Nouvelle offensive commerciale de Trump | BRP perd le tiers de sa valeur boursière

BRP a perdu plus du tiers de sa valeur boursière mercredi après avoir prévenu les investisseurs de l’impact des nouveaux droits de douane auxquels fait face le fabricant de véhicules récréatifs de Valcourt.
Publié à
11 h 24
Mis à jour à
16 h 18
L’action de l’entreprise a cédé 35 % à la Bourse de Toronto, une perte d’approximativement trois milliards de dollars de capitalisation boursière.
Alors que BRP était déjà soumis à des droits de douane américains de 50 % sur le contenu métallique admissible de ses produits, les règles modifiées entrées en vigueur le 6 avril appliquent désormais un droit de douane de 25 % sur la valeur totale de ses véhicules hors route et de ses motoneiges importées aux États-Unis.
BRP a fait savoir mardi soir que la situation augmente son exposition brute aux droits de douane de plus d’un demi-milliard de dollars pour son exercice financier commencé en février.
C’est l’équivalent d’environ 40 % du bénéfice avant impôt, intérêt et amortissement de BRP qui se trouve à risque.
En ce sens, le recul boursier encaissé mercredi par BRP est « raisonnable », commente l’analyste Jonathan Goldman, de la Scotia.
La direction de BRP n’a pas souhaité accorder d’entrevue mercredi. Il est encore trop tôt pour que les dirigeants se prononcent au-delà de ce qui a été énoncé mardi soir, indique à La Presse la porte-parole Émilie Proulx.
« Nous ne savons pas combien de temps ces tarifs douaniers resteront en vigueur », précise-t-elle.
Cette incertitude contribue à alimenter la volatilité, la confusion et l’inquiétude.
Les investisseurs doivent désormais tenir compte d’un certain niveau permanent de volatilité liée aux droits de douane, ce qui a un impact sur le multiple d’évaluation accordé au titre de BRP, dit Jonathan Goldman.
Des démarches juridiques et de lobbying sont en cours, souligne de son côté son confrère Gerrick Johnson, de la firme Seaport Research Partners. Cet expert est l’un des analystes ayant retiré mercredi sa recommandation d’achat sur le titre de BRP.
« À court terme, BRP aura du mal à trouver des moyens d’atténuer ces droits de douane supplémentaires, n’ayant pas de véritable option pour délocaliser sa production », dit-il.
La quasi-totalité de la production de BRP se situe à l’extérieur des États-Unis.
Gerrick Johnson mentionne que les produits de BRP sont déjà vendus à un prix plus élevé que ceux de la concurrence, ce qui est normal compte tenu de la qualité de leur conception, de leur fabrication et de leur durabilité.
Le fait d’évoluer dans un marché très concurrentiel limite toutefois, selon lui, la capacité de BRP à hausser le prix de ses produits.
Son collègue Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, retire également sa suggestion d’achat sur l’action de BRP.
Même s’il s’attend à ce que BRP trouve des moyens d’atténuer les impacts et que des concurrents soient aussi touchés par les changements apportés aux droits de douane, Cameron Doerksen considère que l’ampleur de l’impact sur les coûts modifie fondamentalement le profil de rentabilité de BRP et introduit un degré élevé d’incertitude dans les perspectives.
Étant donné que le nouveau tarif est appliqué sur la valeur totale de certains produits si la teneur en métal représente 15 % ou plus du poids total, ce qui peut aller de 25 à 50 % du poids total pour de nombreux produits de l’entreprise, BRP ne peut pas faire grand-chose du point de vue de l’approvisionnement ou de la chaîne d’approvisionnement, du moins à court terme, dit-il.
« L’entreprise mettra davantage l’accent sur la gestion des coûts et pourrait, à terme, augmenter ses prix pour compenser en partie cette situation. Toutefois, la situation restant instable et l’impact à long terme incertain, je ne m’attends pas à ce que BRP augmente ses prix de manière significative à court terme afin de préserver ses parts de marché à long terme. »
Selon lui, la solution réside dans une modification des règles tarifaires. « Mais il est peu probable que ça constitue une priorité pour l’administration américaine actuelle. »
Il note que les concurrents de BRP sont aussi affectés à des degrés divers, y compris le principal rival, Polaris, qui dispose d’une importante présence industrielle au Mexique.
L’action de Polaris, a d’ailleurs perdu 17 % de sa valeur à la Bourse de New York mercredi.
C’est sur le marché des motoneiges que Cameron Doerksen dit observer l’impact le plus important par rapport aux concurrents, car BRP fabrique ses motoneiges au Canada, contrairement à Polaris qui dispose d’activités de fabrication et d’assemblage de motoneiges aux États-Unis.
Les mesures d’atténuation envisageables pourraient consister à écouler les inventaires existants à court terme en attendant que les droits de douane soient traités par le fédéral, estime l’analyste Sabahat Khan, de RBC.
« Ces droits de douane pourraient figurer parmi les points examinés lors de la révision officielle de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique [ACEUM] en juillet », dit-il.
BRP a été confrontée à une situation similaire l’année dernière au moment du fameux « Jour de la Libération », mais ses catégories de produits ont finalement été ajoutées à une liste d’exemptions jusqu’au 2 avril 2026, rappelle Jonathan Goldman
Les nouvelles règles ont un impact sur les motoneiges et les véhicules tout-terrain de BRP, tandis que les motomarines figurent toujours sur la liste d’exemptions, souligne-t-il.
Le pouvoir de fixation des prix reste limité compte tenu du contexte difficile pour les consommateurs et de l’environnement concurrentiel dans le secteur, soutient Jonathan Goldman.
« Il est également plus difficile d’augmenter les prix des articles discrétionnaires haut de gamme en général », dit-il.
En ce qui concerne les coûts, il pense que BRP hésiterait à réduire ses dépenses de manière radicale et rapide, car l’entreprise est un opérateur de premier plan qui gère ses activités dans une perspective à long terme.
L’analyste Brian Morrison, de la TD, ne propose dorénavant plus d’acheter l’action de BRP.
Il affirme que le moment d’un éventuel amendement aux tarifs, s’il y en a un, est au minimum à plusieurs mois, en fonction des négociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique.
À son avis, la direction de BRP ne voudra pas prendre de décisions d’investissement à long terme sur la base de taux de droits de douane volatils et susceptibles d’être annulés ou modifiés.
Malgré son offre de produits innovants, BRP pourrait donc perdre, selon lui, des parts de marché.
« Les leviers dont dispose BRP ne permettront pas de compenser une grande partie de l’impact. Le prochain élément permettant d’y voir plus clair sur ce vent contraire majeur réside dans la renégociation de l’ACEUM », croit Brian Morisson.
Il souligne que la section 232 des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le cuivre importés aux États-Unis permet au président américain d’imposer des tarifs sur les importations jugées comme une menace pour la sécurité nationale.
Brian Morrison anticipe maintenant que BRP suspendra son programme de rachat d’actions.




