“Parfois, la magie opère” : Le Groupama Stadium est-il devenu un grand stade ?

Faut-il enfin s’enflammer pour le PSG ?
Video credit: Eurosport
Le Groupama Stadium a célébré ses dix ans, le 18 janvier dernier, à l’occasion de la réception du Stade Brestois, et on ne peut pas dire que ce fut un sommet de football ou d’émotions, dans une rencontre longtemps disputée à 11 contre 10 (2-1). De grande fête à domicile, il n’y a pas vraiment eu depuis, même si l’ambiance fut belle face à Lille (1-0) et la fin de match dingue contre Lens en Coupe de France (2-2), avant la fatale séance de tirs au but.
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C’est donc peut-être face au Celta de Vigo, jeudi, en huitième de finale retour de Ligue Europa, que le public de l’ex “Grand Stade” ou “Parc OL” aura l’occasion de vraiment marquer le coup. On en doute, pour être tout à fait honnête, tant les billets s’écoulaient timidement à l’heure d’écrire ces lignes, la faute un horaire pas idéal (18h45) et à une politique tarifaire critiquée sur les réseaux sociaux. Mais le résultat du match aller (1-1) et la perspective d’un quart de finale de Coupe d’Europe convoquent en tout cas les souvenirs des soirées qui ont marqué l’enceinte. Celles où le bébé de Jean-Michel Aulas livre son plein potentiel.
“J’ai joué dans des grands stades. Quand il y a des grosses affiches, ça peut rivaliser avec ce qui se fait en Europe, estime Maxime Gonalons, titulaire et capitaine de l’OL le 9 janvier 2016 face à Troyes, lors du premier match de l’histoire du Groupama Stadium. En fait, le son a été fait pour ça. Tout a été étudié pour que le son résonne du mieux possible au stade”, dont la capacité avoisine les 60 000 spectateurs (59 186 places).
L’ambiance des grands soirs au Groupama Stadium pour OL-Manchester United
Crédit: Getty Images
De très, très grosses ambiances dans les grandes soirées
Hugo Guillemet, qui suit l’OL depuis 2020 pour le journal L’Equipe, en a vécu, des matches à Lyon. Lui ne s’aventure pas à des comparaisons avec les ambiances du Vieux Continent – et surtout pas avec celles qu’il a vécues en Turquie – mais place, en termes de bruit pur, le Groupama Stadium pas très loin de ce qui se fait de mieux en France. “C’est quand même un stade architecturalement très réussi, détaille-t-il. Il y a des tribunes assez abruptes, qui sont proches du terrain, tout le monde voit bien de partout, c’est un stade qui garde bien l’ambiance. C’est une belle enceinte qui peut avoir de très, très grosses ambiances dans les grandes soirées, parce qu’il y a deux kops qui se coordonnent, qui se répondent, et donc tu as des chants tout au long du match qui sont audibles, et tu as certains matches où la magie opère”.
On pense à ce soir de mai 2016, où les Gones avaient étrillé Monaco (6-1) dans une “finale” pour la Ligue des champions lors de la 37e journée. A cette énorme frappe de Memphis Depay pour faire tomber le PSG en janvier 2018 (2-1). Ou encore à ces soirées de gala en Ligue des champions, face au Barça (0-0), à la Juve (1-0) ou particulièrement face à Manchester City (2-2), victime d’un doublé de Maxwel Cornet. Mais un souvenir revient instantanément chez nos interlocuteurs. Celui d’une demi-finale de Ligue Europa face à l’Ajax en mai 2017. A la clé, une victoire 3-1 insuffisante pour gommer le piètre match aller aux Pays-Bas (4-1). Mais tout au long de la rencontre, une ambiance incandescente, avec un pic atteint juste avant la pause grâce à deux buts inscrits coup sur coup par Alexandre Lacazette.
“C’était peut-être la plus grosse ambiance de l’histoire du stade”, estime Hugo Guillemet. “J’ai eu la chance de jouer un an et demi dans ce stade et franchement, cette soirée-là, elle avait été incroyable, se remémore de son côté Gonalons. C’était une ambiance de dingue. 60 000 personnes, quand tout le monde chante, que tout le monde crie, ça commence à faire du bruit”.
Maxime Gonalons lors d’OL-Ajax en 2017
Crédit: Getty Images
Surdimensionné
Mais encore faut-il les atteindre. Si le record d’affluence est tout frais – le 9 novembre dernier face au PSG (2-3, 58 257 spectateurs) -, la norme n’est pas celle-ci. A la mi-saison, l’OL affichait un taux de remplissage de 84% en Ligue 1, le deuxième meilleur total du championnat derrière l’OM. Une moyenne de près de 50 000 spectateurs par rencontre très honorable. Mais plusieurs matches de Coupe de France ou de Ligue Europa ont à peine atteint ou dépassé les 25 000 spectateurs.
“C’est un stade surdimensionné, clairement, estime notre confrère. Je pense que la bonne taille aurait été dans les 45-50 000, comme l’a fait la Juventus par exemple (41 507 places). A Lyon, il y a plusieurs matches dans la saison où l’anneau supérieur est fermé, où ils n’y mettent personne pour économiser en sécurité. Même quand tu es à 40 000, OK, il y a une bonne ambiance, mais c’est quand même clairsemé”. Et insuffisant pour intimider chaque adversaire foulant sa pelouse.
Reste une dernière pierre dans le grand jardin de Décines : sa localisation, justement, à près de 20km à l’Est de la capitale des Gaules. Ce qui peut vite faire grimper, pour les locaux, le temps de trajet à 40 minutes de route en cas de bouchons, et au moins autant via les transports en commun. “C’est ce qui enlève beaucoup de magie par rapport à d’autres enceintes, par exemple comme Bollaert, qui pour moi est la meilleure ambiance de Ligue 1, comme Geoffroy Guichard qui est excellent sur les très gros matches, ou la Meinau”, détaille notre confrère.
En résumé, dix ans après, le Groupama Stadium vit avec les défauts qu’on lui imaginait à sa sortie de terre, pas non plus aidé par des résultats sportifs qui ont, sur la période, rarement fait sauter au plafond (seulement trois campagnes de Ligue des champions et une demie de C1… pendant le Covid). Il est assurément devenu un stade des grandes soirées, des gros matches. Pas tout à fait un grand stade, pour le moment.




