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Élections municipales en France | Emmanuel Grégoire, un discret héritier socialiste à la mairie de Paris

(Paris) Elu dimanche à la mairie de Paris où il a travaillé durant plus de dix ans, Emmanuel Grégoire a conservé la capitale française aux mains de la gauche, au terme d’une campagne âpre qui l’a vu surmonter son déficit de notoriété face à la très médiatique ex-ministre Rachida Dati.


Publié à
8 h 41
Mis à jour à
16 h 33

Tiphaine LE LIBOUX

Agence France-Presse

En obtenant entre 50 et 53 % des voix selon les estimations, ce quadragénaire (48 ans), cheveux grisonnants et fine barbe, succède à Anne Hidalgo qui a dirigé la ville durant 12 ans et dont il fut le numéro 2 (2018-2024) après avoir été adjoint chargé des ressources humaines et du budget (2014-2018).

Être maire, « ça fait des années et des années que je m’y prépare », affirmait en février celui qui a aussi été chef de cabinet (2009-2012) du précédent maire, Bertrand Delanoë, qui avait ravi Paris à la droite en 2001.

Originaire d’une banlieue populaire au nord-est de la capitale, Emmanuel Grégoire est également depuis 2024 député de Paris, dans une circonscription couvrant une partie du XIIe arrondissement où il a débuté son engagement socialiste, rompant avec la tradition communiste familiale.

Ce fils d’une institutrice et d’un fonctionnaire, qui a également travaillé un temps comme consultant dans une entreprise de conseil médical, a connu une parenthèse dans sa carrière politique parisienne, en travaillant entre 2012 et 2014 au cabinet du premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault.

« Travailleur »

Réputé travailleur et peu enclin au conflit, il est présenté par ses soutiens comme « l’homme des dossiers impossibles ». « Quand quelque chose n’avançait pas, il arrivait à rassembler tout le monde et trouver une solution », témoignait en juillet auprès de l’AFP Antoine Guillou, adjoint (PS) à la mairie de Paris.

Être présenté comme « quelqu’un d’assez rigoureux, travailleur, connaissant très bien ses dossiers, ça me flatte », disait-il dans le balado Chez Zirah, admettant avoir « une relation compulsive au travail ».  

PHOTO MICHEL EULER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des affiches pour la campagne à la mairie de Paris du socialiste Emmanuel Grégoire, de la candidate de droite, l’ancienne ministre de la Culture Rachida Dati, et de la candidate du parti de gauche radicale La France insoumise, Sophia Chikirou

« Mais parfois on me renvoie une image un peu terne, qui est un peu éloignée de ce que je suis intimement », poursuivait-il, assurant être « hyper joyeux, hyper rigolard, hyper simple ».

« C’est un type amical, mais c’est un apparatchik, au sens neutre. Il a une vraie habileté politique », explique un ancien du PS.

« Plaie silencieuse »

Il s’épanche peu sur sa vie personnelle, sinon pour évoquer sa « tribu », une famille recomposée avec cinq enfants de 9 à 20 ans (trois d’une première union auxquels se sont ajoutés deux autres du côté de sa nouvelle compagne).

Dans une campagne où il était confronté à l’offensive et exubérante Rachida Dati, qui enchaînait les égoportraits avec les passants et s’affichait sur TikTok à l’arrière d’un camion poubelle, il a parfois fendu l’armure.

Il a évoqué le suicide de son frère sur ses réseaux sociaux fin décembre — « Mon Juju a décidé que la vie était trop lourde », a-t-il écrit.

Après la découverte de cas de violences sexuelles imputées à des animateurs périscolaires à Paris, il a révélé à la radio avoir été lui-même victime de violences sexuelles, « une plaie intérieure », « une plaie silencieuse ».

« Me sont remontées ces dernières semaines des faits insoutenables dans des écoles à Paris et ailleurs qui m’ont renvoyé à ma propre histoire […]. Cette histoire, c’est celle d’un enfant qui, en CM1, a subi des violences sexuelles pendant plusieurs mois dans le cadre d’activités périscolaires, dans une piscine municipale », a-t-il déclaré.

Sur ce sujet, il s’est engagé à « tout revoir, tout changer », avec une « obligation de résultats immédiats ».

« Ville refuge »

Durant sa campagne, il a marché sur un fil, cherchant à se démarquer d’Anne Hidalgo avec qui il s’est quitté en mauvais termes – elle lui préférait le sénateur Rémi Féraud, avant que les militants ne tranchent en sa faveur lors d’une primaire – sans toutefois renier le bilan de sa prédécesseure auquel il a participé.

Il s’est notamment engagé à perpétuer une politique favorable aux deux-roues, développant des espaces verts, et a aussi fait du logement sa « première des batailles » dans une ville confrontée à une flambée des prix de l’immobilier.

Il a également promis que Paris resterait une « ville refuge » et l’un des « derniers bastions contre la droite et l’extrême droite », alors que le Rassemblement national de Marine Le Pen est le premier parti de France et annoncé favori au premier tour de la présidentielle de 2027.

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