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Coupable d’agression sexuelle | Le chanteur Luck Mervil demande une peine à domicile

« Dès l’âge de 20 ans, je savais ce que ça voulait dire d’être à court de larmes » : la femme violée par Luck Mervil dans les années 2000 a décrit comment sa vie a basculé après l’agression, mercredi au tribunal. Le chanteur déchu demande une peine à domicile, alors que la poursuite réclame la prison pour ce crime survenu il y a 25 ans.


Publié à
15 h 57

Luck Mervil avait été déclaré coupable d’agression sexuelle l’été dernier. Il avait drogué puis violé une femme de 19 ans dans une chambre d’hôtel après un spectacle de la Saint-Jean-Baptiste en 2000. La Couronne réclame 30 mois de prison, alors que la défense demande deux ans moins un jour à domicile.

Le musicien déchu avait avancé la thèse d’une erreur sur la personne à son procès, alléguant qu’il était souvent confondu avec d’autres artistes noirs à l’époque. Un argument dénoncé avec aplomb par la victime mercredi lors des observations sur la peine au palais de justice de Rimouski.

« J’espère que vous cesserez de dire que l’on vous confond souvent avec d’autres célébrités noires dans un contexte où l’on vous accuse d’agression sexuelle. Évitez de perpétuer ce mythe que tous les hommes noirs se ressemblent. La majorité d’entre eux ne sont pas des agresseurs », a dit la plaignante dont l’identité est protégée par une ordonnance de la cour. Elle a décrit au tribunal dans une poignante lettre adressée à l’accusé l’étendue des dommages causés par l’agression survenue à Rimouski il y a plus de deux décennies.

Pointée du doigt dans toute la ville

Dans les petites villes, il arrive que les gens se nourrissent de ragots, a résumé la plaignante. La rumeur qu’elle avait passé la nuit avec Luck Mervil s’est propagée comme une traînée de poudre dans son entourage à l’époque.

Elle subit de nombreuses moqueries. Des gens allaient jusqu’à la suivre en chantant à tue-tête des chansons de la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris, à laquelle participait Luck Mervil. « On a ri de moi, on a pointé ma famille du doigt […] Ma réputation a été réduite à néant. On m’a accusé de toute sorte de choses, alors que j’ai été violée inconsciente dans une chambre d’hôtel. »

Elle passe alors plusieurs semaines dans le noir dans sa chambre. Elle sort pour travailler, la peur au ventre, craignant de se faire invectiver. « Dès l’âge de 20 ans, je savais ce que ça voulait dire d’être à court de larmes. »

Un autre deuil

La victime a parlé d’un autre deuil : celui de ne pas avoir eu d’enfant en raison des conséquences psychologiques de l’agression. « J’avais toute la vie devant moi », a-t-elle dit.

Après le viol, elle s’est sentie trop sale pour se marier, porter un enfant et devenir mère. « Je me sentais trop sale pour m’engager. Pensant ne plus rien valoir, j’ai donné mon amour à des hommes qui ne le méritaient pas. »

Les rapports intimes avec son conjoint des dix dernières années sont toujours difficiles, a douloureusement confié la victime. Chaque relation sexuelle est un combat, où elle a parfois l’impression de manquer d’air. « J’ai peur, même quand il n’y a aucune raison d’avoir peur », a lâché la plaignante.

L’accusé veut une peine à domicile

La poursuite a rappelé la vulnérabilité de la victime au moment des faits. Elle était dans un bar et avait consommé. À la fin de la soirée, Luck Mervil lui propose de venir avec lui. « Au lieu de la protéger, il va profiter de sa vulnérabilité pour assouvir ses besoins sexuels », a souligné la procureure.

« Un message clair doit être envoyé. Une peine d’emprisonnement ferme est requise », a-t-elle ajouté.

L’avocate du délinquant souligne qu’il n’avait pas d’antécédent judiciaire au moment de l’infraction. Elle a aussi noté le respect de ses conditions durant les procédures. Son client ne représenterait donc pas un danger pour la collectivité. La Couronne estime qu’il y a eu une certaine forme de planification, ce que nie la défense.

Luck Mervil avait écopé d’une sentence de six mois en 2018 pour l’exploitation sexuelle d’une adolescente de 17 ans, après avoir plaidé coupable.

Me Marie-Pier Chicoine Côté et Me Roxanne Bossé-Morin pilotent le dossier pour le ministère public. Me Véronique Talbot représente Luck Mervil. Le juge James Rondeau rendra sa décision le 2 avril prochain.

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