Frappe contre une école iranienne | Un Tomahawk sur le déni de Trump

Il est exceptionnel que le réseau Fox News perde patience avec Donald Trump. Mais la tentative du président de faire porter le blâme à la République islamique pour le bombardement d’une école dans le sud de l’Iran semble avoir dépassé les limites pourtant très élastiques de la chaîne.
Publié hier à
19 h 00
L’analyste militaire Jennifer Griffin n’a pas attendu les résultats d’une quelconque enquête pour établir certains faits. Une vidéo de la chaîne iranienne Mehr, authentifiée par le New York Times, démontrait dès lundi qu’un missile Tomahawk a anéanti l’école de la petite ville de Minab où plus de 150 fillettes âgées de 7 à 12 ans apprenaient les mathématiques, le persan et la géographie.
En tout, 168 personnes sont mortes dans l’attaque du 28 février, dont une grande majorité de petites filles. Les photos des parents éplorés, couchés sur les petits linceuls blancs couverts de fleurs et cordés les uns à côté des autres, arrachent le cœur.
Le président américain a suggéré que le Tomahawk pouvait appartenir à n’importe qui – y compris les forces iraniennes –, ces missiles étant nombreux sur le marché des armes. Un énoncé que Mme Griffin n’a pas été capable de laisser passer.
« Les Tomahawk doivent être lancés d’un sous-marin ou d’un navire de guerre. Les Britanniques et les Australiens ont des Tomahawk, mais ils ne font pas partie de ce conflit. Et il y a les Japonais qui sont en train de les tester. Alors ça semble vraiment improbable que ce soit un Tomahawk appartenant à qui que ce soit d’autre qu’aux États-Unis qui a frappé l’école. Et je pense que le président le sait. Et il sait que c’est une erreur, une grosse erreur […]. Il essaie de brouiller les cartes », a dit la commentatrice avec aplomb.
Des révélations du New York Times, publiées mercredi, lui donnent raison. Selon le quotidien américain, une enquête préliminaire des forces armées américaines conclut que les États-Unis sont responsables de la frappe meurtrière.
Cette dernière aurait été lancée sur la base d’informations périmées qui identifiaient l’école primaire comme faisant partie de la base militaire des Gardiens de la révolution, l’immense force paramilitaire iranienne, qui se trouve juste à côté. Une erreur humaine, plutôt que l’utilisation de l’intelligence artificielle, serait à l’origine de l’erreur fatale, ont dit des sources proches de l’enquête au NYT.
Depuis son doigt pointé vers l’Iran sans preuve, Donald Trump a tenté de changer de ton. Il a dit qu’il s’en remettra à l’enquête. Cependant, mercredi, quand des journalistes l’ont questionné sur les fuites de ladite enquête, le président a dit ne pas être au courant, un énoncé tout aussi plausible que sa première accusation gratuite.
Le problème dans cette affaire pour Donald Trump, c’est que peu de gens ont envie de gober sa version alternative des faits.
Les plus récents sondages démontrent qu’aucune guerre à l’étranger entreprise par les États-Unis n’a jamais été aussi impopulaire au sein de l’électorat américain. Selon le plus récent sondage, publié mardi, réalisé par l’Université Quinnipiac, plus d’un Américain sur deux s’oppose à l’intervention américaine en Iran.
Le soutien au sein de l’électorat républicain est beaucoup plus élevé – à 85 % – mais pourrait s’effriter rapidement alors que le conflit se prolonge et menace de plomber l’économie. En tout, 53 % des électeurs du Grand Old Party s’opposent déjà à la possibilité que leur pays déploie des soldats sur le sol iranien.
Déjà dégoûtés par le dossier Epstein, de plus en plus de poids lourds du mouvement Make America Great Again (MAGA) ne se gênent pas pour critiquer publiquement cette guerre et mettre en doute le désir de Donald Trump de libérer les Iraniens du joug de la République islamique. Parmi eux, l’animateur Tucker Carlson, la commentatrice Megyn Kelly et l’ex-élue Marjorie Taylor Greene.
Disons que la tentative de Donald Trump de faire porter à d’autres une des plus grosses bavures militaires de l’histoire américaine ne fera rien pour calmer leurs ardeurs.
Ni pour convaincre les Iraniens que celui qui les sauvera de la violence et des mensonges d’État est enfin arrivé.




