Québec remet les CLSC au cœur de la première ligne | La Presse

Mis à jour hier à
17 h 58
Le CLSC comme un « repère »
La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a présenté la première politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne. La nouvelle stratégie mise sur les CLSC, longtemps négligés, pour élargir l’accès au réseau de la santé et des services sociaux.
« Les CLSC ont été dilués dans une architecture complexe », admet Mme Bélanger. « Ils doivent devenir la plaque tournante de la première ligne. La première ligne, c’est quoi ? Ce sont des programmes de prévention, de soutien à domicile, de santé mentale, des équipes en itinérance, des programmes à la petite enfance », a énuméré la ministre.
En clair : les patients pourront se rendre dans le CLSC le plus près de chez eux pour obtenir des services. Québec veut créer un nouveau réflexe et éviter que les patients se tournent vers les urgences ou seulement vers le médecin.
Renverser « l’entonnoir »
« On renverse l’entonnoir », illustre la présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Maude Raymond. « Avant, c’était le médecin en premier qui, lui, faisait [la répartition] chez les autres professionnels. Là, il faut aller chercher le patient dans son milieu. Le travailleur social, le psychoéducateur, le psychologue, il va y avoir plusieurs professionnels qui vont aller au maximum de leur pratique [avant que le patient se retrouve chez le médecin]. »
En ce sens, les groupes de médecine familiale (GMF) vont demeurer complémentaires. Si vous souffrez de fièvre, la solution n’est pas le CLSC. Mais si vous avez des problèmes avec votre adolescent, oui, explique Sonia Bélanger.
Comment renforcer les CLSC ?
Les CLSC ont été boudés par les médecins au moment de leur création en 1972. Au fil des réformes de structure, le modèle pourtant novateur a aussi perdu de son lustre. Lorsqu’elle était seulement ministre responsable des Aînés, Sonia Bélanger rêvait déjà de redonner aux CLSC leurs lettres de noblesse.
« Notre système a été longtemps un système de santé hospitalocentriste et je ne suis pas gênée de le dire », explique cette ex-PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Mme Bélanger disposera d’un budget de 10 millions cette année pour embaucher de nouvelles ressources, notamment à l’accueil. Santé Québec est responsable de la mise en œuvre de la politique.
Quel est le plan ?
Le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) salue l’intention, mais constate que le gouvernement agit tardivement, à la toute fin de son mandat. « Je suis contente qu’on parle des CLSC, qu’on revienne au besoin de gestion de proximité. C’est un peu tard, je trouve qu’il n’y a pas de plan d’action et j’aurais aimé avoir quelque chose de plus concret sur la table », exprime la directrice générale, Sylvie Tremblay.
Est-ce que les médecins seront au rendez-vous ? Est-ce que les GMF collaboreront ? « C’est un wake-up call », croit-elle. Mme Tremblay espère que le prochain gouvernement « prendra la balle au bond » pour réaliser cet engagement gouvernemental caquiste.
Pas plus de médecins
La réforme de Sonia Bélanger ne passe pas par l’ajout de plus de médecins en CLSC. Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, ne s’attend pas à ce que la nouvelle politique gouvernementale change « l’orientation du lieu de pratique des médecins ».
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Le Dr Marc-André Amyot, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ)
Par ailleurs, la ministre poursuit le déploiement de cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Huit nouvelles cliniques doivent voir le jour dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et dans les Laurentides, notamment. Cela portera à 26 le nombre de cliniques d’IPS d’ici 2030. En 2023, Québec promettait la création de 23 nouvelles cliniques d’IPS d’ici 2028. Une entente est en voie d’être conclue avec les IPS pour qu’elles puissent prendre en charge des patients en GMF. Québec mise aussi sur un rôle accru des pharmaciens communautaires. Or, l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires s’est retirée des négociations avec le gouvernement.
Plateforme Votre Santé
Toujours pour renforcer la première ligne, Sonia Bélanger a affirmé que la plateforme Votre Santé, qui doit devenir « la seule porte d’entrée numérique » du système de santé, serait déployée « bientôt » partout au Québec. Pour l’heure, deux projets pilotes ont été lancés dans le Bas-Saint-Laurent et dans la municipalité de Saint-Donat, dans Lanaudière. Il s’agit d’un engagement électoral de 2022. Christian Dubé promettait alors un déploiement d’ici 2026.




