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“Pas non plus catastrophique” : Griezmann et le Barça, un fiasco, vraiment ?

Une last dance. En triple. En dix jours, et alors qu’ils se sont déjà retrouvés à deux reprises entre février et mars derniers, l’Atlético de Madrid et le FC Barcelone vont s’affronter trois fois. En Liga, ce samedi, puis en Ligue des Champions, en quarts de finale (l’aller au Camp Nou, le 8 ; le retour au Metropolitano le 14). L’occasion pour Antoine Griezmann de briller une ou plusieurs (dernières) fois face aux Blaugrana, avant de rallier les Etats-Unis, lui qui rejoindra la MLS et Orlando à la fin de la saison européenne. Le Barça et Grizou, c’est une histoire bien tourmentée. Un fiasco ? Ou est-ce un peu plus compliqué que ça, finalement ?

Peut-être pas un fiasco sur le terrain proprement dit, on va en reparler juste après. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’arrivée de Griezmann en Catalogne a viré au scénario chaotique. Souvenez-vous. Incontournable chez les Colchoneros, qui l’avaient accueilli en 2014 pour plus de 50 millions d’euros en provenance du Pays Basque et de la Real Sociedad, Griezmann est à son prime en 2018. Avec, en sommet ultime, la conquête de la Coupe du Monde avec l’équipe de France où il était tout simplement délicieux.

Un mois avant la finale de Moscou, Griezmann fait grand bruit, et perturbe même quelque peu la préparation des Bleus de Didier Deschamps, avec un documentaire intitulé “La décision”, à la manière d’un LeBron James quand la légende de la NBA annonçait son intention de signer à Miami en 2011. Dans sa vidéo, Griezmann, courtisé notamment par le Barça, met fin au suspense et reste à Madrid. Dommage, un certain Lionel Messi lui avait ouvert grand les portes : “C’est facile de s’entendre avec les bons joueurs et Griezmann fait partie des grands joueurs.”

La clause de la discorde

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Les rumeurs d’un nouveau départ en Catalogne repartent de plus belle quelques mois plus tard. Des médias espagnols comme la Cadena Ser ou Sport révèlent que le vestiaire du Barça ne veut pas de Griezmann, échaudé par la communication et le choix du Français de ne pas les avoir rejoint en 2018. Carles Rexach, conseiller de Josep Bartomeu, président du FC Barcelone, met même publiquement son grain de sable : “Je ne recruterais pas Antoine Griezmann, lâchait-il sur la Cadena Ser. Je n’ai pas aimé ses ‘je pars, je reste’. En plus, il joue au même poste que Lionel Messi.”

Tout ça alors que Griezmann annonce, en fin de saison 2018-19, dans une nouvelle vidéo qui fait grincer, qu’il quittera Madrid dans quelques semaines. Derrière, il y a toute l’affaire autour de la clause libératoire de Griezmann qui, au 1er juillet 2019, passe de 200 à 120 millions d’euros. Alors qu’il ne réalise peut-être pas encore à quel point ses déboires financiers vont faire des dégâts, le Barça attend gentiment juillet pour, le 12, officialiser l’arrivée, enfin, de Griezmann contre les 120M€. “Griezmann, c’est magnifique !”, scande le club blaugrana sur ses réseaux sociaux.

Avec un package d’environ 100 millions d’euros brut en salaire pour le Français sur cinq ans. Et une clause qui monte à 800M€. Toujours plus. Griezmann, qui avait séché la reprise à l’Atlético pour forcer son transfert, entache clairement son image auprès des supporters des Colchoneros. L’Atlético de Madrid avait d’ailleurs tenté de contester le montant du transfert, évoquant le fait que Griezmann et le Barça s’étaient mis d’accord bien avant juillet, quand la clause s’élevait encore à 200M€. Les 120M€ font de Griezmann le sixième joueur le plus cher de l’histoire derrière les Neymar, Philippe Coutinho, Kylian Mbappé, Joao Felix et Ousmane Dembélé. Avec trois joueurs de ce top 6 qui avaient signé au Barça, d’ailleurs.

Quand Messi revient, tout déraille…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Griezmann a la pression de performer au vu de tout ce feuilleton à rallonge, qui n’a franchement servi que son compte en banque… “Nous avons une équipe pour tout gagner”, lâche-t-il, dans Marca, quelques jours après sa signature. Tout en avouant avoir “pleuré de bonheur” quand il a appris que les négociations avaient abouti. Les supporters de l’Atlético apprécieront, encore.

Mais pas certain que Griezmann s’attende à tout ce que la saison 2019-20 va lui réserver… Pourtant, les débuts sont prometteurs. Même si le Barça s’incline à la dernière minute, pour l’ouverture de la Liga à Bilbao (0-1), Griezmann aligne deux buts et une passe décisive pour son bizutage au Camp Nou. Et c’est le Betis Séville qui déguste (5-2). Tout ça sans Lionel Messi, blessé, qui n’a pas encore débuté sa saison. La Pulga revient dans le onze face au FC Séville, début octobre. Le temps de jeu de Griezmann ce jour-là ? Zéro minute.

Antoine Griezmann et Lionel Messi à l’entraînement avec le FC Barcelone

Crédit: Getty Images

Et on comprend très vite que l’entente s’annonce compliquée, avec un Messi évidemment indéboulonnable au coeur du jeu, et un Griezmann trop isolé sur son côté, pas franchement sa position préférentielle, tout le monde le sait et le savait. Il était baladé à tous les postes de l’attaque blaugrana… “Ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup et moi non plus, nos échanges sont donc limités, décrit Griezmann au sujet de sa relation avec Messi. Je lui ai servi quelques matés, on est sur la bonne voie. Il a été blessé, donc c’est difficile de développer cette connexion et de l’améliorer. Nous sommes deux garçons ouverts et on est là pour s’aider.”

Des difficultés dans le jeu que Griezmann décrivait encore un mois plus tard, en novembre : “Je n’ai pas quitté l’Atlético pour remporter la Ligue des Champions ou pour remporter plus de trophées, dit-il, sagement, sur le site de l’UEFA en novembre 2019. Je suis venu ici pour apprendre un nouveau style de jeu dans un club qui conçoit le football d’une manière différente, pour adopter une nouvelle philosophie et essayer de m’améliorer et d’apprendre des choses sur un plan personnel.”

On ne dit pas non à Messi

Attendu dans les grands matchs, que ce soit en Liga ou en Ligue des Champions, le Français est très discret (un seul but lors de la phase de poules de C1, dans un groupe très relevé avec Dortmund et l’Inter, mais où les Catalans finissent en tête). Griezmann termine rarement les rencontres. Pire, il sort par exemple avant l’heure de jeu dans un match compliqué à Leganés, en novembre, que le Barça remporte après la sortie de Grizou. La presse espagnole se délecte du feuilleton Griezmann, qu’on a toujours dit très distant de Messi, qui ne l’apprécierait que très peu. Il faut dire que la légende argentine n’avait certainement jamais vraiment digéré l’attitude de Griezmann, en 2018, quand il annonçait rester à l’Atlético de Madrid. On ne dit pas non à Messi. Et Griezmann l’a visiblement compris. S’ils se respectaient, le Français et l’Argentin ne se sont jamais vraiment entendus sur le terrain et en dehors.

Arrive 2020. Peut-être la pire année, individuellement et collectivement, de la carrière de Griezmann. Il y a d’abord le renvoi d’Ernesto Valverde, en janvier. Puis, en février, les Blaugrana se font sortir de la Coupe du Roi en quart de finale à la 93e minute par Bilbao. Avant que n’éclate le “Barçagate”, et la fameuse histoire des faux comptes sur les réseaux sociaux, avec également des soupçons de corruption autour de la société en charge de cette manoeuvre. Viennent le Covid et le confinement, avec l’arrêt des championnats. La Liga reprend en juin, mais Griezmann est un remplaçant aux yeux de Quique Setien, qui avait pris la suite de Valverde.

Honte ultime : il n’entre qu’une seule minute face à l’Atlético dans un nul (2-2), fin juin. “Je n’ai pas de mots”, lâche même Diego Simeone à la fin de la rencontre au sujet de l’utilisation de son ancien protégé. Et si Griezmann marque un sublime piqué face à Villarreal la semaine suivante, il voit le Barça ne jamais parvenir à reprendre la main en championnat, alors qu’il avait occupé la tête une bonne partie de la saison. Jusqu’au point ultime : l’incroyable humiliation, en quart de finale de la Ligue des Champions, par le Bayern Munich : 8-2, lors du Final 8 de Lisbonne. Là encore sur le banc, Griezmann entre à la mi-temps, à 1-4. Déjà trop tard.

La tempête médiatique avec toujours Messi au milieu…

Le Français affiche 9 buts et 4 passes décisives en Liga pour sa première saison au Barça, bilan statistique bien trop bas pour son statut, et des chiffres qui n’étaient pas redescendus autant, dans le championnat espagnol, depuis 2010-11… Collectivement, c’est une saison blanche pour le FC Barcelone. Du jamais vu depuis six ans… “C’était une saison très compliquée pour tout le monde. Là, on repart de plus belle, annonce Griezmann, sur RTL et M6, en septembre. Je suis très bien là-bas. Je sais que j’ai la confiance du club et du coach.” Assurant que “ça va venir” avec Lionel Messi. L’arrivée de Ronald Koeman, nouvel entraîneur du Barça, ne change pas vraiment la donne, notamment dans son utilisation. Le temps de jeu de Griezmann varie toujours énormément.

Antoine Griezmann et Lionel Messi ont eu du mal à s’entendre sur le terrain… et aussi en dehors

Crédit: Getty Images

Et le début de saison 2020-21 fait même craindre encore pire : aucun but, aucune passe en Liga sur ses cinq premières apparitions, avec même un Griezmann sur le banc, qui entre seulement neuf minutes face au Real Madrid dans un Clasico perdu 1-3 au Camp Nou. Comme si cela ne suffisait pas, Griezmann doit subir une tempête médiatique autour de sa relation avec Lionel Messi. Après une sortie d’Eric Olhats, son ancien conseiller, qui a évoqué un “régime de terreur” au Barcelone, rapport à l’influence qu’aurait l’Argentin. Et, encore pire, une autre déclaration de son oncle dans un documentaire sur M6 : “J’étais persuadé qu’Antoine n’allait pas réussir les six premiers mois à Barcelone, avouait l’oncle de Griezmann. Mais je ne m’attendais pas à ce que ça dure un an. En plus avec Messi autour… Je sais ce qu’il se passe à l’intérieur, donc ce n’est pas facile.”

Prétextant qu’il y avait des choses “qu’il ne pouvait pas dire”… Ambiance. “J’en ai marre d’être toujours le problème dans le club”, avait répondu, sèchement, Messi dans cette affaire, chose qui n’était pas vraiment dans ses habitudes, c’est dire. Obligeant, derrière, Griezmann à tenter d’éteindre l’incendie : “Heureusement, Leo sait que j’ai beaucoup de respect pour lui, j’apprends de lui, disait-il sur Movistar. Et puis mon oncle, qui ne sait pas ce qu’est le football… J’ai dit à Leo que je n’avais rien à voir avec eux.” Dans la même interview, invité à revenir sur les conditions de son arrivée au Barça, Griezmann avait enfin expliqué : “J’ai parlé avec Leo quand je suis arrivé et il m’a dit que ça l’avait fait ch***, que ça lui avait fait mal, quand j’avais refusé de venir la première fois.”

2021, on a pu croire à l’envol

Reste que la capacité de Griezmann à se montrer dans les grands rendez-vous nationaux et sur la scène européenne fait toujours plus débat : il marque face au Dynamo Kiev et à Ferencvaros en poules de Ligue des Champions, mais n’est pas décisif face à la Juventus, à deux reprises, et encore moins lors de l’éclatante élimination dès les huitièmes de finale, par le PSG (1-4 ; 1-1). Souvenez-vous du splendide triplé de Mbappé en Catalogne…

Il y a pourtant du mieux en 2021. Trois buts et cinq passes décisives en six matchs de Liga, deux buts et deux passes dans un quart de finale de Coupe du Roi épique devant Grenade (5-3 après prolongation), et un but décisif dans la remontada barcelonaise face au FC Séville en demi-finale de cette même Coupe. Pas réellement dans la course pour le titre, Barcelone et Griezmann se consolent avec la Copa del Rey, conquise en finale face à l’Athletic Bilbao, giflé 4-0, avec une ouverture du score salvatrice d’Antoine Griezmann à l’heure de jeu.

Antoine Griezmann et Lionel Messi lors de la finale de Copa del Rey remportée en 2021, seul trophée conquis par les deux hommes ensemble

Crédit: Getty Images

Cette fois, ça y est : avec 13 buts et 10 passes décisives entre janvier et mai, Grizou est enfin lancé au Barça. On pouvait le penser, tout du moins. Surtout que le départ de Lionel Messi au Paris Saint-Germain lui ouvre une voie royale pour reprendre son rôle derrière l’attaquant qu’il aime tant. Mais sa cote ne décolle décidément pas auprès des fans catalans. Certains lui reprochent même le départ de Messi, du fait son important salaire, fragile pour des finances catalanes plus que jamais dans le rouge, et qui n’ont donc pas permis au FC Barcelone de pouvoir proposer un salaire du rang de Lionel Messi…

Défaites, désamour et… vengeance

A Griezmann de faire oublier la légende du Barça sur le terrain. Les trois premières journées de la nouvelle saison sont délicates pour Griezmann, encore muet statistiquement. Le Mâconnais se fait carrément siffler par son propre public lors d’une prestation encore bien terne lors d’une victoire face à Getafe (2-1), où Griezmann est sorti à six minutes du terme. Avec Ronald Koeman obligé de venir lui porter secours en conférence de presse d’après-match : “En tant qu’entraîneur, je ne peux jamais cautionner que le public siffle un de nos joueurs, annonce le technicien néerlandais. On peut toujours critiquer un joueur s’il n’a pas la bonne attitude, mais ce n’est pas le cas d’Antoine. ll n’a certes pas eu l’efficacité requise, il n’était pas super bien, mais c’est juste un match.”

Les excuses d’un Messi qui l’oublie sur le terrain et d’un rôle contraint sur un côté ne tiennent plus. Nous sommes le 29 août. Il reste deux jours de mercato. Le 31, au bout d’un nouveau feuilleton (le Barça ouvrait la porte à un départ au début de l’été, avant de faire marche arrière en août, puis d’être de nouveau d’accord pour un départ du Français) le FC Barcelone et l’Atlético de Madrid annoncent le prêt de Griezmann chez les Colchoneros. Avec une option d’achat de 50M€ bonus compris. Il ne reviendra jamais en Catalogne, acquis définitivement par l’Atlético pour un peu plus de 20 millions d’euros.

Bilan statistique de Griezmann au Barça : 102 matchs, 35 buts, 16 passes décisives. “Ce n’était pas non plus catastrophique, analysait-il sur TF1. J’ai presque toujours inscrit 20 buts chaque saison. C’est une immense fierté d’avoir joué à Barcelone. J’étais très heureux d’y aller, j’ai eu des coéquipiers extraordinaires. Même si ça a été compliqué par moments…” Expliquant également sur DAZN avoir “aimé” et “apprécié” sa deuxième année sous le maillot rouge et bleu. Mais reste que ce mariage ne restera pas dans l’histoire et chacun gardera toujours un petit peu de rancoeur envers l’autre.

En témoigne la dernière passe d’armes, début mars, lorsque l’Atlético de Madrid a éliminé le FC Barcelone en demi-finale de Coupe du Roi (4-0, 0-3). Après la rencontre, Griezmann a posté une photo sur son compte Instagram où on le voit célébrer avec des joueurs du Barça à terre et la légende : “Cette photo est-elle trop dure ?” Un chambrage qui, en fait, était une petite vengeance du Français envers son ancien club, qui avait posté le même genre de photo, avec la même phrase, un an plus tôt lors d’une victoire spectaculaire du Barça face à l’Atlético (on voyait le onze catalan, avec un Griezmann seul).

Antoine Griezmann, la finalul partidei Barcelona – Ateltico Madrid 3-0, care a adus calificare formaţiei sale în finala Copa del Rey

Crédit: Getty Images

Un Griezmann qui n’a pas marqué, ni délivré la moindre passe décisive en Championnat face au Barça, en Liga, depuis son retour à Madrid. Le Barça est d’ailleurs le club contre qui Griezmann a le plus perdu dans sa carrière (24 défaites en 38 affrontements toutes compétitions confondues). Preuve qu’avec ou sans le maillot blaugrana, ce sera toujours un peu compliqué.

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