Dossier | Programme critiqué à l’UQAR | Des méthodes d’enseignement font l’objet d’une enquête (3 articles)

Une professeure rejette catégoriquement les critiques formulées à l’égard du département de psychosociologie et travail social. Aucun étudiant n’a jamais été forcé de participer à une quelconque activité qui le mettait mal à l’aise, affirme-t-elle.
Publié le
9 mars
« J’ai un contrat pédagogique avec les étudiants. Ils savent qu’ils ne sont obligés de rien raconter, absolument rien s’ils ne s’en sentent pas capables », assure Jeanne-Marie Rugira.
Impliquée dans le département depuis plus de 25 ans, elle est la seule, parmi les professeures que nous avons contactés, qui ait accepté de nous parler.
En entrevue avec La Presse, elle est catégorique : jamais elle n’a exercé de pression sur des étudiants pour qu’ils dévoilent leur vie personnelle.
Celle qui a été responsable du programme pendant plusieurs années a régulièrement donné un cours obligatoire de la formation centré sur le « roman familial ».
Dans ce cours, les étudiants doivent retracer leur histoire familiale, un exercice comparé par certains au fait de « mettre à nu » sa vie personnelle.
« Avant que chaque étudiant fasse son roman familial, on lui redit : “Qu’est-ce que tu veux ? Tu veux aller où ? Tu ne veux pas aller où ?” », affirme la professeure.
« Si je te pose une question et que ça crée un malaise, tu peux me dire stop et je vais te respecter », ajoute-t-elle.
Étudiants fragiles
Réagissant aux propos d’étudiants qui rapportent avoir vécu ou observé de la détresse psychologique pendant leur formation, Jeanne-Marie Rugira suggère que plusieurs d’entre eux avaient déjà des enjeux de santé mentale en s’inscrivant au programme.
« Nous, on a voulu faire un programme inclusif, affirme-t-elle. Parfois, je trouve qu’on a le dos large. On serait calomniés parce qu’on ne les a pas exclus, alors qu’on savait qu’ils avaient des problèmes de santé mentale, qu’on a voulu donner une chance et qu’on n’a pas voulu les essentialiser. »
J’ai des étudiants qui sont entrés en relation avec des gens qui étaient des abuseurs qui les ont malmenés, puis après, ils disent que c’est le programme qui les a malmenés. Mais non, ce n’est pas le programme qui les a malmenés, c’est parce qu’ils ont vécu des expériences vraiment difficiles.
Jeanne-Marie Rugira, professeure au département de psychosociologie de l’UQAR
Questionnée sur la lettre envoyée par 10 psychiatres au recteur de l’UQAR en 2009, la professeure répond que les critiques qu’ils adressaient au programme n’étaient « pas claires ».
Le programme avait quand même été révisé après son envoi, ajoute celle qui était à l’époque la directrice du département, selon le site de l’UQAR.
Depuis, la professeure affirme n’avoir jamais reçu de plaintes de la part d’étudiants.
« Je ne me souviens pas d’un étudiant qui soit venu me dire : “Jeanne-Marie, ce qui se passe est vraiment problématique” », atteste-t-elle.
« Après, qu’un étudiant ne soit pas content par rapport à une interaction avec un autre étudiant ou un prof, ça oui, ça arrive tout le temps. Ça arrive tout le temps, dans tous les programmes. »
Aider à prendre conscience plutôt que « traiter »
Aux étudiants qui comparent certains cours à de la thérapie, Mme Rugira répond que l’objectif n’est jamais de « traiter » les étudiants, mais de les aider à prendre conscience qu’eux aussi sont « habités par des choses » et peuvent aller chercher de l’aide s’ils en ressentent le besoin.
Les diplômés en psychosociologie travaillent « un peu partout dans les organismes communautaires, ils accompagnent des gens qui sont suicidaires, ils animent des groupes de soutien », énumère-t-elle.
Selon elle, il est important de se demander « comment on s’est construit comme personne, comme professionnel, quel est le regard qu’on pose sur ce qui est en train de se passer ».
« Je suis inscrite dans un système social, je suis inscrite dans un système culturel, je suis inscrite dans un système politique », illustre-t-elle.
« Je suis très fière de ce qu’on fait. Je suis vraiment très fière de ce qu’on fait. »



