L’économiste Sylvain Charlebois perd sa chronique dans «La Presse»

L’économiste Sylvain Charlebois, que les Québécois connaissent bien en ces temps d’inflation alimentaire, a été remercié par La Presse, pour qui il écrivait gratuitement une chronique depuis un quart de siècle.
Dans un message partagé jeudi sur les réseaux sociaux, M. Charlebois, qui est notamment professeur invité à l’Université McGill, à Montréal, a écrit :
« Ma chronique régulière à La Presse a été suspendue indéfiniment cette semaine, après 25 ans et plus de 1000 chroniques. Cette décision ne vient pas de moi. »
Selon le chercheur en distribution et en politique agroalimentaires, cette suspension est liée « à des commentaires publics récents » qu’il a faits relativement au financement des médias par le gouvernement fédéral, via des crédits d’impôt.
Capture d’écran LCN
« Dans mes propos du 28 février dernier, j’exprimais une inquiétude par rapport à la couverture médiatique sur toutes sortes de sujets d’actualité, bien sûr dans le domaine gouvernemental aussi, mais j’étais clair dans le message que je n’étais pas trop inquiet des médias au Québec. C’est ailleurs, au Canada, qu’on sent un changement assez radical », a dit M. Charlebois en entrevue avec l’Agence QMI, jeudi, au cours de laquelle il s’est dit « peiné » de la situation.
C’est le vice-président Information et éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, qui lui a annoncé la suspension de sa chronique, il y a quelques jours, soit plusieurs semaines après sa publication en ligne.
« Ce qu’on me dit, c’est qu’ils ont réfléchi longtemps », a expliqué Sylvain Charlebois.
Selon lui, dans le reste du Canada, les médias « tentent toujours de donner le bénéfice du doute au gouvernement au pouvoir, au parti au pouvoir, qui a justement démarré le programme d’impôt pour supporter les journalistes ».
« Je n’ai aucun problème de voir le gouvernement aider les médias, mais le problème qu’on a actuellement, c’est que c’est une cause partisane. Le Parti conservateur veut mettre fin au programme. C’est sûr qu’on le voit dans le Canada anglais que l’inquiétude… En tout cas, il y a certaines nouvelles qu’on couvre et d’autres qu’on ne couvre pas », a poursuivi M. Charlebois, disant que son message de février a été appuyé, en privé, par d’anciens cadres de l’industrie médiatique et des journalistes « très connus ».
Il affirme que son commentaire n’avait rien à voir avec son champ d’expertise et que son « intention n’était pas de faire mal à qui que ce soit, c’était juste simplement de partager mon inquiétude comme citoyen ».
Au Québec, a-t-il affirmé à plusieurs reprises au téléphone, « on ne [l]’a jamais “filtré”, mais au Canada anglais, on va donner l’entrevue et on va couper certaines affaires ».
Capture d’écran LCN
« Si c’est en lien avec une politique du Parti libéral, moi je le vois. Au Québec, la politique provinciale prend plus de place, c’est pour ça que même si les médias profitent du programme fédéral, la cause, entre guillemets, n’a pas tant d’importance que ça », a mentionné Sylvain Charlebois, qui, pendant toutes ces années, n’a pas été payé par La Presse pour sa chronique.
Sylvain Charlebois collabore aussi à LCN, où ses analyses permettent d’y voir un peu plus clair au moment où le panier d’épicerie coûte de plus en plus cher.
Des explications de La Presse
Dans une réponse par courriel, François Cardinal, au nom de La Presse, a indiqué à l’Agence QMI :
« Nous avons suspendu notre collaboration avec Sylvain Charlebois. M. Charlebois a attaqué publiquement, de front, l’intégrité, l’indépendance et la rigueur des journalistes au pays dont le travail est financièrement soutenu par des programmes gouvernementaux normés et accessibles à l’ensemble de l’industrie. Le travail des médias peut certainement être critiqué. Mais alors que La Presse s’engage à maintenir un lien de confiance fort avec le public, nous ne pouvons accepter qu’un de nos collaborateurs porte atteinte à la crédibilité des médias canadiens et mine, par le fait même, la confiance que le public nous accorde. »
Capture d’écran LCN
Sylvain Charlebois réfute ces allégations et dit, par ailleurs, qu’il a informé le public de la suspension de sa chronique parce qu’il recevait plusieurs messages lui demandant pourquoi il n’avait pas été publié aujourd’hui dans La Presse.
« Ça me surprend que La Presse arrive à la conclusion que je minais l’intégrité de la salle des nouvelles. C’était clair, pourtant, dans mon message que je ne mettais pas en cause La Presse.
« M. Cardinal m’a écrit un long courriel aujourd’hui me disant : “Merci pour le message à la nation.’’ Je lui ai répondu : “Tu t’attendais à quoi ? C’est certain que les gens allaient poser des questions, ça faisait 25 ans !” »
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