Son corps retrouvé trois semaines après sa mort, malgré la visite d’un policier
Le 27 août 2025, peu après 21 h 30, des policiers du Service de police du Nunavik (SPN) se rendent au domicile de Patrick*. Inquiet et sans nouvelle du trentenaire, un proche «demande une vérification de bien-être».
Pour une deuxième fois en trois semaines, les agents frappent donc à la porte du domicile, sans réponse. Cette fois, contrairement à leur première visite, ils décident de «forcer leur entrée» et retrouvent l’homme de 39 ans «inerte, face contre le sol».
Il est alors «évident que [l’homme] est décédé depuis plusieurs jours», relate la coroner au dossier, Me Geneviève Thériault, dans un rapport rendu public le 15 avril.
«L’état de putréfaction avancée» du corps ne permet toutefois pas, lors de l’autopsie, de faire la lumière sur la cause exacte du décès, souligne la coroner. En plus de constater l’absence de «lésion traumatique ou anatomique préexistante», l’examen permet tout de même d’exclure «l’intervention d’une tierce personne».
À la lumière des informations disponibles, Me Thériault présume que le décès, «probablement naturel», serait survenu le 5 août 2025, date de la première visite policière et des derniers signes de vie connus de Patrick.
La première visite
Près de quatre semaines avant son décès, Patrick lance un premier signal de détresse. Le 1er août, il appelle lui-même le SPN et demande un transport pour se rendre au centre de santé d’Umiujaq, au Nunavik.
Lors d’une consultation, l’homme, «décrit par ses proches comme ayant un trouble de consommation d’alcool», précise ne pas avoir mangé depuis plusieurs jours, vomir tous les soirs et être «faible et confus».
Selon ses dires, ses maux seraient apparus deux semaines plus tôt, à la suite d’une consommation excessive d’alcool. Toutefois, l’examen physique ne dévoile aucune anomalie. Le personnel médical soupçonne plutôt «des signes et symptômes suggestifs d’une perte d’appétit reliée à une crise situationnelle».
Mais Patrick ne fait état d’aucun «changement perturbateur dans sa vie» et refuse de consulter un psychologue. De retour à la maison, après un passage chez un proche, l’homme, en communication avec l’infirmière en poste, indique avoir mangé, s’être reposé et se sentir mieux.
Seulement quelques jours plus tard, le 5 août, un proche de Patrick communique une première fois avec le SPN. Des «propos inquiétants» tenus par le trentenaire, la veille, le préoccupe. Dès lors, il réclame une «vérification de bien-être».
Sur place, les policiers restent sans réponse, après avoir frappé à la porte. L’un d’eux décide de communiquer à nouveau avec le proche de Patrick, «qui clarifie qu’il ne s’inquiète pas pour la vie» du trentenaire. Le proche mentionne à l’agent qu’aucun motif ne justifie de «forcer la porte d’entrée».
Trois semaines avant la découverte macabre, les agents quittent donc le domicile de Patrick. «Aucune autre démarche n’est effectuée.»
«Aucune directive en place»
Chargée de faire la lumière sur les événements, la coroner au dossier ne cache pas ses «inquiétudes concernant les démarches entreprises par les agents du Service de police du Nunavik» lors du premier appel pour vérification, le 5 août.
Faute de directive claire, les agents du SPN ne disposent d’aucune balise pour «répondre à ces appels», fait remarquer Me Thériault, qui précise toutefois qu’il lui est «impossible de déterminer si la vie de [Patrick] aurait pu être sauvée si les agents étaient entrés de force dans le logement le 5 août».
Pour éviter que le scénario se répète, la coroner recommande au service de police d’établir «les étapes à suivre par les agents lors de demandes de vérification de bien-être, y compris quand il est nécessaire d’entrer de force dans le logement».
*Nom fictif




