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Une loi leur permet de devenir Canadiens: des milliers d’Américains à la recherche de leurs racines… au Québec

Des milliers d’Américains tentent de retracer leurs ancêtres québécois pour profiter d’une récente modification du fédéral qui leur permet de devenir citoyens canadiens.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a été inondée dans les derniers mois. En février, 1500 demandes de documents d’archives ont été faites en provenance des États-Unis. Il s’agit d’une augmentation de 1400 % par rapport à l’an dernier.

« Le timing avec le climat politique aux États-Unis, pour moi, ça tombe bien. On était tous très excités de voir cette porte s’ouvrir à nous », explique au bout du fil Laura Mishra, une Américaine vivant dans une banlieue de Raleigh, en Caroline du Nord.

N’ayant jamais vécu au Canada de sa vie, elle a entrepris des démarches au cours des derniers mois pour demander à Ottawa de reconnaître sa citoyenneté canadienne. Un changement législatif adopté par le gouvernement fédéral en décembre permet à tous ceux qui ont un ancêtre canadien de devenir citoyens, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Depuis, Mme Mishra et des milliers d’autres Américains fouillent pour trouver les documents officiels de leurs ancêtres afin de monter leur dossier. Au Québec, ils se tournent vers BAnQ.

« Avec la loi, on savait qu’il y aurait probablement un afflux de demandes, mais on ne savait pas qu’il y en aurait autant. On pensait aussi qu’il y aurait un affaiblissement, mais ça continue de rentrer », explique Hyacinthe Munger, archiviste à BAnQ.


L’archiviste de BAnQ Hyacinthe Munger, assis au Centre des archives nationales à Montréal, montre le processus de certification de documents qui doit être fait pour répondre aux demandes.


Photo Olivier Faucher

Déménager au Canada ?

Certains se tournent aussi vers des avocats en droit de l’immigration comme Florence Beaulieu-Lavoie, qui dit avoir reçu 60 demandes depuis décembre. Elle rapporte que ce sont surtout des Américains inquiets depuis le retour de Donald Trump qui veulent se donner l’option de quitter leur pays.

« Je ne dirais pas que ce sont des gens qui ont l’intérêt de déménager actuellement au Canada, mais ils se sentent plus en sécurité d’avoir un plan B, donc il y a vraiment un engouement ».

C’est précisément ce qui motive Laura Mishra, une anti-Trump assumée, dont le grand-père est né à Saint-Lambert sur la Rive-Sud en 1915 avant d’immigrer aux États-Unis avec sa famille dans les années 1930.

« Mon mari est un immigrant venant de l’Inde et un de mes enfants fait partie de la communauté LGBTQ », souligne-t-elle, en disant que ces catégories de la population sont opprimées par l’administration Trump.


Des copies des documents que veut obtenir l’Américaine Laura Mishra sur son grand-père né au Québec.


PHOTO FOURNIE PAR LAURA MIRSHA

Tous les membres de sa famille admissibles, dont sa mère, ses enfants et ses petits-enfants, comptent d’ailleurs demander leur citoyenneté canadienne.

« Même si j’ai vécu toute ma vie aux États-Unis, je me dis que s’il y a un endroit où j’aimerais déménager dans le monde, c’est le Canada qui serait le bon endroit pour ma famille et moi », fait-elle valoir.

Embauches à BAnQ

Débordée, BAnQ a dû s’ajuster au cours des derniers mois : les Américains doivent payer des frais fixes de 350 $ pour leur demande, un montant plus élevé que par le passé.

Cette hausse sert notamment à financer l’embauche de personnel supplémentaire qui formera une équipe dédiée au traitement de ces requêtes.

« On est très conscients qu’il y a un ralentissement du traitement. Ça prend quand même un temps de recherche, puis il faut estamper chaque document avec le sceau officiel et les expédier », explique M. Munger.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Des millions d’Américains éligibles

Combien d’Américains peuvent désormais demander leur citoyenneté au fédéral ? Beaucoup. Peut-être même des millions, répond une chercheuse de l’Université Harvard. Et la majorité d’entre eux doivent chercher leurs ancêtres au Québec.

« Si l’on inclut tous les descendants d’ancêtres canadiens, le bassin potentiel de personnes éligibles est considérable, probablement dans les millions », explique Claire-Marie Brisson, professeure d’études francophones à l’Université Harvard.

Elle se base notamment sur les déclarations que les Américains font aux recensements et à l’historique des migrations des Canadiens français vers les États-Unis.

« On estime qu’entre 1840 et 1930, près d’un million de Canadiens français ont fait ce voyage », rappelle-t-elle.

Ainsi, il n’est pas étonnant que le Québec soit submergé de demandes par ceux qui cherchent dans les archives de leurs ancêtres.

« La majorité [des ancêtres canadiens des Américains viennent du Québec] sans aucun doute, si l’on regarde les données historiques. La grande vague migratoire vers la Nouvelle-Angleterre et les Grands Lacs provenait principalement du Québec, en particulier des régions de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de la Beauce et de l’Estrie », ajoute Mme Brisson.

Mais pour que le gouvernement approuve une demande, il faut pouvoir trouver assez de preuves pour démontrer que l’on descend d’un Canadien.

Malgré cette hausse importante du nombre d’Américains qui font des recherches, Ottawa n’a pas encore noté une augmentation marquée du nombre des demandes de preuve de citoyenneté.

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