Québec recule face à la colère des pharmaciens
Un petit amendement sur les honoraires des pharmaciens dans un projet de loi plutôt confidentiel est venu semer la pagaille dans une négociation clé entre le gouvernement et les pharmaciens propriétaires sur les nouvelles responsabilités qu’on veut leur confier pour désengorger le réseau de la santé. Sous pression, Québec a fini par reculer lundi soir.
L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) demandait à Québec de retirer un amendement apporté la semaine dernière au projet de loi 15 qui visait à plafonner les honoraires que peuvent facturer les pharmaciens aux assureurs privés. Elle parlait d’une « gifle » et d’une « décision irréfléchie », et avait quitté la table des négociations avec le gouvernement sur le renouvellement de son contrat de travail.
Lundi soir, le ministre du Travail, Jean Boulet, a annoncé que ce passage du projet de loi serait revu. « Un amendement sera déposé afin de retirer cette disposition », a-t-il annoncé sur la plateforme X.
Pendant ce temps, le personnel des pharmacies était invité à participer à une séance d’information, ce qui devait pousser certaines pharmacies à fermer leurs portes plus tôt que prévu. L’AQPP souligne toutefois qu’il ne s’agissait pas d’un moyen de pression et qu’elle n’avait pas lancé d’appel à ses membres en ce sens.
Pour le président de l’AQPP, Benoît Morin, il n’était pas question de revenir à la table de négociation tant que le passage litigieux n’était pas retiré du texte législatif.
Un revenu clé pour les pharmaciens
L’amendement touchait le projet de loi 15, qui vise à élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et des services sociaux.
Le conflit touche une question de facturation. Lorsque les patients sont assurés au public, les honoraires des pharmaciens sont limités et relativement bas, mais de telles balises n’existent pas du côté des assureurs privés. À titre d’exemple, pour un médicament dont le prix dépasserait 100 000 $, les honoraires du pharmacien sont de 11 $ au public et en moyenne de 15 315 $ au privé, selon les données de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes.
Le hic, c’est que les honoraires généreux des assureurs privés sont devenus nécessaires pour compenser ceux du public, explique le président de l’AQPP. Sans eux, leur modèle d’affaires ne tient plus, fait-il valoir.
Des pharmaciens qui « chargent trop » ?
L’AQPP représente environ 2000 pharmacies au Québec. Le gouvernement est en négociation avec elles depuis l’été 2005 pour conclure une entente sur leurs tarifs lorsqu’ils offriront plus de services en première ligne.
Selon Québec solidaire, qui a proposé l’amendement au cœur du conflit, la « surfacturation contribue à faire grimper le coût des régimes collectifs que les travailleuses et travailleurs paient déjà trop cher ». « Ce n’est pas aux travailleurs et travailleuses ni à la population de payer le prix de la négociation actuelle entre les pharmaciens et le gouvernement », a fait valoir le député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, dans un message diffusé sur les réseaux sociaux.
M. Morin reconnaît qu’il y a des pharmaciens qui « chargent trop ». Or, on ne peut pas s’attaquer seulement à une partie du problème — les honoraires aux assureurs privés — sans revoir en même temps ceux de la Régie de l’assurance maladie du Québec, selon lui.
Le dossier a suscité toutes sortes de réactions lundi. Ainsi, la Fédération autonome de l’enseignement a pressé Québec à maintenir l’amendement et ne « pas reculer » dans le dossier. « Cet amendement constitue un geste important pour protéger le pouvoir d’achat de nos membres et de la population en général, mais aussi la viabilité de notre régime ainsi que l’accessibilité à des traitements », a déclaré la présidente de la fédération syndicale, Mélanie Hubert, dans un communiqué.
Le candidat à la direction de la Coalition avenir Québec, Bernard Drainville est également intervenu dans le débat en donnant son appui aux pharmaciens. « Comme premier ministre, je m’engage à annuler cette mesure. Dans le contexte actuel et avec le vieillissement de la population, nous avons besoin de nos pharmaciens. »




