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Du plomb dans l’eau d’érable: une école de Kahnawake interrompt sa saison des sucres

Une école secondaire de Kahnawake située près d’un parc industriel a complètement interrompu sa saison des sucres après avoir découvert une concentration élevée de plomb dans son eau d’érable.

Au printemps, les élèves de la Kahnawake Survival School (KSS) ont l’habitude de récolter l’eau d’érable dans la forêt environnante, une tradition centrale dans la culture kanienʼkéha :ka (mohawk).

Mais cette année, il est hors de question pour eux de boire cette eau comme remède ancestral et encore moins de la transformer en sirop d’érable.

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La recommandation du Bureau de la protection de l’environnement de Kahnawake (KEPO), qui a fait analyser des échantillons d’eau d’érable le mois dernier, est sans équivoque.

Les résultats ont révélé des concentrations de plomb jusqu’à huit fois plus élevées que la recommandation de Santé Canada pour l’eau potable.

Et ce n’est pas tout. Puisqu’il faut faire évaporer 40 litres de sève pour produire un litre de sirop, la teneur en plomb augmente dans la même proportion. Le produit final dépasserait de loin le maximum permis par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Une substance invisible

La science juge qu’il n’existe aucun niveau sécuritaire d’exposition au plomb, encore moins pour les enfants et les adolescents.

Nocif pour la santé, ce métal peut provoquer des effets sur la pression artérielle, le système nerveux et le développement des tout-petits.

« C’est très préoccupant à la fois pour notre communauté et notre territoire… On se demande à quelles substances invisibles on est exposés », témoigne en entrevue le grand chef du Conseil mohawk de Kahnawake, Cody Diabo.

S’il est fréquent que des équipements acéricoles contaminent le sirop d’érable au plomb, plusieurs à Kahnawake soupçonnent une autre source (voir autre texte).

Voisin de l’industrie lourde

C’est que le territoire de la communauté de Kahnawake borde le parc industriel de Sainte-Catherine, en Montérégie.

Le conseil de bande a justement voulu réaliser des tests sur l’eau d’érable à la suite d’inquiétudes soulevées par des membres de la communauté quant à cette proximité.

Les révélations de notre Bureau d’enquête en janvier dernier sur les rejets en plomb et en sulfate de l’usine de Terrapure, située à environ 1 kilomètre de l’école, n’ont rassuré personne.

Il est toutefois trop tôt pour connaître la source exacte des contaminants dans l’eau d’érable.

« On ne construit pas une école secondaire à côté d’un complexe industriel, et encore moins d’une usine de recyclage de plomb ! Qui a pris cette décision ? » a demandé Stuart Myiow, représentant du clan du loup au Conseil traditionnel de Kahnawake, lors d’une rencontre citoyenne organisée par les Land Defenders de Kahnawake la semaine dernière.


Stuart Myiow, représentant du clan du loup au Conseil traditionnel de Kahnawake, lors d’une rencontre citoyenne convoquée d’urgence la semaine dernière en lien avec la contamination de l’eau d’érable à la Kahnawake Survival School


Capture d’écran Facebook Longhouse Stuart Myiow

Du même souffle, ce dernier a réclamé le retrait préventif et immédiat des élèves de la Kahnawake Survival School.

D’autres tests

Pour y voir plus clair, Kahnawake a déjà prélevé d’autres échantillons d’eau d’érable à l’école secondaire et compte également faire analyser le sirop produit les années passées.


La récolte de sirop d’érable 2025 de la Kahnawake Survival School sera bientôt analysée.


Photo Martin Chevalier

« On a effectué les tests initiaux par mesure de précaution, mais vu les résultats, on doit élargir l’enquête », affirme le grand chef Cody Diabo.

Les membres de la communauté sont aussi invités à soumettre l’eau d’autres érables sur le territoire pour analyse.

Terrapure a affirmé n’avoir aucun commentaire à émettre. Quant au ministère de l’Environnement, il ne fait pas d’échantillonnage pour le plomb sur le territoire de Kahnawake. 

Des craintes que les érables soient contaminés

Kahnawake craint que la contamination au plomb de l’eau d’érable de son école secondaire provienne de l’environnement et non d’équipements problématiques comme c’est souvent le cas.

« Malheureusement, il semble que les érables eux-mêmes soient affectés par le plomb », s’alarme dans un communiqué de presse Patrick Ragaz, directeur du Bureau de la protection de l’environnement de Kahnawake (KEPO).

Dans l’industrie acéricole, ce sont souvent des équipements vieillissants qui sont pointés du doigt pour ce type de problème : chaudières soudées au plomb, vieux chalumeaux, évaporateurs…

Mais ici, l’équipement utilisé par les élèves de la Kahnawake Survival School pour fabriquer du sirop d’érable artisanal n’a que cinq ans, et la direction pensait qu’il ne contenait pas de plomb.


Les chaudières utilisées pour récolter l’érable sont aujourd’hui remisées pour la saison.


Photo Martin Chevalier

L’un des échantillons d’eau d’érable dont la concentration de plomb dépassait du double la recommandation de Santé Canada pour l’eau potable a d’ailleurs été prélevé dans un seau de plastique alimenté par un chalumeau en plastique.

M. Ragaz y voit la nécessité d’une enquête plus approfondie pour déterminer la provenance du plomb détectée à l’érablière de l’école, située à un kilomètre d’un parc industriel.

Recherches nécessaires

La science s’est intéressée de près à la contamination au plomb du sirop d’érable causée par les équipements, mais beaucoup moins à celle causée par l’environnement.

« On a très peu de données sur la contamination naturelle de la sève », reconnaît Luc Lagacé, microbiologiste et directeur de l’Innovation au Centre ACER, un centre de recherche spécialisé en acériculture.

En théorie, il serait possible qu’un arbre qui pousse dans un sol contaminé au plomb puise de l’eau polluée par ses racines, qui se retrouverait ensuite dans sa sève, dit-il.

Toutefois, le seuil de profondeur, de distance ou de concentration en plomb dans le sol ou dans l’eau ayant un effet sur l’érable n’a jamais été documenté.

Le chercheur écarte aussi une contamination causée par des particules de plomb dans l’air qui se seraient déposées dans les chaudières de collecte d’eau d’érable, car ils sont munis d’un couvercle.

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