Steven Dubois champion olympique sur 500 m | « C’est irréel »

(Milan) Steven Dubois tournait et retournait la médaille d’or au creux de sa main pour l’observer. Il souriait en même temps que les larmes montaient. La zone mixte commençait à se vider. Il était tard, mais il avait encore envie de parler. De ce que représentait cette médaille, la cinquième de sa carrière, mais la première individuelle en or.
Mis à jour hier à
20 h 55
« Je ne peux même pas décrire à quel point ça vaut beaucoup », a-t-il lâché avant de s’illuminer : « Ça vaut… de l’or. » Il l’a répété, comme pour s’en convaincre. « Honnêtement, c’est irréel. »
Après une énorme déception au 1000 m, sorti sur pénalité en quart alors qu’il est champion du monde, il avait chuté en demi-finale du 1500 m. À part la médaille d’argent au relais mixte au début des Jeux, il avait toujours les mains vides, comme le reste de l’équipe masculine de patinage courte piste. Le 500 m, son épreuve favorite dont il détient le titre mondial, était son ultime espoir.
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Congestion au virage lors de la finale
En se levant mercredi, le patineur de Terrebonne a fait ce qu’il ne fait jamais : il s’est donné pour objectif de gagner la médaille d’or en soirée. « Je n’aime pas ça parce que ça rajoute beaucoup de pression et beaucoup de stress. Ça m’a empêché de dormir ces deux derniers jours, je ne vais pas vous mentir. »
Parvenu en finale avec son coéquipier William Dandjinou, Dubois occupait la deuxième position sur la ligne de départ. Il savait qu’il n’aurait aucun mal à prendre la tête au premier virage, mais qu’il aurait ensuite fort à faire pour contenir Jens van ’t Wout, intouchable depuis le début de la compétition avec des titres aux 1000 m et 1500 m. D’autant que le Néerlandais pouvait compter sur la présence de son frère Melle en finale et de son compatriote Teun Boer.
En temps normal, le Québécois de 28 ans aurait franchi les quatre tours et demi à fond.
Mais sur cette glace molle et lente qui lui causait tant d’ennuis, il a fait le pari d’une autre stratégie : partir plus lentement pour empêcher Jens van ’t Wout de se donner un petit écart pour se servir de l’aspiration, prendre son élan et tenter un dépassement. Le danger : que les Néerlandais et même Dandjinou, qu’il avait prévenu, profitent de ce moment de flottement pour le doubler.
« Je n’ai jamais fait cette stratégie à l’international, a expliqué Dubois. Je pense que ça les a surpris et ça a peut-être été un petit avantage. Mais c’est super risqué. »
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Steven Dubois a remporté l’or au 500 m de patinage de vitesse courte piste.
C’est un gamble que je voulais faire parce que j’avais déjà des médailles olympiques [d’argent et de bronze]. J’étais prêt à jouer pour l’or.
Steven Dubois
Ce plan a fonctionné à merveille et « créé un peu de chaos » derrière, ce qui a permis à Dandjinou d’essayer de passer devant deux Néerlandais avant la fin du premier tour. La manœuvre a échoué et le grand Canadien a été pénalisé à la fin de l’épreuve. Jens van ’t Wout a été ralenti, Boer a chuté et Melle van ’t Wout a réussi à se faufiler.
Il était cependant trop tard pour rattraper Dubois, qui a filé vers la victoire pendant que ses coéquipières, médaillées de bronze au relais un peu plus tôt, sautaient comme des folles dans un coin de la patinoire. Les frères Melle (argent) et Jens van ’t Wout (bronze) ont suivi dans l’ordre.
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Steven Dubois après sa victoire
Bras grands ouverts, le petit barbu à la moustache frisée a traversé la ligne en poussant un hurlement libérateur. Cette première médaille d’or individuelle s’ajoute au bronze du 500 m et à l’argent du 1500 m de Pékin en 2022.
Après avoir reçu une marque d’affection de Dandjinou, avec qui il avait déjà pratiqué cette stratégie dans les dernières semaines à l’entraînement, il s’est lancé vers les filles. Sa blonde Kim Boutin, Courtney Sarault, Danaé Blais et Florence Brunelle l’ont accueilli comme un héros.
Une célébration d’équipe
« On est tellement proche comme équipe », a raconté le nouveau champion, inquiété par des problèmes à une hanche l’été dernier.
« Elles savaient à quel point ça valait beaucoup pour moi, cette médaille-là. Elles avaient presque l’air plus contentes que moi ! C’est tellement le fun de pouvoir le partager avec elles. Et avoir quelqu’un qui me soutient comme ça, je ne pourrais pas demander mieux. »
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Courtney Sarault, Florence Brunelle, Kim Boutin et Danaé Blais avec leur médaille de bronze du relais
Après la conférence de presse du relais, Kim Boutin est venue retrouver son amoureux, qui continuait de répondre aux questions. Avec son sixième podium olympique, celle-ci rejoint les patineurs Charles Hamelin et Cindy Klassen au sommet du palmarès des athlètes canadiens à des Jeux d’hiver. Mais c’est la médaille d’or de son amoureux qui l’a surtout remuée.
« Il mérite ça mille fois, il mérite toute cette attention-là », a souligné la Sherbrookoise, les yeux pleins d’eau, un peu plus tôt.
« Sa médaille d’or, il l’a travaillée, il l’a coursée. Je ne l’ai jamais vu aussi stressé que ce matin. De le voir courir comme ça en s’amusant, traverser la ligne le premier… Pour moi, c’était juste beau à voir comment il a pu être fort dans cette course-là. Je suis vraiment fière de lui. »
Les petites erreurs du relais
Et lui l’était autant d’elle. Boutin s’était beaucoup investie dans ce relais féminin qui avait connu des déconvenues dans les deux JO précédents. Les championnes mondiales en titre auraient pu encore tout perdre quand une série de « petites erreurs », dixit l’entraîneur Marc Gagnon, les a fait passer de la première à la troisième place. La plus flagrante a été un déséquilibre de Danaé Blais dans une ligne droite un peu avant la mi-course.
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Célébration après la médaille de bronze au relais
« Pour des raisons obscures, j’ai perdu pied comme je n’ai jamais perdu pied », a relaté l’athlète de Châteauguay, qui s’en voulait sur le coup. « C’est du patinage de vitesse courte piste, souvent il n’y a pas d’explication. Après, je me suis retrouvée dans une position dans laquelle je n’avais jamais été. Je me suis dit : il ne faut pas que je tombe. J’ai pris toute la force possible dans mes jambes pour me ramener. »
Cet incident a ouvert la porte aux Sud-Coréennes et aux Italiennes, qui ont franchi la ligne dans cet ordre. Devant la présidente du Conseil des ministres d’Italie, Giorgia Meloni, qui a fait une entrée remarquée à l’Aréna de patinage de Milan, Arianna Fontana a ainsi remporté une 14e médaille record dans l’histoire olympique italienne.
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Danaé Blais, Kim Boutin, Florence Brunelle et Courtney Sarault
Déçues sur le coup, les patineuses canadiennes ont eu besoin d’un moment pour se consoler avant de retrouver le sourire, aidées en ce sens par Gagnon qui s’est littéralement jeté sur elles. Blais est montée sur son premier podium olympique tandis que Sarault a gagné sa quatrième médaille en Italie (deux d’argent, deux de bronze), ce qui lui permet de rejoindre les nageuses Summer McIntosh et Penny Oleksiak. Seule Klassen a fait mieux avec cinq à Turin en 2006.
Avec le 1500 m féminin vendredi, tant Sarault que Boutin auront une dernière occasion d’égaler Klassen. « Je ne me compare pas aux autres, et je n’essaie pas de les battre, a précisé la Néo-Brunswickoise. Ce n’est pas ça qui me motive. Mon moteur, c’est que maintenant que j’en ai quatre, je me dis : “Eh bien, j’en veux cinq.” »
Les hommes tenteront pour leur part de défendre leur titre olympique au relais. L’état de santé de Maxime Laoun, blessé à l’abdomen lors d’une chute violente en finale B du 500 m, sera à surveiller. Victime d’un coup, il a été examiné à l’hôpital.
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Maxime Laoun après sa chute
Après de « petits moments de doute », Gagnon était soulagé d’atteindre les cinq médailles à Milan, le « minimum » pour qu’il soit satisfait. « Sept, je sais que c’est très gourmand, très ambitieux, mais c’est encore faisable », a-t-il évalué.
Dandjinou, qui devait être un grand contributeur, a essuyé une nouvelle déception, mais il ne regrettait pas son dépassement raté sur les Néerlandais. « En les attaquant, je savais qu’il y avait plus de chances que Steven gagne, et que moi aussi, je gagne, a-t-il expliqué. C’était gagnant-gagnant. Je n’aurais pas changé grand-chose à part peut-être mon exécution. »
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William Dandjinou, en quart de finale du 500 m
L’or au relais permettrait de « mettre un baume » sur des JO frustrants et impitoyables pour le double vainqueur du globe de cristal. D’ici là, Dubois, premier champion olympique du 500 m depuis Charles Hamelin, peut célébrer son moment de gloire.




