Critique d’Angine de Poitrine au Club Soda | Une ode à la bizarrerie

Avant d’amorcer leur concert avec Yor Zarad, Khn et Klek d’Angine de Poitrine forment un triangle avec leurs doigts. Le public, enthousiaste, leur répond en les imitant. Bienvenue dans la secte, Club Soda.
Publié à
13 h 00
L’« orchestre mantra-rock dada-pythago-cubiste » fait tourner toutes les têtes – dont celle de Dave Grohl, qui a avoué récemment son obsession pour les Saguenéens – depuis la captation de sa performance par la radio KEXP qui cumule depuis février plus de sept millions de visionnements sur YouTube.
Le Club Soda était électrique, vendredi soir, à l’idée d’accueillir ses héros comme il se devait. Il s’est mis sur son 31 pour l’occasion, à la sauce Angine, bien sûr : on pouvait apercevoir de nombreux accoutrements dédiés au duo de l’heure, le Club Soda arborant chemises, jupes et chandails garnis de pois.
Le rideau rouge levé, la salle a découvert un décor typique poitrinien : guitare microtonale de Khn à deux manches – dont un pour la basse – et batterie à pois de Klek, sublimées par de longues toiles blanches et noires rappelant la couleur dominante de chaque membre.
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PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
Le guitariste Khn d’Angine de Poitrine
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PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
Angine de Poitrine lançait son album Vol. II au Club Soda vendredi soir
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PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
Body surf et mosh pit étaient de la partie pour ce spectacle endiablé.
1/3
Paru quelques heures plus tôt, le Vol. II des frères extraterrestres a été interprété dans son intégralité pour ce lancement montréalais. Parmi les moments forts de cette nouvelle galette, la deuxième moitié de Fabienk se détache du lot par son utilisation particulièrement démente de loops microtonaux d’une précision chirurgicale.
Livrer un morceau du genre dans le confort de son studio, c’est une chose. Le livrer sur scène, devant un public aussi extatique qu’exigeant, c’en est une autre.
Même si le public en attend beaucoup, ce n’est pourtant pas lui qui dicte le déroulement de la soirée. Même pas un peu. Angine de Poitrine est à la tête de la secte et nous lui obéissons aveuglément. S’il applaudit, nous applaudissons en retour. S’il s’accroupit à répétition, on s’accroupit à répétition. S’il accélère la cadence, on fait de même. S’il parle, on… ne comprend pas trop, mais on salue l’effort de communication ! La langue d’Angine de Poitrine, aussi fascinante soit-elle, n’est pas encore complètement assimilée par l’espèce humaine.
Au balcon du Club Soda, ça apprécie calmement ce qui se passe sur scène. Au parterre, ça se bouscule, c’est le champ de bataille. L’odeur de la bière se fait peu à peu remplacer par une odeur de transpiration, conséquence directe d’un public se tuant à la tâche pour faire honneur à l’extraordinaire prestation qu’il voit sur scène, enchaînant les mosh pits comme Gainsbarre enchaînait les clopes.
Tout au long de la soirée, un parfum de bizarrerie plane dans l’air. Non pas la bizarrerie qui met mal à l’aise, plutôt celle qui amuse, intrigue. En plus de la fratrie que nous connaissons déjà bien, on découvre un troisième frère de Poitrine, photographe, qui se promène entre la scène et le parterre pour capter le tempo de la salle. Une famille élargie à l’horizon ?
Sur papier, une musique aussi diablement expérimentale n’avait rien pour plaire aux masses… et pourtant. Aujourd’hui, l’auditeur est curieux. À la « musique » générée par l’IA, il préfère des idées bizarres et audacieuses, si étranges que le robot le plus avancé sur cette Terre n’oserait même pas y penser. Le futur du rock est là, devant nos yeux, sur la scène du Club Soda : un rock décomplexé, pluriel, délicieusement inclassable.
Clôturant son set d’une heure et quart sur Sherpa, sans doute l’une des pièces les plus intenses de son premier album, Angine de Poitrine quitte la scène et ne la retrouve pas pour un rappel, malgré les demandes répétées d’un public encore assoiffé de rock microtonal.
Au Club Soda le 18 avril et le 14 novembre (à guichets fermés) ; sur la scène TD du Festival international de jazz de Montréal le 27 juin ; et en tournée du Québec
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