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Une possible grève chez Air Canada début juillet?

«Après une décennie de sacrifices, de dévouement et de professionnalisme — des sacrifices qui ont permis à la compagnie de grandir, de prospérer et de devenir le transporteur aérien numéro un au Canada — [Air Canada] a choisi de s’attaquer à l’un de nos droits les plus fondamentaux: la protection des emplois», a écrit l’Association internationale des machinistes et des travailleuses et travailleurs de l’aérospatiale (IAM).

Certains postes pourraient être abolis avec l’arrivée des nouvelles technologies, fait allusion le syndicat dans une déclaration vidéo.

Le coordonnateur aérien de l’IAM, Keith Aiken, a mentionné au Soleil que ses membres ont fait des sacrifices à chaque période difficile chez Air Canada, comme la faillite de 2003, la crise des retraites de 2004 à 2012, la lutte contre la sous-traitance en 2016 et la COVID-19 en 2020.

«Pour nous, il ne s’agit de rien de moins qu’une attaque contre les fondements de notre syndicat. Ce n’était pas une déclaration faite à la légère. Elle a été réfléchie et exprimée avec conviction.»

—  Association internationale des machinistes et des travailleuses et travailleurs de l’aérospatiale

«Nous considérons que l’employeur a manqué de respect à nos membres et les sous-estime fortement. Cela est inacceptable», a renchéri le syndicat le 16 avril.

M. Aiken a aussi précisé que ses membres avaient des irritants découlant de la convention collective de 10 ans et qu’ils veulent être rémunérés à la hauteur de l’importance du travail qu’ils font.

Les irritants d’une convention collective de 10 ans

L’impasse était prévisible. Les négociations qui ont suivi l’échéance des deux autres conventions collectives de 10 ans, celles des pilotes et des agents de bord, s’étaient terminées par une menace de grève et une grève.

«On parle d’une convention collective qui a duré 10 ans, donc il y a un rattrapage salarial important», explique John Gradek, coordonnateur du programme de gestion en aviation à l’Université McGill et ancien cadre chez Air Canada.

«Une convention collective aussi longue rend les renégociations plus ardues, car il était difficile de prévoir, 10 ans à l’avance, ce que seraient les conditions de travail aujourd’hui. Normalement, on ne dépasse pas quatre ou cinq ans, parfois six ans dans une convention collective, mais pas plus», ajoute au Soleil le professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa, Gilles LeVasseur.

Quelque part au début juillet

L’IAM a informé Air Canada le 16 avril qu’elle a déposé une demande de conciliation auprès du Conseil fédéral du travail.

«Cela montre qu’ils sont sérieux et qu’ils savent qu’Air Canada utilisera plusieurs manœuvres pour tenter de minimiser les hausses salariales qu’ils réclament», commente M. Gradek.

Le syndicat a rendu disponible sur son site le processus habituel de négociation. Une fois que la demande de conciliation est déposée, une période de 60 jours s’en suit pour trouver un accord avec l’aide d’un médiateur.

Si aucune entente n’est conclue en conciliation, une période de réflexion de 21 jours s’enclenche. Les négociations peuvent se poursuivre durant cette période. Passé ce délai, les moyens de pression légaux, dont la grève, deviennent une option.

Dans tous les cas, un préavis de 72 heures est requis avant toute action.

Selon ce processus, il ne pourrait donc pas y avoir de grève avant le 9 juillet, soit 84 jours après le dépôt de la demande de conciliation le 16 avril.

«Cela affecterait directement la période des vacances et la période de pointe pour Air Canada, autant pour les vols domestiques qu’internationaux», pointe John Gradek.

«On parle d’une grève qui pourrait affecter entre 120 000 et 130 000 passagers par jour», poursuit-il.

Le syndicat précise toutefois que ce document n’offre qu’un aperçu général du processus. La négociation peut être complexe et varier selon les circonstances.

«Pour éviter une grève, il faudrait accepter les demandes du syndicat et régler rapidement la convention collective. Cela coûterait cher à Air Canada. Mais ce qui pourrait faire le plus mal, c’est l’anxiété et la nervosité des passagers. Cela dit, la plupart des Canadiens n’ont pas vraiment d’autre choix qu’Air Canada», laisse tomber M. Gradek.

Un autre syndicat négocie aussi

Les machinistes ne sont pas seuls à la table. Unifor, qui représente les agents passagers, les agents des aéroports et ceux des centres de réservation, négocie lui aussi avec Air Canada.

La convention collective échue était d’une durée de six ans. Pour le syndicat, une bonne entente devrait prévoir des salaires alignés sur les standards de l’industrie, garantir la sécurité d’emploi et améliorer la conciliation travail-famille, a indiqué au Soleil son porte-parole, Darryl Bink.

Unifor a bel et bien constaté l’impasse dans la négociation de l’IAM et l’appuie dans sa démarche. «Mais qu’on ne se trompe pas: nous ne sommes PAS dans la même situation, et nos pourparlers se poursuivent», écrit toutefois le syndicat.

«Des solutions existent en cas d’impasse ou d’échec des négociations. Mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là», affirme M. Bink.

Le coordonnateur du programme de gestion en aviation à l’Université McGill, John Gradek, ne serait cependant pas surpris qu’Unifor dépose lui aussi une demande de conciliation prochainement.

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