Milan-Cortina | Ivanie Blondin, la pizza et l’or

« Nous sommes venus pour Ivanie, la pizza, et l’or. Dans cet ordre », pouvait-on lire sur le dos du kangourou porté par cinq joyeux lurons à la sortie du stade de patinage de vitesse de Milan, samedi soir.
Publié hier à
17 h 28
« Pourriez-vous prendre notre photo ? », a demandé l’un d’entre eux en me tendant son téléphone. Déric, Cédric, Mathieu, Pier-Luc et Sophie ont pris la pose au bout de l’interminable promenade menant à la station de métro Rho Fiera Milano, au nord-ouest de la capitale lombarde.
Le frère, trois cousins et une cousine par alliance d’Ivanie Blondin, la patineuse de vitesse d’Ottawa qui venait de remporter la médaille d’argent à l’épreuve de départ groupé, une heure plus tôt. Après s’être un peu fait tirer la manche, Konrad Naguy, le mari hongrois de la vice-championne olympique et lui-même patineur de vitesse, a accepté de se glisser au milieu du groupe.
« Tu lui as parlé ? A-t-elle passé par le test antidopage ? », a demandé l’un des cousins, curieux de savoir combien de temps ils auraient à attendre leur héroïne à la « Off Maison du Canada », où Radio-Canada a installé un studio avec vue sur le Duomo.
Après l’or à la poursuite par équipe avec Valérie Maltais et Isabelle Weidemann, mardi, Ivanie Blondin a donc conclu une carrière mouvementée avec l’argent au départ groupé, un copié-collé de sa performance aux Jeux de Pékin en 2022.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE
Ivanie Blondin, Marijke Groenewood et Mia Manganello
« Je suis très fière de moi », a lancé l’athlète de 35 ans après la cérémonie du podium. « Si j’avais tout noté par écrit et que j’avais su que j’allais accomplir tout ce que j’ai accompli quand j’avais 13 ou 14 ans, je ne vous aurais probablement pas cru. »
Seule la Néerlandaise Marijke Groenewood, son éternelle rivale, a eu le meilleur sur la Canadienne au sprint final.
« Je pense que j’ai été un peu trop patiente, et c’est probablement ce qui m’a coûté la médaille d’or aujourd’hui, a analysé Blondin. Mais on ne sait jamais, n’est-ce pas ? C’est toujours dur de juger quand on est sur la piste. Mon intuition en tant que patineuse de mass start est généralement très, très bonne. Aujourd’hui, j’ai peut-être été un peu trop patiente. C’est la seule chose que je changerais. »
Le podium de Blondin est le cinquième de l’équipe de longue piste en Italie, soit le même total qu’en Chine en 2022.
L’Américaine Mia Manganello, qui en était, elle aussi, à son chant du cygne olympique, a remporté le bronze. Victime d’une chute au troisième tour, la triple médaillée Valérie Maltais a réussi à revenir sur le peloton pour sprinter jusqu’à la cinquième place.
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Valérie Maltais et Ivanie Blondin
Comme la Québécoise, Blondin a commencé sa carrière internationale en courte piste au centre national de l’aréna Maurice-Richard à Montréal. Atterrée de ne pas s’être qualifiée pour les JO de Vancouver en 2010 et éprouvée par trois commotions cérébrales subies en autant d’années, elle a tout plaqué à la fin de cette saison-là pour rentrer à la maison à Ottawa.
« Je n’étais pas sûre de vouloir continuer, parce que j’étais vraiment très, très déprimée, a-t-elle raconté samedi. Je souffrais d’un trouble alimentaire et j’ai dû, en quelque sorte, m’en sortir par moi-même. Mes parents me disaient : “C’est fini”. Ils voyaient les dégâts que ça causait et ils ne pouvaient tout simplement plus me voir dans cet état. Et j’ai décidé de donner une chance au longue piste. »
Qualifiée une première fois pour les JO en 2014, où elle a terminé cinquième à la poursuite, elle a vécu une énorme désillusion quatre ans plus tard à PyeongChang. Figurant parmi les prétendantes au podium, elle s’était classée quatrième, cinquième et sixième et a fait une chute au départ groupé, son épreuve de prédilection, comme une métaphore de son parcours.
« Toute ma vie a été un chaos ! », a-t-elle noté.
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Ivanie Blondin en demi-finale au départ groupé en longue piste
Je crois que je ne recule simplement jamais devant le combat. C’est la ténacité qui a défini toute ma carrière.
Ivanie Blondin
Ce n’est qu’à sa troisième tentative à Pékin qu’elle a enfin pu goûter au podium. « J’ai eu beaucoup plus de moments difficiles que de moments de gloire, a souligné Blondin. Mais à chaque fois, je me suis relevée et j’ai lutté pour donner le meilleur de moi-même. Le nombre d’échecs que j’ai connus est probablement 10 ou 20 fois supérieur au nombre de fois où j’ai gagné. »
« Elle n’abandonne jamais »
Dans le métro, les Blondin ont pris place par hasard dans la même voiture qu’une autre famille ayant vécu une quinzaine milanaise haute en émotions : les Maltais. Martine Simard et Gérald Maltais, la mère et le père de Valérie, leurs conjoints respectifs et une amie se rendaient eux aussi près du Duomo pour fêter la patineuse de 35 ans.
Encore sous le choc de la médaille de bronze du 1500 m la veille, ils n’ont pas été surpris de la voir revenir sur le peloton trois tours après un accrochage qui l’a projetée sur la patinoire. « Elle n’abandonne jamais », a souligné son père Gérald. L’athlète de La Baie a puisé dans ses réserves pour sprinter jusqu’au cinquième rang, derrière l’héroïne italienne Francesca Lollobrigida.
« Je suis vraiment fière de m’être relevée, d’avoir ramené le peloton, d’avoir été capable de récupérer et d’être là pour le sprint final, a exposé Maltais en zone mixte. Mon but était d’attendre le plus possible pour pouvoir attaquer à la fin. »
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Valérie Maltais
J’aurais peut-être pu être sur le podium aujourd’hui, mais ça n’enlève absolument rien à ce que les autres filles ont fait.
Valérie Maltais
La patineuse de 35 ans n’avait aucun regret. Elle a relaté un message que venait de lui envoyer son mari Jordan Belchos, un ex-patineur de vitesse qui a participé aux JO de 2018 et de 2022.
« Avant de partir, on a parlé de ce que ça voulait dire être olympien, a dit Maltais. Ce n’est pas seulement par rapport aux résultats, mais c’est la façon dont on se bat, dont on se relève ou dont on réalise nos performances. J’ai eu les résultats, mais aujourd’hui, je suis tombée. Je n’ai jamais lâché et j’y ai cru jusqu’à la fin. J’ai coursé du mieux que je pouvais dans les circonstances qu’il y avait. Je peux être fière de ça. »
« Comme un cadeau »
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Antoine Gélinas-Beaulieu
Depuis son arrivée à Milan, il y a trois semaines, Antoine Gélinas-Beaulieu se sentait un peu comme l’écolier qui serait le dernier de sa classe à faire son exposé oral.
Bien préparé, le patineur de 33 ans a réussi à canaliser sa nervosité pour terminer sixième du départ groupé, dernière épreuve en patinage de vitesse longue piste à Milan, samedi.
Bien installé en tête de peloton, le natif de Sherbrooke a suivi l’Américain Jordan Stolz (4e) dans le sprint pour la médaille de bronze. « Ça s’est joué sur les 200 derniers mètres, a commenté l’homme à la moustache spectaculaire. Je suis très content de la position dans laquelle je me suis mis et d’avoir été dans le coup. Aux derniers Jeux, je n’étais pas dans la game. J’ai cassé durant la course. Là, je sentais que j’avais du jus et je me suis donné cette chance d’être sur le podium. »
Le Néerlandais Jorrit Bergsma, auteur d’une échappée au troisième des 16 tours, a remporté la finale pour devenir le plus vieux champion olympique en patinage de vitesse à 40 ans. Le Danois Viktor Hald Thorup, le seul qui a eu le courage de suivre, a gagné l’argent. L’Italien Andrea Giovannini a soufflé le bronze à Stolz, qui finit sa quinzaine avec trois médailles (deux d’or, une d’argent).
La prestation de Gélinas-Beaubien est d’autant plus impressionnante qu’il a traversé une dépression majeure lui ayant fait manquer toute la saison préolympique. « Être aux Jeux olympiques est déjà une grande victoire. En plus, j’étais en finale avec les gars les plus forts de la planète dans cette distance-là. C’est comme un cadeau. »




