Université Laval: «Le campus va être difficile» dès l’automne

De 2027 à 2031, l’Université Laval subira sa plus importante transformation depuis une soixantaine d’années.
Dès l’automne, «le campus va être difficile», prévient René Lacroix, vice‑recteur aux infrastructures et à la transformation.
«C’est comme quand on refait sa cuisine et qu’on vit toujours dans la maison, illustre la rectrice Sophie D’Amours. C’est vraiment inconfortable.»
Cinq nouveaux pavillons sont en construction ou à l’étude, en plus de deux projets résidentiels majeurs en développement. S’ajoute le nouveau centre de tennis qui est toujours en construction, et bien sûr le chantier du tramway qui s’accélère.
De futurs quartiers étudiants dans les rues avoisinantes sont aussi à l’étude. Au total, les projets en réalisation s’élèvent à un total de 206,5 millions.
Des décisions prises «au sommet de la tour»
Ces importants projets qui se préparent suscitent de la grogne sur le campus universitaire. D’une voix commune, les syndicats et associations étudiantes de l’Université Laval se sont levés en février pour réclamer des états généraux sur l’avenir du campus.
«Cette unanimité-là en dit long sur la situation», souligne Maxime Coulombe, président du Syndicat des professeurs de l’Université Laval (SPUL), en entrevue avec Le Soleil.
Sans s’opposer en bloc aux nouveaux projets, les syndicats et associations étudiantes dénoncent l’opacité de l’administration, qui consulte et informe trop peu la communauté, selon eux.
«On se retrouve spectateurs d’une décision qui est prise au sommet de la tour», image-t-il, en référence au seizième étage de la tour Jeanne-Lapointe, où se trouvent les bureaux de la rectrice.
Le professeur en histoire de l’art dénonce l’approche «d’entreprise privée» de l’administration, plaidant plutôt pour que l’université soit gérée dans la collégialité de la communauté.
Le SPUL s’inquiète de voir l’institution se lancer dans des projets immobiliers qui ont pour but de diversifier ses revenus. Il dénonce aussi le changement des modalités de stationnement, et le retrait de certaines cafétérias étudiantes.
«C’est pas une question syndicale, c’est une question presque citoyenne», estime Maxime Coulombe.
Assez de consultations?
Lors d’une activité de presse, Sophie D’Amours se défend de manquer de transparence avec la communauté étudiante et professorale.
«On a fait des consultations à différents niveaux et à différents moments. C’est sûr que les gens ne sont pas tous là au moment où ça arrive. Donc, une association ou un exécutif peut arriver après qu’une vague de consultations ait été faite», reconnaît la rectrice.
Elle souligne aussi qu’une fois les décisions prises, «tout est public» à leur sujet, et transmis aux associations et syndicats.
Mais Sophie D’Amours se porte aussi à la défense de l’administration, dont le rôle est de trancher sur des décisions, sans tenir de «vote universel».
«On ne consulte pas sur la décision finale. Donc, ça aussi, il faut l’accepter. Le rôle de la direction est différent du rôle des associations et syndicats.»
Ces démarches de communication ne sont pas suffisantes, selon le syndicat des professeurs.
«La consultation, ce n’est pas d’arriver au restaurant et de se faire proposer du saumon fumé d’un côté et du champagne de l’autre. La vraie question, c’est de savoir si j’ai le budget pour m’acheter du saumon fumé ou du champagne», plaide Maxime Coulombe.
Des états généraux à l’automne
Même sans la participation de la direction, les syndicats et associations étudiantes ont décidé d’aller de l’avant avec la tenue d’états généraux à l’automne.
Sophie D’Amours ne prendra pas part à un tel exercice, par refus de s’ingérer dans la course au rectorat qui déterminera son successeur d’ici moins d’un an.
«Moi, comme rectrice et comme équipe de direction, on ne va pas arriver avec une liste d’obligations pour l’équipe qui va nous suivre. La communauté va se charger de ça.»
Les syndicats iront en effet de l’avant avec leur initiative, qui vise à rassembler des experts pour adopter des recommandations et une vision commune pour l’avenir du campus.
«On trouvait que c’était une très bonne idée que ça fasse partie de la course au rectorat et que ça devienne une manière pour les candidats de s’engager», estime Maxime Coulombe.
«C’est quand même un peu bizarre que toute la communauté se réunisse, mais pas la haute administration», commente le président du SPUL.




