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Patinage de vitesse longue piste | « Le meilleur des mortels »

Laurent Dubreuil remporte le bronze au 500 m, sa distance de prédilection


Mis à jour hier à
17 h 37

(Milan) Personne ne souhaite de mal à personne en patinage de vitesse longue piste, où le respect règne entre adversaires.

N’empêche, quand Laurent Dubreuil s’est laissé choir sur le dos dans le champ intérieur de l’anneau de Milan, avant le départ de la 15e et ultime paire du 500 m, samedi après-midi, il ne voulait certainement pas le meilleur pour Wataru Morishige et Bjørn Magnussen. Quand même pas qu’ils chutent, mais qu’ils n’aillent pas trop vite.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Laurent Dubreuil emporte le bronze durant la course de 500m 14-02-2026

Le Japonais et le Norvégien pouvaient encore l’éjecter de la troisième marche du podium, à laquelle il s’accrochait depuis le passage des extraterrestres Jordan Stolz et Jenning de Boo, seuls de leur monde, deux paires plus tôt.

Dubreuil souhaitait simplement rester, selon ses mots, « le meilleur des mortels ».

Lancé dans la 10e paire, le patineur de vitesse de Québec avait atteint son objectif : prendre la tête et mettre la pression sur les favoris. Son temps : 34,26 secondes, son meilleur au niveau de la mer. Un poil plus lent qu’il l’aurait espéré, mais un record olympique néanmoins. La foule des Néerlandais s’est levée pour l’acclamer, il les a salués en touchant son cœur.

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Laurent Dubreuil salue la foule après sa performance.

L’athlète de 33 ans savait bien que sa marque ne tiendrait pas plus de six minutes, le temps que Stolz et de Boo, sous la clameur, ne fassent leur tour et quart. L’Américain de 21 ans a coiffé le Néerlandais de 22 ans juste avant l’arrivée, avec un temps stratosphérique de 33,77 secondes. De Boo, qui a fléchi dans la dernière ligne droite, a suivi à 33,88, avant de chuter et de percuter le matelas de plein fouet.

Un peu moins d’une demi-seconde séparait Dubreuil et de Boo, une marge trop importante pour ne pas croire que l’un des quatre derniers partants parviendrait à s’y glisser. « C’est pas grave, je suis top 5 », a-t-il dit, résigné, en recevant les félicitations de son coéquipier Cédrick Brunet.

Damian Żurek, le sprinteur de l’heure en Coupe du monde, paraissait le mieux placé pour le surpasser. Mais le Polonais, quatrième, a échoué par neuf petits centièmes.

C’est à ce moment que Dubreuil est sorti de l’enclos des athlètes pour s’isoler et suivre la dernière course, étendu sur le dos, mains sur la tête, yeux rivés sur l’armature d’acier du toit.

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L’entraîneur Gregor Jelonek, au moment où il a compris que le chrono de son protégé ne serait pas menacé.

Un peu plus loin, Gregor Jelonek, son coach de toujours, faisait les cent pas, bras derrière le dos. Celui-ci craignait davantage Magnussen, médaillé de bronze aux Championnats européens, que Morishige. Quand il les a vus passer dans la ligne droite opposée, il a compris que le chrono de son protégé ne serait pas menacé.

Célébration québécoise

Dubreuil s’est doucement redressé au moment où le Norvégien et le Japonais sont sortis de l’ultime virage. À l’apparition des résultats, il a levé les bras au ciel, incrédule. Morishige était 10e, Magnussen 13e. Coéquipiers et membres du personnel se sont jetés sur le médaillé de bronze, l’entourant en sautant comme pour un but en prolongation. Un entraîneur l’a soulevé sur ses épaules. La fête pouvait commencer.

« C’était une célébration québécoise ! », a résumé Brunet, 23e après une blessure subie durant l’échauffement.

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Laurent Dubreuil était accompagné sur le podium de Jordan Stolz (au centre) et de Jenning de Boo.

Après la cérémonie du podium, Dubreuil s’est présenté devant les journalistes, sourire en coin et un éclat dans l’œil. À quoi pensait cet homme se disant lui-même « sans émotion », au point que ses proches le comparent parfois à un robot, en attendant de connaître son sort un peu plus tôt ?

J’étais stressé en tabarnak ! C’était les 12-14 minutes les plus stressantes de ma vie ! […] Je savais qu’il y en avait d’autres qui pouvaient me battre. Je me suis donc assis par terre en me disant que si quelqu’un me battait, j’allais peut-être m’écrouler de déception, comme ça je ne tomberais pas de haut…

Laurent Dubreuil

En 2022, l’argent surprise du 1000 m à Pékin avait comblé son désir de médaille olympique, mais ça le « faisait chier en simonac » de ne pas en avoir une au 500 m, sa distance de prédilection. « Si j’avais fini comme ça, une partie de moi se serait dit que j’étais bien trop bon pour ne pas en avoir gagné une aux Olympiques au 500 », a souligné celui qui avait abouti au pied du podium sur cette distance à Pékin.

À l’époque, il dominait le circuit de la Coupe du monde, tout le contraire de cette saison où il a fait chou blanc. Même s’il s’estimait dans la forme de sa vie, des blessures, des bris d’équipement et la maladie plombaient ses résultats. « J’ai douté, mais je n’ai jamais arrêté d’y croire. »

En ce sens, il espère avoir offert « une leçon de persévérance » à ses deux enfants, Rose, 6 ans, et Nathan, 3 ans. « Ils ont vu que c’était une année tough. Ma fille est habituée que je gagne des médailles. Cette année, c’était : “Ah, c’est beau, papa, huitième.” Il y a deux ans, elle me disait : “Papa, c’est ben pourri, cinquième !” »

Après la course, Dubreuil a servi deux longues accolades à Jelonek. « C’est comme mon troisième parent », a souligné le médaillé de bronze, comblé de vivre ce moment avec celui qui l’entraîne depuis qu’il a 17 ans.

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Laurent Dubreuil a réussi la troisième ouverture de la séance, en 9,49 secondes.

« J’étais convaincu qu’il avait une chance aujourd’hui », a confié le coach, insistant sur tout le travail accompli par son protégé pour améliorer ses départs depuis deux ans. Ce n’est donc pas un hasard s’il a réussi la troisième ouverture de la séance en 9,49 secondes.

Un honneur

Incertain de sa présence aux prochains JO, Dubreuil est honoré de partager le podium avec Stolz et de Boo, qu’il considère respectivement comme « le meilleur patineur de l’histoire et le deuxième sprinteur de l’histoire ».

Ils font des temps complètement absurdes. Je fais le record olympique et ils me mettent une demi-seconde dans la face ! Sur un effort de 33 secondes, c’est incroyable.

Laurent Dubreuil

« À la fin de la saison passée, je leur avais demandé de prendre une photo avec eux, a-t-il poursuivi. Celle-là, avec une médaille olympique autour du cou, elle est une petite coche au-dessus. Je vais peut-être effacer l’autre de mon téléphone… »

Le Québécois a pu le leur dire en personne pendant la conférence de presse. Stolz a souligné que son rival avait « patiné très fort durant la saison » et qu’il était « heureux de le voir sur le podium ».

« Je préfère que ce soit lui, je l’aime vraiment », a souri Stolz en se tournant vers le médaillé de bronze. « Thanks, man », a réagi Dubreuil en lui tapotant l’épaule, une scène à laquelle ses parents, Ariane Loignon et Robert Dubreuil, deux patineurs olympiques, ont pu assister grâce au bon vouloir d’une bénévole.

Le seul pincement de Laurent Dubreuil était l’absence de sa conjointe, Andréanne Bastille, et de leurs enfants. C’est lui qui a demandé qu’elle reste à la maison à Lévis, où elle tient le fort depuis toutes ces années.

« Ça a été difficile à accepter pour elle. Mais si mes enfants avaient été là, j’aurais voulu les voir et je sais que ça m’aurait déconcentré. Je m’ennuie beaucoup d’eux, mais j’avais un travail à accomplir. »

La petite famille sera réunie dans deux semaines aux Championnats du monde de sprint aux Pays-Bas. « J’ai hâte de leur montrer la médaille, a dit Dubreuil en la regardant. J’ai hâte que Nathan l’échappe par terre une fois ou deux, puis qu’elle brise probablement. Mais il aura le droit, c’est pas grave, c’est autant leur médaille que la mienne. »

Aurait-on vu un filet d’eau nimber ses yeux?

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