Nathalie Baye, étoile discrète du cinéma français, est morte à l’âge de 77 ans

L’actrice a incarné une multitude de rôles au cours de plus de cinquante ans de carrière, ce qui lui a valu quatre César.
Nathalie Baye est morte vendredi à l’âge de 77 ans à son domicile parisien, a annoncé sa famille à l’AFP samedi 18 avril. L’actrice française était atteinte de “la maladie à corps de Lewy”, ont précisé dans un communiqué commun ses proches, dont sa fille Laura Smet. Elle laisse derrière elle une carrière de plus de cinquante ans, aussi riche que singulière, qui l’a consacrée comme une figure majeure du grand écran. “Entre bonne copine et diva”, elle était une véritable “star à la française”, écrivait Libération en 1998. Mais à 50 ans, l’actrice refusait ce portrait lisse : “Je ne suis pas sage, ma vie le prouve ! Je suis une comédienne, je ne me suis jamais mariée et j’élève un enfant seule. Ce n’est pas une vie classique.”
Née le 6 juillet 1948 à Mainneville, dans l’Eure, Nathalie Baye grandit dans un milieu modeste et rien ne la destinait à la vie d’artiste. Très jeune, elle manifeste un goût prononcé pour le théâtre et le cinéma. Après un passage par les cours d’art dramatique de la rue Blanche, elle intègre en 1967 le prestigieux Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, dont elle sort diplômée en 1971.
C’est en 1970 qu’elle débute au cinéma avec un petit rôle dans Une aussi longue absence d’Henri Colpi, avant de connaître une véritable révélation en 1973 avec La Nuit américaine de François Truffaut, elle n’a alors pas 25 ans. Ce film, qui retrace les coulisses du cinéma, lui offre un premier rôle marquant aux côtés de deux stars : Jean-Pierre Léaud et Jacqueline Bisset. Sa prestation lui vaut rapidement la reconnaissance critique qui la place comme une révélation du cinéma français.
Nathalie Baye se fraie ensuite un chemin auprès des grands noms du cinéma français : Jean-Luc Godard (Sauve qui peut (la vie), 1980), Claude Sautet (Mado, 1976), Bertrand Tavernier (Une semaine de vacances, 1980), Bertrand Blier (Beau-père, 1981) ou encore Claude Chabrol (La Fleur du mal, 2003).
Durant les années 1980 et 1990, Nathalie Baye s’impose définitivement comme une actrice reconnue et incontournable. En 1981, elle remporte son premier César, dans la catégorie du meilleur second rôle féminin, pour Sauve qui peut (la vie). En 1982, elle est à nouveau récompensée pour Une étrange affaire. Elle connaît la consécration un an plus tard, dans la catégorie de la meilleure actrice, pour La Balance de Bob Swaim.
Au fil de sa carrière, Nathalie Baye avait su casser son image classique et sage pour donner libre cours à sa fantaisie, dans Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall en 1999 par exemple ou plus récemment dans la série Dix pour cent. Elle avait également connu une expérience à Hollywood en campant la mère de Leonardo DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg.
Dans les années 2010, elle avait plusieurs fois collaboré avec Xavier Dolan, dans Laurence Anyways en 2012 puis Juste la fin du monde en 2016, dans le rôle d’une mère retrouvant son fils absent depuis trop longtemps.
Parallèlement au cinéma, Nathalie Baye cultive une passion pour le théâtre, véritable laboratoire où elle explore rôles classiques et contemporains. Fidèle au contact avec le public, elle continue au cours de sa carrière à jouer dans quelques rôles. Parmi ses interprétations, La Parisienne (1995, mise en scène Jean-Louis Benoît), Zouc par Zouc d’Hervé Guibert (2006, Gilles Cohen) et Hiver (2009, Jérémie Lippmann).
De nature discrète, sa vie personnelle n’a jamais complètement échappé aux projecteurs, en raison des relations qu’elle a entretenues avec d’autres monstres sacrés du monde artistique. Sa première histoire d’amour, avec le comédien intense Philippe Léotard, l’a conduite par le biais d’un ami commun jusqu’en Creuse, où elle a trouvé un havre de paix pendant de nombreuses années.
C’est également là qu’elle a fait découvrir la vie à la campagne à Johnny Hallyday, avec qui elle a partagé plusieurs années, prêtant même sa voix pour le clip de Quelque chose de Tennessee. De cette relation est née leur fille, Laura Smet, qui a naturellement suivi leurs traces en devenant, elle aussi, actrice et chanteuse et avec laquelle elle partage l’affiche du film Les Gardiennes de Xavier Beauvois, sorti en 2017.
Au-delà de ses rôles, Nathalie Baye s’est engagée en silence pour plusieurs causes sociales, notamment la défense des droits des femmes et la lutte contre les violences conjugales. Elle a ainsi prêté sa voix à la première édition des Enfoirés en 1986, déclamant le couplet de La Chanson des Restos de Jean-Jacques Goldman, symbole d’un engagement pudique mais sincère.
Sa dernière apparition à l’écran, en 2023, dans La Nuit du verre d’eau, confirme ce choix de rôles forts, au cœur d’un drame franco-libanais ancré dans la crise de 1958 au Liban. La même année, l’actrice avait signé une tribune de 109 personnalités pour appeler le président Emmanuel Macron à faire évoluer la loi sur la fin de vie.




