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Le coup de gueule de Youri Duplessis-Kergomard à propos de la piste de skicross des JO 2026 : « C’est vraiment minable pour notre sport »

« Vous êtes plus en colère que triste ?
Je pense que je ne suis même pas triste pour mon résultat sportif, pour le résultat de l’équipe de France, je suis triste pour mon sport aujourd’hui. On nous donne l’occasion tous les quatre ans de montrer ce qu’est le skicross, qu’on fait toute l’année. On s’entraîne pour avoir des physiques hors norme, pour techniquement pouvoir faire des virages à 100 à l’heure sur la glace, pour pouvoir absorber des sauts énormes. Et on arrive aux Jeux Olympiques, on nous propose une piste verte où c’est du pas de patineur, de la neige molle.

Donc je suis vraiment triste qu’on montre ça au grand public. Ce n’est pas comme ça tout le temps, en Coupe du monde on a des choses qui sont assez belles parfois, même si la tendance se tire vers le bas. Je suis toujours le premier sur le pont pour militer contre ça, mais j’ai l’impression qu’on ne peut pas y faire grand-chose. Donc aujourd’hui je suis très en colère contre l’organisation, contre la FIS particulièrement, contre ceux qui créent ces pistes. Tous les quatre ans, on nous met avec le snowboardcross, ce n’est absolument pas compatible. Ce sont deux très beaux sports, mais qui ne vont pas ensemble. Sans jugement de valeur, si vous mettez du MotoGP sur des tracés de Formule 1, ça ne va pas marcher, il y en a qui ont quatre roues, d’autres deux. On ne va pas se faire du ski de bosses sur les sauts d’aerial. Si on veut que notre sport perce et qu’il plaise au grand public, il faut faire le show, donc il faut des choses impressionnantes, de la vitesse, de quoi se battre, des rebondissements.

La neige aujourd’hui a aussi ralenti la piste…
Oui, on n’y peut rien, on fait un sport extérieur, mais on peut l’anticiper. Quand il y a trois semaines, on est arrivé sur la piste, que j’ai vu comment c’était plat, qu’il y avait 150 mètres de dénivelé, je l’ai dit le premier jour : s’il neige le jour J, on est mort, ça ralentira. Quand c’est raide et qu’il y a de la glace, on peut s’en sortir, mais là ce qu’ils proposent aujourd’hui, c’est vraiment minable pour notre sport, pour le skicross. Ils ont essayé de faire des changements, sauf qu’avec 150 mètres de dénivelé, c’est moins que le ski de fond, pour vous dire…

Nous, on n’est pas très bon au skating, donc on attaque pour ne pas faire de patineur dans le premier virage et à l’arrivée. Pour moi, c’est vraiment minable, ce n’est pas ce qu’on veut montrer, ce n’est pas ce qu’on fait toute l’année. Donc je suis déçu. Il y a quand même trois médaillés à l’arrivée, mais à quel prix ? Si c’est lancer les dés, pour que ça ne ressemble à rien. Je trouve qu’on tue notre sport à petit feu. Le skicross est une des plus belles disciplines, on est à quatre, c’est facile à comprendre, c’est super excitant à faire, c’est merveilleux. Et là on propose ça… On ne vit qu’à travers le public, qu’à travers les gens qui nous regardent, les médias, etc. Donc voilà, si on propose des choix un peu minables, les gens vont zapper.

Vous saviez que cette piste était comme ça. Avez-vous réussi à mettre ça de côté mentalement ?
Oui on a tout donné car ce sont les Jeux, il y a trois médailles au bout. J’ai fait abstraction jusqu’à l’arrivée, jusqu’à sortir, mais une fois que j’ai passé la ligne d’arrivée du quart, j’ai gardé la tête baissée parce que j’ai honte pour les gens qui font des heures de route, les gens qui regardent à la télé. Si tu mets 150 balles pour un concert, tu traverses l’Europe et que le chanteur sur scène est bourré, tu vas faire la gueule. C’est un peu ce qui se passe pour moi. Ce qu’on me propose est nul. Ce n’est pas de la faute des athlètes, c’est la faute de l’organisation, de la piste. On ne pouvait rien faire de plus, on a donné le meilleur de nous-mêmes, tous les Français, tous les athlètes. Je félicite ceux qui ont fait des médailles, ça reste des médailles olympiques, je suis très content pour eux.

Quelles sont les solutions pour vous ?
Il y a deux solutions : s’adapter et aller faire des choses de plus en plus minables. Si ça continue comme ça, une piste verte à 30 à l’heure… Ma mère, elle maîtrise le ski, elle arrive en bas. Les gens qui regardent ça à la télé, ils se disent aussi, “ouais, je peux y aller, c’est nul votre truc”. L’autre solution, c’est se dire : c’est un sport magnifique, est-ce qu’on essaierait pas de faire quelque chose plus impressionnant, où les gens se régalent, plus gros, plus technique, plus rapide ?

Selon vous, c’est la pire que vous ayez skié ?
Oui, c’est la pire piste que j’ai faite de ma carrière. J’ai même pas réussi à regarder les runs tellement j’avais honte pour ce qui se passait… C’était juste minable quoi.

Vous avez envie de vous battre contre ça  ?
J’essaie de faire bouger les lignes de mon sport. Je me donne, je suis délégué des athlètes à la FFS, je vais rentrer à la FIS, parce que j’y crois. J’ai envie de proposer des belles choses, mais si ça suit pas derrière, on va aller faire autre chose. Je ne sais même pas où j’ai laissé mes skis, mes chaussures, sous la neige quelque part… Je n’irai pas les récupérer et peut-être que ce sera ma dernière course de skicross. Je dis ça parce que je suis un peu énervé. On n’a qu’une vie, si en tant qu’athlète, ça ne nous plaît pas et qu’on n’arrive pas à faire bouger les choses, je pense qu’à un moment, il faut changer. Et moi, ça, ça ne me plaît plus. Donc soit il y a du changement au niveau du skicross, et on continue à se régaler, à proposer des belles choses, soit j’irai faire du VTT. »

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