteint les 17 minutes, lui qui en jouait alors 22 par match à Pittsburgh.
Suzuki entend donc s’avancer un peu plus en échec avant, mais sans non plus se dénaturer. « Je pense que je suis assez bon échec avant. Je vais essayer de jouer à ma façon, je ne veux pas changer, j’ai ma place dans l’équipe en raison de ce que je peux faire sur la glace », a-t-il souligné.
Le désavantage numérique s’ajoutera visiblement à sa liste de tâches. Il y touche déjà à Montréal, mais généralement quand un des permanents est au banc des pénalités. À Milan, la blessure à Anthony Cirelli change la donne. Des 14 attaquants originaux d’Équipe Canada, Cirelli était celui qui jouait le plus (2 min 44 s) en désavantage pour son club de la LNH.
Ces minutes devront maintenant être redistribuées, mais avec des habitués comme Marchand, Horvat, Mitch Marner, Mark Stone et Brandon Hagel, disons que Jon Cooper n’est pas dans la rue.
« On a un groupe élite en désavantage numérique, a estimé Suzuki. On communique bien, on a de bons bâtons. Et on pense qu’on peut amener un peu d’attaque. »
Pour en finir avec le village
L’hébergement du Canada a fait jaser ces derniers jours, quand il a été su que les joueurs allaient quitter le village olympique pour dormir à l’hôtel. Suzuki a rappelé que les joueurs des autres pays ont également droit à une chambre d’hôtel, en vertu de ce que la LNH et l’Association des joueurs offrent comme encadrement. Doug Armstrong, DG de l’équipe, a quant à lui estimé que cette histoire avait pris des proportions démesurées. « À Vancouver et à Sotchi aussi, les joueurs avaient l’option de dormir à l’hôtel, a rappelé Armstrong. Parfois, leur famille vient les rejoindre », a-t-il ajouté. C’est d’ailleurs le cas de Suzuki, dont les proches arrivaient en ville mercredi.




