Canadiens au Moyen-Orient | « On vit d’heure en heure »

La guerre au Moyen-Orient s’aggrave et s’élargit sur plusieurs fronts. Certains Canadiens à Bahreïn, au Liban et à Dubaï vivent présentement sous les bombes. D’autres ont fui ou songent à partir.
Publié à
19 h 45
Max Proulx s’est installé l’été dernier avec son groupe de musique à Bahreïn, où il avait décroché un contrat de travail. C’est la quatrième fois qu’il y séjourne, et considère le pays comme « très sécuritaire ». Il a décidé de rester sur place, avec sa copine, pour les vacances du ramadan. « J’aimerais pouvoir remonter dans le temps et changer cette décision », soupire le Québécois.
Samedi, peu avant midi, Max Proulx a entendu un gros « boum ». Habitant à 1,5 km de la base américaine, il a tout de suite compris ce qui se passait. Les bombes ont continué à tomber toute la journée, d’abord toutes les 10 minutes, puis de façon plus espacée.
Il a changé d’hôtel pour aller vivre dans la capitale, Manama, quelques kilomètres plus loin. S’il ne ressent plus les vibrations des explosions, il se fait quand même réveiller régulièrement, en pleine nuit, par les sirènes qui retentissent dehors et par son téléphone qui sonne, « comme pour une alerte AMBER », pour signaler qu’un missile est entré dans l’espace aérien.
Il a également vu un drone voler « très près » de son immeuble avant qu’un bâtiment situé non loin soit bombardé. Il a senti le souffle d’un missile intercepteur, quand celui-ci est passé « pratiquement juste au-dessus de [sa] tête » avant de frapper un missile.
PHOTO FOURNIE PAR MAX PROULX
Max Proulx raconte avoir vu des missiles et des explosions à Bahreïn depuis samedi.
« Si seulement je pouvais rentrer à la maison », lâche-t-il.
« Je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi. »
À Bahreïn, toutes les activités aériennes ont été suspendues. Max Proulx a écrit au gouvernement canadien, qui lui a répondu : « Vous ne devriez pas compter sur le gouvernement du Canada pour obtenir une aide d’évacuation ou à un départ assisté », selon un message consulté par La Presse.
Plus de 85 000 Canadiens au cœur du conflit
Lundi matin, le gouvernement canadien a publié un communiqué, estimant que plus de 85 000 Canadiens et résidents permanents se trouvent présentement au Moyen-Orient. Environ 3000 sont en Iran, et 1500 à Bahreïn.
« À l’heure actuelle, nous n’avons connaissance d’aucune Canadienne ni d’aucun Canadien blessé ou tué en raison des hostilités », était-il précisé dans le communiqué.
« Si vous vous trouvez dans un pays touché, préparez des plans d’urgence sans compter sur le gouvernement du Canada pour vous aider à partir, était-il indiqué. Lorsque les transports aériens ou terrestres seront disponibles, les Canadiennes et les Canadiens en seront informés et pourront prendre des décisions en conséquence. »
Fuir ou rester sous les bombes au Liban
Au troisième jour du conflit, chaque camp affiche sa détermination à poursuivre les hostilités, et les pays du Golfe ont menacé de riposter, si nécessaire, à « l’agression » iranienne.
Israël a également étendu ses opérations au Liban, en y menant des frappes massives meurtrières, en riposte à une attaque du mouvement chiite Hezbollah en soutien à Téhéran.
Johnny Michael, joint à Hazmieh, à quelques kilomètres de Beyrouth, estime qu’il est « en sécurité » jusqu’à maintenant. Mais de chez lui, il voit et entend des missiles tomber.
« On s’oblige à continuer notre vie normalement. Sinon, on ne fonctionnerait pas. »
Cet étudiant de 25 ans pensait rester au Liban, mais la situation actuelle le fait maintenant douter. Ayant la nationalité française, il songe à aller en Europe pour terminer ses études.
Je suis inquiet pour le futur du pays. Ça me brise le cœur de voir tous ces gens qui doivent se déplacer. C’est vraiment horrible.
Johnny Michael, qui étudie au Liban
PHOTO BILAL HUSSEIN, ASSOCIATED PRESS
Des gens rassemblés à Beirut, lundi, après avoir fui les bombardements au sud de la capitale libanaise
Ghina Mougharbel, qui possède la nationalité canadienne, fait partie de ces personnes qui ont dû fuir les bombardements. Dès qu’elle a entendu les premiers bombardements de chez elle, à Beyrouth, dans la nuit de dimanche à lundi, elle s’est levée et a attendu le matin pour partir vers les montagnes avec ses deux enfants de 12 et 14 ans.
Pour elle, l’avenir est très incertain. L’école de ses enfants a fermé, et elle ignore quand elle retournera chez elle. « On vit d’heure en heure », souffle-t-elle.
« C’est très fatigant de ne pas pouvoir se projeter, de ne pas savoir ce qu’on fera le lendemain. »
Des voyageurs pris de court à Dubaï
D’autres pays ont également été touchés par le conflit. Au Koweït, une épaisse fumée noire s’est élevée lundi dans la matinée au-dessus de l’ambassade des États-Unis et d’une centrale électrique dans le nord du pays. À Abou Dhabi, un incendie s’est déclaré sur un site de stockage de carburant visé par un drone. À Chypre, pays de l’Union européenne le plus proche du Moyen-Orient, une base britannique a été visée par trois drones tirés du Liban.
L’aéroport de Dubaï a également suspendu tous ses vols après que des missiles et des drones iraniens eurent été interceptés, samedi, prenant de court les voyageurs. Lundi, certaines compagnies aériennes ont annoncé reprendre graduellement leurs vols.
PHOTO RAGHED WAKED, REUTERS
Avions à l’aéroport de Dubai, lundi
Darouny Lao, une Québécoise qui vit là-bas depuis quatre ans, a d’abord été inquiète samedi à la suite de ces frappes. Mais depuis, la vie semble avoir repris son cours, dit-elle.
« La situation est calme, affirme-t-elle. Les autorités nous ont confirmé que c’était sécuritaire et nous ont dit de continuer notre vie normalement. »
Des touristes interrogés sur place par l’Agence France-Presse (AFP) ont néanmoins confié vouloir partir le plus rapidement possible. Selon l’agence de presse, d’autres détonations ont été entendues dans la ville lundi matin.
Jake, un financier britannique de 31 ans, espère pouvoir rentrer jeudi, après que son vol de lundi a été annulé. Samedi soir, son séjour avec sa femme enceinte et son bébé a tourné au cauchemar quand un débris de missile intercepté est tombé juste en dessous de leur fenêtre.
« On était terrifiés, on a descendu 10 étages à pied en courant, et on a passé la nuit sur des transats au sous-sol », a-t-il raconté à l’AFP.
« Tout le monde m’a dit que Dubaï est l’endroit le plus sûr au monde et qu’il n’y a aucune violence. Mais voir un missile dans le ciel, c’est trop », a confié Hanna Botosh, 27 ans, venue de Hongrie avec son compagnon.
Avec l’Agence France-Presse et Associated Press




