Le vendredi 13, entre mécanismes cognitifs et origines religieuses

Jour de chance pour certains, de malchance pour d’autres, le vendredi 13 peut modifier le comportement de plusieurs superstitieux. Derrière le phénomène se cachent des principes psychologiques et des croyances ancrées depuis des centaines d’années. Regard sur le phénomène.
« La société nous a appris à faire attention au vendredi 13 », affirme d’emblée la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. « Ça veut dire que, s’il m’arrive quelque chose de négatif [ce jour-là], je vais l’associer au vendredi 13. »
Ce lien mental s’explique par deux principes liés : la peur de l’incertitude et le besoin de contrôle. Notre cerveau est fait pour constamment anticiper une situation, explique Mme Beaulieu-Pelletier, mais aussi pour comprendre ce qu’il se passe autour de nous. En d’autres termes, en nous poussant à créer de faux liens de cause à effet, les superstitions nous aident à trouver des explications à des événements qui n’en ont pas.
« Ça nous permet de nous adapter », précise la psychologue, d’autant plus que l’incertitude peut créer de l’anxiété. « Ça vient nous apaiser. »
Biais de confirmation
C’est le mécanisme cognitif du biais de confirmation qui est au cœur des superstitions. Et tout particulièrement le cas de celles associées au vendredi 13. « On prend uniquement l’information qui colle avec notre pensée, et on met de côté toutes les autres », résume Mme Beaulieu-Pelletier. Si on a appris très tôt que ce jour doit porter malheur, notre cerveau va faire des associations pour confirmer ce principe — et la même chose se produit chez ceux qui associent plutôt ce jour à de la chance, illustre-t-elle.
Plusieurs événements tragiques sont survenus un vendredi 13 : les attentats meurtriers de 2015 à Paris, le naufrage du navire de croisière Costa Concordia en 2012, l’écrasement du vol 571 Fuerza Aérea Uruguaya en 1972. Et on se souviendra que François Legault a officialisé le début de la pandémie de COVID-19 au Québec le vendredi 13 mars 2020 en annonçant la fermeture temporaire des écoles, cégeps et universités.
En raison de cette concordance, ces événements ont souvent davantage marqué l’imaginaire collectif que d’autres survenus un autre jour (ou même un autre vendredi), comme le grand séisme qui a ravagé le nord-est du Japon le vendredi 11 mars 2011.
Ici aussi, le biais de confirmation joue un rôle majeur dans notre mémoire, explique Geneviève Beaulieu-Pelletier : notre cerveau associe ces événements tragiques au vendredi 13 pour confirmer nos croyances.
Ce type d’association peut être bénéfique dans certains cas, précise la psychologue. Par exemple quand des personnes utilisent un porte-bonheur pour gagner en confiance lors d’un examen ou d’une allocution. « Mais le problème, c’est quand ça nous joue des tours », ajoute la psychologue en guise d’avertissement.
Des origines chrétiennes, mais pas que ça
Si c’est l’imaginaire collectif qui alimente les superstitions, d’où sont nées celles associées au vendredi 13 chez nous ? L’historien et conteur Stéphane Tessier affirme qu’elles ont notamment des origines religieuses.
La plus connue provient du christianisme : selon le Nouveau Testament, Jésus aurait été crucifié un vendredi. Et lors de la Cène, son dernier repas, en comptant Jésus et ses douze apôtres, ils étaient treize autour de la table. L’apôtre traître, Judas, aurait donc été le treizième convive de cet ultime repas. M. Tessier note d’ailleurs que, « dans la civilisation romaine, le vendredi était la journée des condamnations à mort ». Au Québec, les exécutions avaient aussi toujours lieu un vendredi, fait-il remarquer.
Le nombre 13 vient aussi rompre la « perfection » souvent associée au nombre 12, explique M. Tessier, qui cite entre autres les 12 signes du zodiaque, les 12 pleines lunes et mois de l’année ou encore les 12 travaux d’Hercule. Le chiffre 13, lui, est associé à la carte du tarot qui symbolise la Mort, ou encore au dieu grec des enfers, Hadès, qui n’est pas considéré comme l’un des 12 dieux de l’Olympe bien qu’il soit le frère de Zeus.
Ces superstitions ont aussi été alimentées par la culture populaire au cinéma et à la télévision. « C’est vraiment un phénomène », affirme M. Tessier. Ainsi, la saga des films Vendredi 13, déclinée en 12 longs métrages entre 1980 et 2009, a généré plus de 500 millions de dollars en recettes au box-office mondial. Comme quoi même la superstition du vendredi 13 ne semble pas avoir brisé la « perfection » du chiffre 12.
Avec Léo Mercier-Ross
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