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Michael Rousseau s’excuse pour son incapacité à s’exprimer « adéquatement en français »

(Montréal et Québec) Alors que les élus québécois s’apprêtent à voter une motion demandant sa démission, le PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, se dit « profondément attristé » par la controverse linguistique qui a « dévié l’attention du profond deuil des familles ».


Publié à
7 h 03
Mis à jour à
9 h 20

Lundi, Air Canada avait mis en ligne une vidéo de M. Rousseau presque exclusivement en anglais offrant ses condoléances pour la mort des deux pilotes dont l’un, Antoine Forest, est un résidant du Coteau-du-Lac, en Montérégie. Dans deux communiqués publiés jeudi matin, en français et en anglais, le PDG d’Air Canada s’excuse d’emblée pour sa piètre maîtrise du français. Il s’était engagé à suivre des cours après une première controverse à ce sujet en 2021, lors d’une conférence uniquement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

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« Malgré un grand nombre de leçons au fil des années, je demeure incapable de m’exprimer adéquatement en français, peut-on lire. Je m’en excuse sincèrement et tiens à préciser que je poursuis mes efforts pour m’améliorer. »

Michael Rousseau est au cœur d’une tempête depuis la publication de sa vidéo. Pratiquement toute la classe politique québécoise, à commencer par le premier ministre François Legault qui a demandé sa démission, a dénoncé ce message qui ne comportait que deux mots en français, soit « bonjour et merci ». Une motion sera déposée jeudi par le gouvernement Legault pour exiger son départ.

La motion déposée énonce que « l’Assemblée nationale dénonce fermement le manque de respect du PDG d’Air Canada envers la langue française, les familles québécoises endeuillées et l’ensemble des francophones de la fédération ». Elle souligne le fait que « Michael Rousseau n’en est pas à son premier affront en matière linguistique », et « rappelle que le français est la seule langue officielle et commune du Québec ».

Demandant la démission de M. Rousseau, la motion « exige que le prochain ou la prochaine PDG d’Air Canada possède une maîtrise suffisante de la langue française ».

Le ministre de la Justice et des Relations canadiennes, Simon Jolin-Barrette, a interpellé jeudi les deux membres québécois du conseil d’administration d’Air Canada, Jean Marc Huot et Madeleine Paquin, pour qu’ils s’expriment sur la place publique. Ce sont eux qui « doivent fixer les objectifs du PDG », a-t-il insisté.

« Air Canada est assujetti à la Loi sur les langues officielles. Ils ont des obligations envers la population canadienne, les francophones d’un bout à l’autre du pays. Alors clairement, c’est un manque de respect qu’il y a eu. On demande à la démission de Michael Rousseau », a ajouté le leader parlementaire du gouvernement.

Pour le Parti québécois, toute cette indignation est futile. Il ne votera ni pour ni contre la motion. Il fait le choix de l’abstention.

« Il faut cesser de jouer dans le même film », a plaidé le député Joël Arseneau, qui a voulu faire mousser la cause souverainiste. « Michael Rousseau est un multirécidiviste du mépris envers la langue française et envers les Québécois. Donc on en tire des leçons. […] Dans ce cas-là précis, ça ne donne strictement rien de faire semblant de s’indigner alors qu’on sait déjà quels sont les résultats. »

À preuve, a-t-il dit, M. Rousseau a rapidement fait savoir qu’il entend rester à bord malgré la controverse. Le PDG, « payé 12 millions par année », n’a « rien à cirer du vaudeville qui se joue actuellement au Québec, dans les médias et à l’Assemblée nationale ».

Les députés péquistes ne vont pas « bloquer la motion dans la mesure où on ne veut pas bloquer les bonnes intentions manifestées par le gouvernement. Mais on sait que ça ne donnera rien, alors on va s’abstenir », a-t-il expliqué.

De son côté, le Parti libéral du Québec a changé de position jeudi et a réclamé à son tour la tête de Michael Rousseau.

Mercredi, le chef Charles Milliard déplorait le message en anglais du PDG d’Air Canada, mais il n’allait pas jusqu’à demander sa démission. Il se disait mal à l’aise de s’ingérer dans les affaires d’une entreprise privée.

Le leader parlementaire Marc Tanguay a tenu un autre discours lors d’un point de presse jeudi. « Il est clair qu’en vertu de la loi [sur les langues officielles], Air Canada doit avoir un PDG ou une PDG qui puisse s’exprimer en français. Ce n’est pas le cas. Et la réaction officielle de ce matin », le communiqué dans lequel M. Rousseau se dit incapable de s’exprimer adéquatement en français malgré de nombreuses leçons, « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », a-t-il soutenu, rappelant l’engagement que le PDG a pris il y a des années. « Ça ne tient pas la route. […] La limite a été atteinte avec le communiqué de presse. Il doit démissionner. »

Québec solidaire demandait le départ de Michael Rousseau mercredi et l’a réitéré jeudi.

En point de presse avec sa députée Maïté Blanchette Vézina, le chef du Parti conservateur Éric Duhaime a demandé lui aussi la démission de Michael Rousseau. « Comment ça se fait qu’un unilingue anglophone s’est retrouvé à la présidence d’Air Canada ? […] C’est injustifiable. On demande à un agent de bord d’être bilingue, mais le président de l’entreprise ne l’est même pas. Il y a quelque chose d’un peu indécent », a-t-il dit. Sa députée votera en faveur de la motion du gouvernement.

À Ottawa, le premier ministre Mark Carney s’est dit « déçu » de la sortie de M. Rousseau, qui aurait « [manqué] de jugement et de compassion » dans les circonstances.

Le PDG d’Air Canada a été convoqué le 1er mai prochain devant le comité des langues officielles de la Chambre des communes.

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