Laurent Dubreuil en direct des Jeux olympiques: pourquoi je n’aurai aucun regret, même sans médaille

À 11h samedi, à l’heure de l’Est, je vais être parmi les patineurs qui prendront le départ au 500 m. Est-ce que ce sera ma dernière course olympique? Je ne sais pas. À mon âge, à 33 ans, ça dépend de tellement de facteurs.
• À lire aussi: Jambes qui brûlent, coups de marteau dans la tête: la douleur insoutenable d’un 1000 m
• À lire aussi: Laurent Dubreuil en direct de Milan: la peur du rhume qui peut tuer ton rêve olympique
J’aimerais ça être encore là dans quatre ans. Mais pour ça, il faudra que je sois encore assez bon et que ça fonctionne encore pour ma famille. Que je trouve que ça vaut encore la peine de partir pour deux mois, de m’ennuyer de mes enfants.
Mais vous l’avez sans doute compris, au fil de mes chroniques: je ne suis pas quelqu’un d’émotif. Possible dernière course olympique ou pas, ça ne change rien pour moi. De toute façon, ce n’est pas comme si c’était le dernier 500 m de ma carrière dans un grand événement.
Je ne suis pas nostalgique, pas stressé, mais fébrile. J’ai hâte. Ma huitième place au 1000 m a brisé la glace, je sais que j’ai de bonnes jambes.
Photo AFP
Ce que je ne sais pas, c’est si ça va être assez pour une médaille. Le calibre est extrêmement relevé. Il y a des patineurs exceptionnels.
Mais moi, je vais être concentré sur ma propre course. De toute façon, je vais patiner avant les grands favoris, alors je ne connaîtrai pas leur temps au moment de prendre le départ.
Il va sûrement y avoir de bons temps au tableau quand je vais patiner, mais les meilleurs seront à venir.
Alors, tout ce que je peux faire, c’est me concentrer sur ma performance, puis me croiser les doigts en traversant la ligne, en espérant que mon temps soit suffisant et qu’il tienne.
C’est la loi du longue piste
Mais peu importe, je serai très serein avec ça. Peu importe le résultat, je ne me coucherai pas samedi soir en me disant que j’aurais dû faire ceci ou cela.
Même si le 500 m, c’est ma distance. C’est donc peut-être ma dernière chance d’avoir une médaille olympique dans ma course de prédilection, celle sur laquelle je suis devenu champion du monde, en 2021.
Le patinage de vitesse longue piste, c’est un sport individuel qui se calcule grâce à un chronomètre. C’est ce que j’aime. J’adore regarder du courte piste, c’est excitant, mais quelqu’un te tombe dans les jambes et c’est fini.
Ça, c’est quelque chose qui me dérange royalement. Ça peut arriver en longue piste – on l’a vu au 1000 m, quand Joep Wennemars a peut-être été privé d’une médaille après un contact avec un autre patineur –, mais c’est rare.
Photo AFP
S’il avait choisi le vélo…
Je ne suis pas capable d’accepter de me faire battre par une injustice ou une malchance. Mais je suis capable d’accepter que je me sois fait battre par quelqu’un qui est meilleur que moi.
Mes chances de médailles seraient meilleures si Jordan Stolz avait décidé de faire de la natation et que Jenning de Boo avait choisi de faire du vélo.
Photo AFP
Ce n’est pas le cas et c’est ainsi dans plusieurs sports: les générations qui suivent sont souvent meilleures que les précédentes.
Ça fait 15 ans que je suis dans l’équipe nationale. Quinze ans que je mange bien, que je me couche tôt, que je fais tous mes entraînements. Si je me fais battre, c’est que je n’aurai pas été assez bon et contre ça, il n’y a plus rien à faire.
Quand j’étais plus jeune et cocky, ma mère me disait: «Attention, un jour, tu vas tomber sur meilleur que toi.» Ce jour-là est arrivé. Stolz et de Boo sont meilleurs que moi.
On peut quand même les battre sur une course et c’est ce que je vais tenter de faire.
Mais si ça n’arrive pas samedi, je serai très serein quand même.
–Propos recueillis par Jessica Lapinski




