Hydro-Québec | L’électricité deux fois plus chère pour les centres de données

Le gouvernement du Québec veut des centres de données, mais pas à n’importe quel prix. Il leur offre de l’électricité à 13 cents le kilowattheure, soit presque deux fois plus cher que le tarif moyen des clients résidentiels.
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6 h 00
Un nouveau tarif encore plus élevé de 19,5 cents le kilowattheure sera appliqué aux activités liées à la cryptomonnaie, dont « le caractère stratégique et les retombées économiques sont inférieurs à ceux des centres de données », a fait savoir le gouvernement dans un décret où il demande à la Régie de l’énergie d’approuver ces tarifs.
Les nouveaux tarifs refléteront le coût des nouveaux approvisionnements d’Hydro-Québec plutôt que le coût moyen de production qui sert de base à l’établissement des autres catégories de tarifs. La différence est importante : le coût de production des installations existantes d’Hydro-Québec est d’environ 3,5 cents le kilowattheure, tandis que pour la nouvelle production, le coût tourne autour de 11 à 12 cents le kilowattheure.
Les nouveaux tarifs pour les activités liées à la cryptomonnaie et les centres de données pourraient s’appliquer avant la fin de l’année, après avoir été approuvés par la Régie de l’énergie.
Une période de transition est prévue pour les installations existantes, qui verront à terme leur facture d’électricité augmenter.
Le gouvernement a déjà affirmé que la demande d’électricité verte des centres de données était tellement grande qu’ils seraient prêts à payer jusqu’à 15 cents le kilowattheure, soit deux fois le tarif résidentiel actuel.
Les nouveaux tarifs « visent à faire en sorte que ces secteurs d’activité assument les coûts liés à leur forte demande d’électricité tout en profitant d’un prix comparable à ceux payés ailleurs en Amérique du Nord », a déclaré le porte-parole d’Hydro-Québec, Cendrix Bouchard.
Le tarif de 13 cents le kilowattheure s’appliquera aux centres de données de 5 mégawatts et plus. Il devrait éviter que la demande croissante de cette industrie fasse augmenter la facture de tous les consommateurs d’électricité. Aux États-Unis, la multiplication des centres de données a déjà fait doubler le coût de l’électricité dans certaines régions.
« Pas dans la bonne direction »
L’intention du gouvernement de faire payer aux centres de données le coût des nouveaux approvisionnements en électricité plutôt que le coût moyen de production « est un pas dans la bonne direction », selon l’analyste indépendant en énergie Jean-François Blain.
Les kilowattheures d’électricité vendus à l’industrie au rabais (par rapport au coût d’aujourd’hui) finissent par alourdir la facture de tous les Québécois, rappelle M. Blain.
Le nouveau tarif de 19,5 cents qui s’appliquera par ailleurs aux activités liées à la cryptomonnaie aura probablement pour effet de freiner le développement de ce secteur. Aucune croissance de la consommation n’est prévue pour ce type d’activités d’ici 2023, selon Hydro-Québec.
Cette augmentation du coût de l’électricité ne fait pas l’affaire des industries concernées. « Augmenter les tarifs d’électricité pour les centres de données et le minage [de cryptomonnaie], c’est envoyer un signal clair aux innovateurs québécois : allez innover ailleurs », a réagi le porte-parole d’Hydraxis, Dominick Fortin.
Selon l’entreprise spécialisée dans le minage de cryptomonnaies, « l’énergie abordable n’est plus un avantage concurrentiel, c’est une condition de survie pour les entreprises technologiques qui choisissent de s’établir ici ».
Actuellement, l’ensemble des activités liées aux cryptomonnaies mobilisent 115 mégawatts de puissance. Les centres de données existants, de leur côté, ont besoin de 190 à 200 mégawatts pour fonctionner. Si le gouvernement réussit à en attirer d’autres, comme il le souhaite, les centres de données pourraient utiliser cinq fois plus de puissance en 2025, soit 1000 mégawatts, selon Hydro-Québec.
L’intention du gouvernement Legault est de faire croître le nombre de centres de données liés à l’intelligence artificielle, qui sont plus énergivores et qui sont à la recherche de sources d’énergie peu polluantes.
La Colombie-Britannique, qui a aussi l’objectif d’attirer des centres de données avec son hydroélectricité, a décidé de mettre aux enchères son énergie verte pour en tirer le meilleur prix possible, une idée que le Québec a écartée.




