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Mission Artemis II | Un petit retard, de grandes ambitions

La fusée qui amènera l’astronaute canadien Jeremy Hansen et ses trois coéquipiers américains vers la Lune a décollé à 18 h 35 mercredi du Kennedy Space Center. La mission Artemis II fera le tour du satellite de la Terre, une première depuis le programme Apollo, il y a plus de 50 ans.


Mis à jour à
0 h 15

« Ils sont maintenant en sécurité en orbite », s’est exclamé l’astronaute David Saint-Jacques, qui animait la soirée de lancement au siège social de l’Agence spatiale canadienne (ASC), à Saint-Hubert.

Le moment est historique. La dernière mission habitée vers la Lune remonte à Apollo 17, en 1972. Un alunissage habité est prévu avec Artemis IV en 2028. La Chine prévoit quant à elle envoyer des taïkonautes fouler le sol lunaire avant 2030.

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M. Saint-Jacques espère que les prochaines missions lunaires créeront une « génération Artemis », de même que les six alunissages d’Apollo ont créé un enthousiasme chez les jeunes de la fin des années 1960, comme lui.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

David Saint-Jacques au siège social de l’Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert, mercredi

À l’époque, après Apollo, la NASA envisageait d’envoyer des astronautes sur Mars dans les années 1980, dit M. Saint-Jacques. « Mais le plan s’est complètement arrêté. Pour qu’un programme spatial marche, il faut deux choses : que ce soit techniquement faisable, mais aussi que politiquement, il y ait une raison de mettre autant de ressources. Personnellement, mon père était un fan d’Apollo. Ma mère était enceinte de moi à Apollo 11. »

M. Saint-Jacques estime que le retour de l’humanité sur la Lune peut être « fédérateur ».

J’espère que mes enfants vivront dans un monde où on regarde tous vers le même but.

David Saint-Jacques, astronaute

Donald Trump a peut-être entendu son souhait. Mercredi soir, il s’est entretenu avec le premier ministre Mark Carney, et les deux ont « discuté du courage des astronautes, de l’importance de la coopération dans l’espace et de l’évolution du conflit au Moyen-Orient », a indiqué le bureau de M. Carney par voie de communiqué.

À Saint-Hubert, l’heure était à la fierté. « Ici Jeremy, nous partons pour toute l’humanité », a déclaré M. Hansen aux contrôleurs de la NASA trois minutes avant le lancement prévu à 18 h 24, suscitant une volée d’applaudissements au siège social de l’ASC.

Mais une dernière vérification a repoussé légèrement le lancement. « Un petit problème technique, ça montre que les gens font leur travail », a dit M. Saint-Jacques, alors que le compte à rebours était arrêté à dix minutes, le temps que le problème soit résolu.

Des missions et des tests

Des applaudissements ont suivi le décollage au siège social de l’ASC. « C’était impressionnant de voir le silence avant l’allumage des moteurs, on se sentait dans une église, a dit M. Saint-Jacques. Personnellement, j’ai attendu, avant de me réjouir, l’arrêt des moteurs. »

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

Des applaudissements retentissent au siège social de l’Agence spatiale canadienne après le décollage mercredi.

Vers 20 h 30, les moteurs de l’étage de propulsion ont été allumés pour rehausser l’orbite de la capsule Orion. L’étage de propulsion a été largué après cette manœuvre, mais restera près d’Orion pour tester la capacité de la capsule lunaire de se rapprocher d’un autre objet. Cela sera important pour l’arrimage de la capsule lunaire à un module d’alunissage dans des missions subséquentes.

En conférence de presse durant la soirée, la NASA a rapporté de petits problèmes. Des valves entre les quatre réservoirs d’eau sont récalcitrantes et il y a aussi des problèmes avec la toilette.

Orion et ses quatre astronautes feront des tests jusqu’à 18 h 30 jeudi en orbite terrestre, puis partiront pour la Lune « si les tests sont concluants », dit M. Saint-Jacques. Si tout se passe comme prévu, la mission atteindra la Lune lundi soir. Le retour est prévu le 10 avril avec un amerrissage au large de la Californie.

Le lancement de la fusée lunaire a été retardé à deux reprises depuis la fin de janvier, à cause de fuites de carburant lors de la répétition générale. « Tout peut survenir à tout moment, les techniciens de la NASA passent la journée à tester tous les systèmes, disait M. Saint-Jacques à La Presse avant le lancement. Jusqu’au moment du lancement, ils peuvent tout reporter. »

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L’arrivée de la capsule Orion en orbite signifie que l’une des étapes les plus dangereuses d’Artemis II est terminée. Mais les risques sont encore là. « Pour moi, le relâchement, ça viendra vraiment quand Orion arrivera dans l’océan Pacifique », dit M. Saint-Jacques.

Bouclier thermique

Ces derniers mois, un ancien astronaute, Charles Camarda, a répété sur plusieurs tribunes que les problèmes qu’a connus Artemis I, qui a fait le tour de la Lune sans astronaute en 2022, n’ont pas été adéquatement corrigés. Le bouclier thermique d’Artemis I avait été plus endommagé que prévu. Après une enquête, la NASA a décidé de modifier l’angle de rentrée dans l’atmosphère terrestre.

« Ce n’est pas suffisant », a dit M. Camarda à La Presse à la fin de mars.

M. Saint-Jacques connaît bien M. Camarda. « C’est vrai que c’est incroyablement dangereux d’aller dans l’espace, dit l’astronaute canadien. En ce moment, il y a plein de gens dont c’est la job de trouver des problèmes potentiels. On tient pour acquis qu’ils vont penser à tout. »

À la mi-mars, lors d’une conférence de presse, John Honeycutt, responsable de la gestion de la mission Artemis II, a admis qu’il y avait un risque élevé qu’il y ait un problème durant la mission. Il a estimé à un sur deux ce risque pour une nouvelle fusée et à 2 % pour une fusée ayant déjà volé plusieurs fois. Comme la fusée d’Artemis n’a volé qu’une seule fois, il estimait que le risque était plus proche de 50 % que de 2 %.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

David Saint-Jacques

David Saint-Jacques précise que le risque de 50 % pour une nouvelle fusée correspond à n’importe quel problème, pas nécessairement un problème fatal.

Mercredi, David Saint-Jacques a eu une pensée toute spéciale pour son compatriote à bord, Jeremy Hansen, qu’il connaît très bien. Il a été choisi en même temps que lui en 2009 par l’ASC. « Jeremy, c’est quelqu’un qui a une capacité vraiment extraordinaire de concentration. Et c’est aussi quelqu’un de très fédérateur, de rassemblant. Il est capable d’être rigolo et d’être sérieux. Et c’est ça qui inspire confiance. C’est une force tranquille et ça représente bien certaines valeurs canadiennes. »

Qui sont les astronautes ?

  • PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

    Jeremy Hansen, 50 ans

    Spécialiste de mission

    Né dans une région rurale de l’Ontario à l’ouest de Toronto, Jeremy Hansen s’est passionné pour les missions Apollo dès l’enfance. Il est devenu pilote de chasse, a obtenu une maîtrise en physique et a été choisi par l’Agence spatiale canadienne en 2009. C’est son premier séjour dans l’espace.

  • PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

    Christina Koch, 47 ans

    Spécialiste de mission

    Née au Michigan. Après des études en génie électrique et en physique, elle a travaillé à la NOAA et dans une base antarctique, avant d’être choisie par la NASA en 2013. Elle a séjourné 328 jours dans la Station spatiale internationale en 2019-2020, faisant la première sortie spatiale exclusivement féminine avec une collègue.

  • PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

    Victor Glover, 49 ans

    Pilote

    Né en Californie, il a étudié le génie électrique et est devenu pilote de chasse puis d’essai avant d’obtenir trois maîtrises. Il a servi en Irak. Il a été choisi par la NASA en 2013 et, en 2020, il est devenu la 15e personne noire à voyager dans l’espace.

  • PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

    Reid Wiseman, 50 ans

    Commandant

    Né à Baltimore, il a étudié en génie informatique avant de devenir pilote de chasse puis d’essai. Il a servi en Afghanistan et en Irak. Il a été choisi par la NASA en 2009, a séjourné dans la Station spatiale internationale en 2014 et a été directeur du bureau des astronautes de la NASA de 2020 à 2022. Veuf, il élève seul deux adolescentes.

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En savoir plus

  • 9,3 m⁠3
    Espace à l’intérieur de la capsule lunaire d’Artemis

    source : nasa

  • 5,9 m⁠3
    Espace à l’intérieur de la capsule lunaire d’Apollo

    source : nasa

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