«Malade mental»: Marchand va porter plainte contre un courtier immobilier anti-tramway

«On trouve ça inacceptable, on trouve ça préoccupant et on va porter plainte», a fait savoir mercredi au Soleil le cabinet de Bruno Marchand.
Dans une vidéo publiée dimanche sur ses pages professionnelles Facebook, TikTok et Instagram, le courtier immobilier Simon Laberge s’en prend au maire de Québec, en invitant les clients à contacter son bureau s’ils sont «tannés».
«Si jamais tu es tanné […] de payer des taxes à un malade mental, que tu ne veux pas le payer, le tramway, et que tu ne veux surtout pas qu’il passe en avant de chez vous, appelle-moi», peut-on entendre et lire dans les sous-titres de la courte vidéo de 45 secondes.
«Tramway inutile»
Très actif sur les réseaux sociaux, avec plusieurs centaines de vidéos en ligne sur ses différentes plateformes, le courtier affilié à Via Capitale admet n’être «pas trop au courant de ce qui va se passer et s’il va y en avoir un [tramway]», mais qualifie le projet d’«inutile».
«Il y a une affaire qui est sûre par exemple, ils ont commencé à couper des arbres. […] Des arbres centenaires, mon homme! Sais-tu comment de temps ça prend pour pousser un arbre centenaire? Ça prend 100 ans. Ce qu’ils font eux autres [la Ville], c’est qu’ils coupent ça sur le long du futur trajet qui n’aura probablement jamais lieu, parce qu’on n’aura jamais assez de monde pour le faire et surtout pas assez d’argent», s’insurge celui qui a cumulé plusieurs collaborations dans différentes radios de Québec ces dernières années.
«Bruno Marchand, lui, il veut marcher et couper des arbres», ajoute Simon Laberge, à la tête de l’Équipe Laberge.
Dans son message, il prétend de plus que le tramway forcera la Ville de Québec à couper «jusqu’à 20 000 arbres». Le nombre ciblé par les équipes municipales s’élève plutôt autour de 1500.
«On prend ça au sérieux»
Le cabinet du maire de Québec se montre «préoccupé» par les propos «haineux, diffamatoires et agressifs» tenus par Simon Laberge.
«On prend ça assez au sérieux pour faire une démarche auprès de Via Capitale», a indiqué au Soleil un membre de l’équipe de Bruno Marchand, mercredi.
Dans une lettre officielle qui sera acheminée à la bannière ces prochains jours, le cabinet entend faire valoir que Simon Laberge agit comme «personnalité publique», dont les publicités sont diffusées dans différents médias et qu’il dispose ainsi d’une «responsabilité comme interlocuteur dans l’espace public».
«Ce sont des commentaires tenus en toute impunité. Or, lorsqu’il est question de propos diffamatoires, il faut qu’il y ait une imputabilité.»
— Le cabinet du maire Bruno Marchand
Au-delà des «faussetés» véhiculées dans la vidéo, l’équipe du maire Marchand prend ce cas en exemple pour souligner la nécessité de «tracer une ligne à ne pas franchir».
«On ne peut pas contrôler toutes les opinions partagées et ça arrive que de fausses informations circulent, mais quand on traverse la barrière vers des propos haineux, diffamatoires et agressifs, on est ailleurs», insiste-t-on.
La plainte logée à Via Capitale est un «premier pas». Le cabinet n’exclut pas de plus amples démarches, mais dit ne pas en envisager pour le moment.
«Recrudescence»
Ce n’est pas la première fois que le maire Bruno Marchand condamne la violence en ligne.
En campagne électorale, ce dernier avait pris la parole pour inviter les différents candidats à bannir eux aussi haine, insultes et menaces qui «polluent» le débat démocratique sur les réseaux sociaux.
Après une légère accalmie, l’entourage du maire dit être témoin d’une «recrudescence de propos particulièrement violents» en ligne. Un constat, dit-on, «préoccupant pour le climat général et démocratique».
Via Capitale et l’APCIQ se dissocient
Dans un courriel transmis au Soleil, l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) a tenu «à rappeler que les courtiers immobiliers sont tenus d’adopter en tout temps un comportement professionnel et respectueux dans leurs communications publiques. Certains qualificatifs utilisés dans cette vidéo ne correspondent pas aux standards que nous valorisons».
Le Soleil a tenté de joindre la présidente et cheffe de la direction de Via Capitale, Alexandra Gélinas, pour obtenir une réaction. La réponse a plutôt été transmise par la firme de relations publiques National, qui indique que l’entreprise se dissocie des propos du courtier, sans toutefois le blâmer.
«Via Capitale tient à préciser que les opinions exprimées par ses courtiers sur leurs plateformes le sont à titre individuel. Les courtiers affiliés à notre bannière sont des professionnels autonomes et leurs prises de position ne représentent pas celles de Via Capitale.»
— Extrait de la déclaration de National au nom de Via Capitale
«Notre organisation demeure neutre sur les enjeux politiques et concentrée sur sa mission d’accompagner les Québécois dans leurs projets immobiliers», ajoute-t-on.
La vidéo en question, visionnée des milliers de fois, a été retirée de toutes les pages professionnelles du courtier immobilier en fin de journée mercredi, après de multiples appels du Soleil. En raison de partages, il était cependant toutefois encore possible de la visionner sur le réseau social X, notamment.
Équipe Laberge cumule plus de 13 000 abonnés sur les réseaux sociaux.
Sanctionné
Simon Laberge a déjà été sanctionné dans le passé par le comité de discipline de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ).
En 2018, celui-ci a plaidé coupable à plusieurs chefs pour avoir contrevenu à cinq articles du Règlement sur les conditions d’exercices d’une opération de courtage, sur la déontologie des courtiers et sur la publicité. Il a été condamné à payer 13 000 $ d’amende. Il devait également suivre une formation sur les règles de base en matière de financement hypothécaire résidentiel.
Le courtier immobilier devra également se défendre en avril devant l’organisme pour exercice d’un acte illégal et prête-nom.
Au moment de l’écriture de ces lignes, Simon Laberge n’avait pas rappelé Le Soleil.



