Tabassé par des ados à Repentigny: «Le monde me disait que j’étais un héros. Non, esti»

Après avoir été tabassé par des adolescents à Repentigny, un surveillant de 66 ans vit toujours dans la peur, tandis que la Ville tente de sécuriser le quartier, mais n’a pas les moyens de ses ambitions.
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La vidéo de l’altercation avait vivement fait réagir au début du mois de mars, montrant un surveillant de dépanneur tenir un jeune par le collet, puis se faire ensuite assaillir par d’autres adolescents qui l’envoient au sol.
« J’ai encore mal à une épaule. Mais c’est moins pire, confie le sexagénaire, un mois après les faits […] J’ai eu une radio et c’est musculaire. »
Audrey Ruel-Manseau/Agence QMI
L’homme vit dans la peur de représailles. Rencontré par l’Agence QMI chez lui, proche de l’école secondaire l’Horizon, il préfère garder l’anonymat. « J’ai peur qu’il y ait du vandalisme chez moi », confie-t-il.
Avec le recul, il admet qu’il n’aurait pas dû toucher à l’adolescent. « Je n’ai pas bien fait de faire ça, mais c’était plus fort que moi », souligne l’homme de 66 ans, encore ébranlé.
Une jeune fille aurait refusé de sortir du dépanneur sous prétexte qu’elle se ferait « tabasser ». Le surveillant aurait vu un jeune entrer, puis ressortir pour crier à d’autres à l’extérieur que la fille était là. Il a voulu la protéger.
« Le monde me disait : “T’es un héros”. Non, esti. N’importe qui aurait fait la même affaire que moi. Tu ne laisses pas une gang de débiles s’en prendre à une personne », raconte‐t‐il, encore émotif.
Ce midi‐là n’était pas un midi comme les autres, dit‐il. « Ils étaient entre 100 et 150 qui s’en venaient. Je savais qu’il était pour se passer de quoi. »
Audrey Ruel-Manseau/Agence QMI
Après les événements, neuf adolescents ont été arrêtés.
Le retraité assurait la sécurité au dépanneur Boni‐Soir depuis trois ans. Il a dû cesser ce petit « sideline » après les événements du 3 mars dernier. « J’ai arrêté de travailler là pour ma sécurité, et c’est pour ça que je ne porte pas plainte. »
Sécurité renforcée, moyens limités
Un mois après les événements, une vingtaine d’élèves flânaient autour du dépanneur du Boni‐Soir, lors du passage de l’Agence QMI, jeudi midi. Sur place, une voiture de police était stationnée.
« Ça fait du bien. C’est beaucoup plus calme. C’était vraiment la jungle », témoigne Emilie Fournier, dont le commerce est voisin du dépanneur.
Audrey Ruel-Manseau/Agence QMI
« La présence policière a été amplifiée dans les dernières semaines pour passer un message, a expliqué le maire de Repentigny, Nicolas Dufour. Mais, ce n’était pas nouveau que la police de Repentigny était dans le coin de l’école l’Horizon ».
Repentigny est la 13e ville en importance au Québec et ne dispose que de quatre autopatrouilles en circulation par quart de travail, pour une population de près de 100 000 habitants.
« Ils ne peuvent pas toujours être présents […] parce qu’ils peuvent être appelés dans d’autres interventions d’urgence », explique le maire, évoquant un problème de main-d’œuvre.
Le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, assure qu’une présence policière «plus musclée» sera assurée dans le secteur de l’école secondaire de l’Horizon jusqu’à la fin de l’année.
Audrey Ruel-Manseau/Agence QMI
Ce dernier déplore aussi que Québec ait mis fin à un programme de financement de la Maison des jeunes de Repentigny, l’an dernier.
« On voyait que le nombre d’interpellations diminuait, notamment au niveau de l’école l’Horizon, dit-il. Même pas quelques mois après la coupe du financement de la subvention, on a vu les tristes événements qui sont arrivés. »
La Ville cherche une solution de rechange. Une trentaine d’acteurs des milieux municipal, communautaire et scolaire se sont récemment réunis pour élaborer un plan d’action visant la tolérance zéro envers la violence autour des écoles.




