News CA

Camp militaire touché par un missile | Les partis de l’opposition déplorent d’être tenus dans le noir

(Ottawa) Les partis de l’opposition accusent le gouvernement Carney d’avoir sciemment tenu les parlementaires et la population dans l’ignorance en ne dévoilant pas les détails de l’attaque contre le camp des Forces armées canadiennes au Koweït, qui a été touché par un missile iranien il y a 10 jours.


Mis à jour hier à
20 h 48

Ce qu’il faut savoir

Une enquête de La Presse menée grâce à des services d’imagerie satellite a révélé jeudi qu’une attaque de missiles iraniens avait endommagé un bunker du camp militaire canadien au Koweït, le 1er mars.

L’attaque, qui n’a pas fait de blessés, a été passée sous silence par le gouvernement canadien, qui refuse de discuter de l’affaire « pour des raisons de sécurité opérationnelle ».

Les partis de l’opposition s’inquiètent d’être tenus dans le noir.

Un expert affirme que si le gouvernement craint de communiquer certains détails publiquement, il pourrait offrir une séance d’information à huis clos à certains députés.

Cette omission est d’autant plus inacceptable, estime le Bloc québécois, que le gouvernement libéral a proposé la tenue d’un débat d’urgence à la Chambre des communes lundi soir sans faire état de cette attaque, qui n’a pas fait de victime chez les militaires canadiens.

La Presse a révélé jeudi que le camp des Forces armées canadiennes (FAC) au Koweït, situé sur la base aérienne Ali Al-Salem, a été touché par une attaque de missiles iraniens, au cours de laquelle un refuge fortifié canadien a été lourdement endommagé. L’évènement survenu il y a une dizaine de jours n’a pas été divulgué aux parlementaires. Les soldats canadiens, qui étaient dans un autre bâtiment au moment de l’impact, s’en sont heureusement tirés sans blessures. Mais il s’en est fallu de peu.

Le Bloc québécois et le Parti conservateur ont dénoncé le manque de transparence du gouvernement Carney dans ce dossier.

« Le gouvernement, le ministre de la Défense, la ministre des Affaires étrangères et, évidemment, le premier ministre étaient au courant de cette attaque contre les Forces armées canadiennes au Koweït. Pourquoi le gouvernement n’a informé ni les parlementaires ni la population de cette attaque ? », a lancé la députée bloquiste Christine Normandin durant la période des questions aux Communes, jeudi.

Son collègue bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay s’est pour sa part demandé si cette attaque contre le camp des FAC explique la rapidité avec laquelle le premier ministre Mark Carney a appuyé les frappes israélo-américaines contre le régime de Téhéran.

Les militaires sains et saufs

Répondant au nom du gouvernement, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a souligné que le Canada n’avait pas participé aux frappes contre Téhéran et n’avait pas l’intention d’y participer à l’avenir. Elle a aussi assuré que tous les membres des FAC étaient sains et saufs.

« Je voudrais confirmer que tous les membres des Forces armées canadiennes présents dans la région sont sains et saufs et ont été localisés. Pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous ne pouvons pas donner plus de détails. Mais je voudrais être claire. Le Canada n’a pas été consulté, n’a pas participé et n’a pas l’intention de participer aux frappes contre l’Iran. Point final », a-t-elle affirmé.

Dans une autre réponse, la cheffe de la diplomatie canadienne a invité toutes les parties, y compris les États-Unis et Israël, à respecter les règles du droit international.

Une porte-parole du ministère de la Défense, la lieutenante de vaisseau Pamela Hogan, n’a pas voulu aborder non plus les dommages matériels. « Nous sommes au courant que des attaques ont été signalées à proximité de la base aérienne Ali Al-Salem. Pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous ne divulguerons aucune information concernant l’évaluation des dommages ou les répercussions sur les installations militaires », a-t-elle déclaré.

Le député conservateur James Bezan a également critiqué le manque de transparence du gouvernement libéral.

« Le premier ministre a eu plusieurs occasions, notamment lors de conférences de presse, de révéler que des bases des Forces armées canadiennes au Koweït avaient été attaquées le 1er mars. Nous sommes très préoccupés par ce manque de transparence persistant, qui s’ajoute aux nombreuses volte-face de Mark Carney et des libéraux concernant leur position sur la guerre en Iran », a-t-il dit.

Impossible d’analyser les coûts et bénéfices

« Le gouvernement aurait dû être plus transparent au sujet de cet évènement. S’il est réticent à communiquer l’information publiquement pour éviter de la révéler aux Iraniens, il devrait organiser des séances d’information derrière des portes closes avec certains parlementaires, en s’assurant qu’ils ont reçu une habilitation de sécurité appropriée », croit le professeur Stephen M. Saideman, de l’Université Carleton, spécialiste des relations internationales.

« Il y a peut-être des renseignements qui ne peuvent vraiment pas être rendus publics. Mais il est aussi possible que le gouvernement cache des informations parce qu’il ne veut pas montrer qu’il y a des coûts à une présence au Moyen-Orient, parce que des gens n’ont pas été évacués, etc. Est-ce une erreur d’avoir une base à cet endroit actuellement ? Nous ne pouvons pas analyser les coûts et bénéfices à moins que quelqu’un en dehors du pouvoir exécutif sache ce qui se passe ! », s’exclame-t-il.

M. Saideman est coauteur d’un livre paru l’an dernier sur la façon dont le pouvoir législatif encadre le travail des forces armées dans différents pays démocratiques. Au Canada, déplore-t-il, les députés s’impliquent peu dans les questions militaires.

Au cours des dernières années, des membres des partis de l’opposition se sont montrés peu enthousiastes à l’idée d’obtenir une habilitation de sécurité et des informations confidentielles en matière de défense dont ils ne pourraient pas parler publiquement, ce qui limiterait leurs prises de position publiques. « Ils préfèrent parler à partir d’une position d’ignorance », constate le professeur.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button