Danaé Blais | Soigner sa mère, puis aller aux Jeux

Publié le
14 février
(Milan) Danaé Blais s’est littéralement mouillé les pieds en s’amenant pour une entrevue après un entraînement avant le début des Jeux olympiques de Milan-Cortina, la semaine dernière. Elle marchait en pieds de bas et le tapis bordant la patinoire était trempé à l’os.
La patineuse de vitesse courte piste a refusé l’offre de repousser l’interview, acceptant simplement de monter sur une mallette de caméra le temps de répondre aux questions. Il y a des choses pires que ça dans la vie.
Après une première expérience à Pékin, où elle s’est arrêtée en quart de finale au 1500 m, l’athlète de 26 ans devait théoriquement toucher à son apogée à ses deuxièmes JO à Milan. Elle a d’ailleurs connu sa meilleure saison en 2024-2025, remportant une première médaille d’or individuelle sur le Circuit mondial en plus d’en ajouter une d’argent au 1000 m. Elle a conclu la saison au troisième rang du classement final à sa distance de prédilection. Elle a également contribué à trois victoires du relais féminin.
Danaé Blais entretenait des ambitions légitimes pour les sélections olympiques. Or au début de l’été, sa mère est tombée très malade et elle a dû être hospitalisée. Avec son frère Cédrik, avec qui elle a déjà partagé la plus haute marche du podium dans un relais en Coupe du monde, elle est devenue une aidante naturelle.
PHOTO GREG KOLZ, PATINAGE DE VITESSE CANADA
Danaé Blais à l’entraînement
« Je n’ai pas une grosse famille, donc on n’a pas beaucoup de soutien, a-t-elle expliqué. C’est beaucoup mon grand frère et moi qui étions au cœur de ça. Ça a été vraiment difficile. Ça a été dur de gérer ça en même temps que de s’entraîner pour les Jeux olympiques. »
Son programme a été adapté à ses besoins et à son état psychique. « On le dit toujours, c’est le fun d’avoir le physique, mais dans le sport, si tu n’as pas le mental qui suit, c’est difficile », a affirmé l’entraîneur-chef Marc Gagnon. « C’était de lui donner du temps à elle pour s’occuper de ces choses-là. »
Avec cette charge réduite, Danaé Blais a senti qu’il lui a manqué « une petite coche » lors de la compétition de qualification à la fin d’août. « J’ai été en mode survie émotionnelle et psychologique pendant des mois. » En dépit des circonstances, la patineuse de Châteauguay a réussi à se tailler une place parmi les cinq membres de l’équipe féminine en Italie. Le 1000 m lui a cependant échappé au profit de Kim Boutin. En revanche, elle a obtenu pour le 1500 m la faveur des coachs, qui l’ont préférée à Florence Brunelle pour le troisième poste sur la plus longue distance individuelle.
« Je n’ai peut-être pas la même confiance qu’au 1000 m parce que je n’ai jamais gagné de médaille, mais je pense que je peux faire de belles choses. Une finale B, c’est très réaliste, mais on peut oser penser à une finale A. »
Un rêve pour le relais
Contrairement à Pékin, Danaé Blais fait partie du relais féminin dont les ambitions sont très élevées. Elle aborde donc ses deuxièmes JO en pensant « performance ».
« C’est certain qu’il y a de la pression et je veux bien patiner. Je veux qu’on réussisse en équipe parce que je trouve qu’on le mérite. On a travaillé tellement fort. En même temps, on essaie vraiment de se concentrer sur le processus. Au fond de nous, on sait ce dont on est capables et ce qu’on rêve d’avoir, c’est-à-dire la médaille d’or. »
PHOTO GREG KOLZ, FOURNIE PAR PATINAGE DE VITESSE CANADA
Danaé Blais (à droite) à l’entraînement avec l’équipe canadienne de courte piste
Sa mère est toujours malade, mais « ça se calme un peu », a indiqué la patineuse. Comme aux Jeux de Pékin, qui étaient fermés au public en raison de la COVID-19, elle ne pourra compter sur le soutien de sa mère et de Cédrik, son plus grand partisan, sur place à Milan.
« Je suis seule, mais ils vont être là de tout cœur », a précisé Danaé Blais. Avec ses patins dépareillés, l’un rose, l’autre turquoise, elle est toujours facile à repérer.



