En pleine tension avec les États-Unis, l’Espagne veut resserrer les liens avec Pékin

Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez entame lundi une visite de trois jours en Chine, afin de renforcer les liens commerciaux avec la deuxième économie mondiale au moment où les relations entre Madrid et Washington sont tendues.
Il s’agit de la quatrième visite de Pedro Sánchez en Chine en quatre ans, le dirigeant socialiste cherchant à faire de l’Espagne un médiateur entre Pékin et l’Union européenne et ses 27 pays membres.
Ce déplacement intervient dans un contexte de relations tendues avec Washington et l’administration du président Donald Trump, dont les droits de douane et la politique étrangère imprévisible suscitent des inquiétudes chez les Européens.
D’autres grandes économies cherchent également à renforcer leurs échanges avec la Chine, à l’instar du Royaume-Uni, du Canada ou de l’Allemagne qui ont récemment envoyé des dirigeants ou des émissaires à Pékin.
Donald Trump devrait s’y rendre en mai.
Le mois dernier, le président américain avait menacé de mettre fin à ses échanges commerciaux avec l’Espagne quand Madrid a refusé l’utilisation de ses bases militaires pour des frappes américaines contre l’Iran, un partenaire économique clé de Pékin.
Pour Madrid, l’un des principaux objectifs du voyage est d’obtenir un meilleur accès au marché chinois, en particulier pour les produits agricoles et industriels, et d’envisager des contrats communs dans le secteur technologique, rapportent à l’AFP des sources gouvernementales espagnoles.
Pedro Sánchez devrait également profiter de sa visite pour attirer de nouveaux investisseurs vers la quatrième économie de la zone euro et obtenir un meilleur accès aux matières premières chinoises, très recherchées.
Lundi, il doit se rendre au siège du géant technologique chinois Xiaomi et visiter une exposition à l’Académie chinoise des sciences.
Il doit ensuite rencontrer mardi les plus hauts dirigeants chinois, dont le président Xi Jinping et le premier ministre Li Qiang, avant une conférence de presse.
Les exportations chinoises vers l’Espagne dépassent largement les exportations espagnoles vers le pays asiatique : l’an dernier, l’Espagne, qui compte environ 50 millions d’habitants, a enregistré un déficit commercial de 42,3 milliards d’euros avec la Chine, un pays de plus de 1,4 milliard d’habitants.
Le gouvernement souligne que les exportations espagnoles vers la Chine ont augmenté de 6,8 % en 2025, attribuant cette progression à la solidité des liens avec Pékin.
Lors de la visite de Pedro Sánchez en Chine en avril 2025, Pékin avait accepté d’élargir l’accès à son marché pour une série de produits espagnols, notamment le porc et les cerises.
Il s’était déjà rendu en Chine en septembre 2024 et en mars 2023.
« Porte d’entrée »
L’Espagne plaît aux investisseurs chinois, notamment parce que son économie affiche l’un des taux de croissance les plus élevés d’Europe et que les coûts de l’énergie y restent relativement bas, explique Claudio Feijoo, spécialiste de la Chine à l’Université technique de Madrid (UPM).
« La Chine perçoit l’Espagne comme relativement amicale, moins conflictuelle à son égard que d’autres pays, et vraisemblablement plus indépendante de Washington. Cela permet une prise de décision plus autonome », c’est-à-dire légèrement en marge des accords européens, dit-il à l’AFP.
« L’Espagne est également considérée comme une porte d’entrée vers l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique du Nord. Elle peut fonctionner comme un hub – un lieu à partir duquel plusieurs marchés sont accessibles simultanément », poursuit l’expert.
Les produits agricoles présentent le plus fort potentiel en Chine, explique-t-il, soulignant que le pays « ne peut pas produire toute la nourriture dont il a besoin, ou du moins pas à la qualité exigée par sa population », alors que l’Espagne est un grand producteur de nombreuses denrées alimentaires.
La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a qualifié mercredi l’Espagne « d’important partenaire de la Chine au sein de l’UE », ajoutant que la visite de Pedro Sánchez offrait l’occasion de « porter les relations bilatérales à un niveau encore supérieur ».
Pedro Sánchez, l’un des rares dirigeants de gauche encore en place en Europe, voyage avec son épouse, Begoña Gómez, et le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares.
Le roi Felipe VI et la reine Letizia d’Espagne ont effectué une visite d’État en Chine en novembre dernier, la première d’un monarque espagnol depuis 18 ans, signe de la proximité des liens bilatéraux.




