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L’autonomie du Québec ne peut attendre, M. Milliard

Dès qu’une question constitutionnelle était soulevée durant l’ère Charest, la réponse des ministres s’apparentait toujours à :« Le fruit n’est pas mûr ». 

Même de la part du ministre (et constitutionnaliste) Benoît Pelletier. Une fois retraité de la politique, M. Pelletier ne s’est toutefois jamais gêné pour plaider ardemment en faveur d’un accroissement de l’autonomie du Québec.

En 2019, en appuyant l’adoption de la loi sur la laïcité, il déclarait : « On aurait tort de voir le Canada comme une vision qui est homogène. Il existe une diversité nationale. […] Le respect de cette autonomie est essentiel. »

Fédéralisme ou canadianisme ?

Pelletier s’inscrivait dans la lignée des libéraux du Québec qui n’ont jamais accepté l’aspect uniformisant de la constitution de 1982 (adoptée dans un processus totalement vicié). Et pour ce faire, appuyait l’utilisation de la disposition de dérogation.

Cette tradition se perd. À tel point que comme d’autres, j’ai du mal à qualifier de « fédéralistes » de nombreuses propositions et positions du PLQ des dernières décennies, notamment à l’ère Couillard. Tout cela relevait plutôt d’un « canadianisme » qui accepte le Canada tel qu’il est.

Au contraire, Jean Lesage, par exemple, a refusé d’accepter le Canada tel qu’il était : il a récupéré du fédéral des points d’impôt     ; créé la Régie des rentes du Québec     ; une Caisse de dépôt, etc. Il proposait de ne plus utiliser le mot « province » et préférer la notion d’« État du Québec », qui, selon la doctrine Gérin-Lajoie, pouvait avoir des relations internationales.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Encore le fruit

Aussi, il était intéressant hier de voir Charles Milliard réactiver la proposition du Comité Pratte-Cadet (sur la relance du PLQ) d’adopter une constitution québécoise. Le problème, M. Milliard soutient que le « fruit n’est pas mûr »     ; propose un « front commun » des partis d’opposition afin de réclamer le retrait du projet de loi 1 de la Coalition Avenir Québec. Et il veut repousser cet important geste à plus tard.

Or, il y a de nombreux aspects du texte actuellement à l’étude qui mériteraient l’appui du PLQ. Notamment toute la partie sur l’autonomie du Québec qui concorde avec plusieurs des raisons avancées par le Comité Pratte-Cadet pour adopter une constitution québécoise : « geste fort d’affirmation nationale », « assise indispensable en vue d’assurer la vitalité culturelle et linguistique ». Le comité recommandait aussi de « consolider les principes émanant de documents constitutionnels, législatifs et jurisprudentiels considérés comme fondamentaux pour la société québécoise, tels que la Charte des droits et libertés de la personne, la Charte de la langue française, la loi électorale, la Loi sur l’Assemblée nationale et la Loi sur l’exécutif ». Ce que le projet de loi 1 propose.

La tradition véritablement fédéraliste au PLQ devrait voir dans le projet de loi 1 une occasion de renforcer l’autonomie du Québec.

Évidemment, l’autre courant, canadianiste d’inspiration trudeauiste, qui fondamentalise les droits individuels, n’y verra que périls exagérés : tyrannie de la majorité     ; renforcement de l’État…

M. Milliard, s’il est sérieux dans sa volonté de ramener un certain nationalisme au PLQ, devrait s’attacher au premier courant et contribuer à l’adoption, avant les prochaines élections, d’éléments autonomistes du projet de loi 1.

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