François Lambert, Olivier Primeau et Luc Poirier dénoncent les millions publics versés aux entreprises sous François Legault

Les entrepreneurs à succès François Lambert, Olivier Primeau et Luc Poirier dénoncent la distribution de milliards de dollars d’argent public aux entreprises sous le règne de François Legault.
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À la mi-mars, Le Journal rapportait que Christine Fréchette, tout en affirmant son intention d’être moins interventionniste que son prédécesseur Pierre Fitzgibbon, n’a pas lésiné, elle non plus, sur l’aide aux entreprises.
Au total, entre octobre 2018 et mars 2025, le gouvernement Legault a effectué « 25 000 interventions auprès d’entreprises, dont près de 95 % sont des PME », selon des chiffres transmis par le bureau du premier ministre.
« Cela représente 25,3 G$ d’investissements [publics] et 93,6 G$ d’investissements totaux soutenus. Cela a suscité des retombées fiscales importantes pour le Québec », soutient-on.
Depuis octobre 2018, François Legault a pris part à 15 annonces d’investissements dans des entreprises, dont Northvolt, Agropur, Airbus et EcoPro BM (Ford).
Photos Pierre-Paul Poulin, Marc-André Gagnon, Joël Lemay et Gouvernement du Québec
Christine Fréchette vise la fonction de première ministre du Québec.
Photo Agence QMI, JOËL LEMAY
Jeudi dernier encore, François Legault a défendu sa conception interventionniste de l’État, qu’il juge cruciale pour aider l’économie et rattraper le retard des francophones en affaires.
À six mois des élections, nous avons recueilli l’avis des personnalités du monde des affaires François Lambert, Olivier Primeau et Luc Poirier, connues pour leur franc‐parler.
Le Journal les a rencontrés plus tôt cette semaine au palais des congrès de Montréal, en marge de l’événement ESTA, cofondé par George Maalouf Yacoub et Christopher Haikal, qui veulent donner de la visibilité aux entrepreneurs du Québec.
Nous avons posé les trois mêmes questions sur l’économie du Québec aux trois entrepreneurs vedettes, mais c’est l’aide aux entreprises qui a suscité les réactions les plus vives chez eux.
Les voici.
« On crée des entreprises zombies » – François Lambert
L’entrepreneur et agriculteur François Lambert a vivement critiqué l’aide publique accordée aux entreprises au Québec. Il s’exprimait en marge de l’événement ETSA, tenu mercredi dernier au palais des congrès de Montréal, qui vise à donner une voix à la nouvelle génération d’entrepreneurs.
Photo Francis Halin
Avant même que Le Journal lui pose la question, l’entrepreneur François Lambert plonge tête première dans le dossier épineux de l’aide aux entreprises. « Avec la Coalition avenir Québec (CAQ), le Québec a investi dans quelque 25 000 entreprises avec la Caisse de dépôt notamment. C’est bien beau, mais on crée des entreprises zombies, des entreprises qui auraient dû fermer. L’argent n’a pas été à la bonne place », juge-t-il. L’homme d’affaires affirme qu’il ne donnerait pas de telles subventions. « On aide trop d’entreprises trop vite et quand tu as trop d’argent trop vite, les entreprises ne fonctionnent pas. On crée de grosses structures. Il faut briser le modèle », déplore-t-il.
« Il y en a qui gagnent à la loto » – Olivier Primeau
L’homme d’affaires Olivier Primeau est convaincu que l’aide publique peut avoir sa place, notamment pour soutenir les plus petites entreprises québécoises, qui n’ont parfois besoin que d’un léger coup de pouce pour prendre leur envol.
Photo Francis Halin
L’entrepreneur Olivier Primeau, qui avait été pressenti pour succéder à François Legault à la tête de la CAQ, s’est montré très critique. « Il y en a qui gagnent à la loto. L’investissement arrive, et ils deviennent le nouveau fleuron québécois parce qu’on les a aidés », regrette-t-il. D’après Olivier Primeau, l’État devrait intervenir mieux. « Il y a tellement de petites entreprises qui auraient besoin juste d’un petit coup de pouce. Il faudrait aider plus de personnes avec de plus petits montants », croit-il. Québec aurait avantage à éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier, selon lui.
« Il y a moyen d’intervenir sans perdre notre argent » – Luc Poirier
L’investisseur Luc Poirier estime lui aussi que le gouvernement du Québec ne s’y prend pas de la bonne façon en accordant ce type d’aide aux entreprises. «Le Journal» l’a rencontré lors de l’événement ETSA, qui proposait mercredi dernier, au cœur de la métropole, un échange entre des entrepreneurs établis et la relève entrepreneuriale.
Photo Francis Halin
L’homme d’affaires Luc Poirier pense également que le portefeuille d’argent public a été malmené. « Le Québec, dans les dernières années, a été beaucoup trop interventionniste. Par contre, il y a moyen de faire de l’intervention en garantissant nos investissements », plaide-t-il. Il saisit mal pourquoi de l’argent public a été versé à Lion Électrique plutôt qu’à des entreprises québécoises établies comme Girardin, à Drummondville. « Même chose pour Taiga. Si tu veux développer ce segment des motoneiges électriques, donne l’argent à BRP, qui a le réseau de distribution. Ils savent comment construire et ont l’expérience. Il y a moyen d’intervenir sans perdre notre argent », résume-t-il.
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