La fuite en avant de Donald Trump

Donald Trump est un homme pressé. Pressé de laisser sa marque sur les États-Unis, le monde et l’Histoire. Sur le chemin de son empressement, il tasse, il casse et épuise au point où il faut se demander ce qui restera à célébrer.
Il s’agit de voir de quelle façon il a trouvé, cette semaine encore, le moyen de se chicaner avec des amis de longue date, des partisans de toujours et même sa propre femme.
Le Groenland, une obsession maladive
Sa vision d’une présidence glorieuse en est une où le territoire américain prend de l’expansion. Plus d’une fois, il a exprimé son admiration pour le président James Polk, qui a supervisé la plus grande extension territoriale de l’histoire des États-Unis, intégrant notamment ce qui allait devenir la Californie, l’Arizona et le Nevada.
Trump a aussi décrit la progression territoriale américaine sous William McKinley – notamment vers Guam, Porto Rico, les Philippines et Hawaï – comme un triomphe. Le problème, c’est qu’en plus d’être un réflexe d’un autre siècle, ses élans expansionnistes se font aux dépens d’alliés et non plus d’ennemis des États-Unis.
En réitérant cette semaine sa volonté de s’approprier le Groenland, il a indisposé encore un peu plus les partenaires européens des États-Unis, minant les fondements mêmes de la tolérance envers la légendaire lourdeur américaine.
Une guerre mal réfléchie
Faute d’une stratégie claire, présumons qu’il aura engagé les États-Unis dans la guerre contre l’Iran pour annihiler une fois pour toutes la menace que le régime des mollahs posait sur Israël, dans une sorte de logique messianique.
Un mois et demi plus tard, l’ampleur de cette maladresse affecte la planète entière avec des coûts énergétiques qui explosent, des conséquences humanitaires dramatiques et une région, le Moyen-Orient, où la confiance dans la sagesse sécuritaire américaine a été ruinée.
MAGA s’interroge
Aux États-Unis, il n’est pas parvenu à convaincre ses compatriotes de la nécessité d’attaquer l’Iran. Et chaque nouvelle déclaration publique à ce propos a fait plonger encore davantage son taux de désapprobation.
Ses partisans – ceux qui vénèrent l’homme et le croient incapable de se tromper – continuent de le soutenir, c’est vrai. Mais d’autres alliés, des voix mieux articulées et disposant d’une plus grande influence – Tucker Carlson, Megyn Kelly, Candace Owens, par exemple – interrogent ouvertement le bien-fondé de cette nouvelle guerre.
Sa réaction : les dénigrer et les insulter violemment dans son réseau social, quitte à se mettre définitivement à dos des influenceurs qui, tant bien que mal, conféraient un vernis de crédibilité à une rhétorique et à des décisions souvent incohérentes.
Même Melania n’en fait qu’à sa tête
Ses efforts impatients pour évacuer l’affaire Epstein – « Il est temps que le pays passe à autre chose » – ont toujours suscité de la méfiance. D’une nouvelle crise à l’autre, il était toutefois parvenu à pousser dans l’ombre les histoires sordides d’un homme qu’il avait côtoyé pendant une bonne quinzaine d’années.
La déclaration inattendue, jeudi après-midi, de Melania Trump, selon laquelle elle n’aurait « jamais eu de relation avec Epstein », qu’elle n’était pas « une victime d’Epstein » et que « Epstein ne [l’avait] pas présentée à Donald Trump. » a remis à l’avant-plan un scandale que le président cherchait à tout prix à étouffer.
Sans scrupule et irrespectueux des règles et des conventions, Donald Trump désavoue des traités, menace de détruire une civilisation entière, fait démolir une partie de la Maison-Blanche et se met à dos ceux qui pourraient trouver une logique à tout cela. Sa propre conjointe se rebelle maintenant contre ses priorités.
À brûler les étapes avant de devoir quitter la présidence, Donald Trump risque d’être rattrapé par ses excès. En fait, cela a déjà commencé.




