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Parti républicain | Des craques dans la base

En temps normal, mais peut-être n’existe-t-il pas de « temps normaux », alors je reprends : une autre année, la démission de Joe Kent aurait indiqué que le bon sens gagnait un peu de terrain dans l’administration Trump.


Publié à
5 h 00

Kent, un ancien militaire d’élite nommé directeur du Centre national antiterroriste, est un adepte de théories du complot. Notamment celle voulant que le FBI soit le réel responsable de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.

Ses commentaires voulant que les États-Unis aient attaqué l’Iran sous la pression d’Israël et du « lobby juif » américain seraient d’autant plus sujet à caution qu’il a flirté avec des milieux antisémites.

Sauf que son analyse de la dangerosité de l’Iran est également celle de la plupart des alliés historiques des États-Unis – je précise « historiques », parce qu’on ne sait plus qui est réellement un allié aux yeux de Donald Trump.

Le Guardian a révélé mardi qu’un émissaire du gouvernement britannique aux négociations entre l’Iran et les États-Unis était d’avis qu’un accord sur le nucléaire était possible. Une rencontre devait avoir lieu le 2 mars.

Et bien que l’Iran ait un stock d’uranium enrichi, il n’est pas encore en position de l’utiliser. Bref, ce n’est pas une menace « imminente », contrairement à ce qu’a affirmé le président. Aux yeux des Européens, c’est donc une guerre illégale et prématurée. Ils n’en partagent pas moins l’objectif de neutraliser le régime de Téhéran. Depuis longtemps pour Israël, et non sans raison, le régime des mollahs est une menace permanente et existentielle, vu sa volonté répétée d’éradiquer l’État juif et son financement des groupes terroristes.

Kent est donc venu dire tout haut ce que la plupart des « alliés » des États-Unis pensent tout bas, ou à mi-voix. Mardi, le président se disait « très déçu » de l’OTAN, qui ne vient pas à son aide. Pour avoir « de l’aide », il aurait fallu construire une coalition et agir de manière concertée. Comme en Afghanistan. Au lieu de ça, Trump se plaint de faire le travail sécuritaire « pour tout le monde », sans reconnaissance…

Ça, c’est sur le fond du dossier iranien. Mais cette démission a une réverbération politique beaucoup plus profonde pour Donald Trump ; elle révèle une autre grosse craque dans sa « base » électorale.

Cette démission est en effet le révélateur d’une frange importante de la base MAGA : les non-interventionnistes.

Trump s’est vanté dans son premier mandat de n’avoir déclenché aucune guerre. Il a dénoncé George W. Bush pour la guerre en Irak et Joe Biden pour sa sortie d’Afghanistan. Avec lui, plus de guerres sans fin, et mieux encore : même pas de guerre en Ukraine.

Deux semaines et demie et 15 milliards plus tard, l’Iran, présenté comme une « excursion », est l’exemple éclatant de cette promesse rompue. D’autant qu’on ne voit aucune sortie rapide ni de réel plan pour un retour au calme.

Et ce ne sont pas les démocrates qui crient le plus fort. Ce sont les partisans les plus indéfectibles de Trump, ceux qui ont repeinturé le Parti républicain et lui ont mis une casquette sur la tête.

Comme Marjorie Taylor Greene. Ou plus grave encore, l’animateur Tucker Carlson, qui a soutenu jusqu’à en perdre haleine la fausse théorie de l’élection présidentielle « volée » en 2020. L’homme a un statut de gourou auprès de millions d’électeurs républicains. Mardi, Carlson a vanté Kent comme l’homme le plus courageux qu’il connaisse.

Trump a accueilli tout cela avec un haussement d’épaules : Kent ne s’y entend pas vraiment en matière de sécurité.

Ça demeure le premier départ volontaire de haut niveau de son administration – Kristi Noem a été mutée. Quand on pense aux portes tournantes de son premier mandat, c’est presque un exploit après 14 mois.

Les médias rapportent cependant que J.D. Vance et d’autres personnes dans l’administration sont aussi opposés à cette guerre en Iran.

Elle a manifestement été décidée de manière impulsive, en prenant de gros risques bien soulignés par le commandement américain, et contre l’avis de plusieurs dirigeants dans sa propre administration.

Quel sera le prix à payer, politiquement, pour ne pas prendre ses distances de cette guerre, en cette année électorale ? Et après les élections de mi-mandat, quand Trump sera devenu un lame duck, comment se positionneront les prétendants à sa succession ?

Comme démission, ce n’est pas dramatique. Mais pour une craque, c’en est toute une.

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