Des mises à pied temporaires aux conséquences néfastes pour des travailleurs étrangers

Une vingtaine de travailleurs temporaires étrangers (TET) de l’usine Olymel de Drummondville sont dans l’impasse depuis leur mise à pied l’hiver dernier. Liés à leur employeur par des permis de travail fermés, ils font face à un dilemme : attendre une éventuelle réembauche, tenter leur chance avec un nouvel employeur ou, éventuellement, quitter le pays. En attendant, certains peinent à joindre les deux bouts.
Au mois de février dernier, l’usine de Drummondville d’Olymel, qui produit du bacon, a mis à pied pour une durée indéterminée une trentaine d’employés, dont 25 travailleurs étrangers temporaires en provenance de l’île Maurice et de Madagascar.
Selon le syndicat local affilié à la CSN, la décision a été prise pour relocaliser une partie de la production dans une autre usine, à Cornwall, en Ontario, où les salaires seraient un peu moins élevés.
Dans une réponse écrite transmise au Devoir, Olymel affirme plutôt que les mises à pied sont attribuables à « une fluctuation de la demande et non à un déménagement de la production ». Les coupes ont été faites par ordre d’ancienneté, selon les règles de la convention collective, précise l’employeur.
Mélanie Cloutier, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Bacon Inter-América-CSN, qui représente les employés de Drummondville, déplore le sort réservé aux TET titulaires d’un permis fermé les liant à une seule entreprise.
« Pour tous ceux qui sont affiliés à Olymel Drummondville, c’est le chômage, puis rien d’autre », déplore-t-elle, précisant que les TET touchés avaient à leur embauche signé des contrats leur garantissant au moins 30 heures de travail par semaine. Les deux parties sont présentement en arbitrage sur cette question.
« Par respect pour le processus en cours, il ne nous est pas possible de commenter davantage à ce stade-ci », a indiqué la direction d’Olymel.
La situation des TET au chômage est « très cruelle, étant donné qu’ils étaient venus au Québec expressément pour travailler ici », a fait valoir Mme Cloutier.
Sous le couvert de l’anonymat, deux travailleurs touchés ont raconté songer à rentrer dans leur pays natal, eux qui espéraient s’établir de façon permanente en sol québécois. Pour eux, les factures s’empilent alors que l’employeur n’a encore annoncé aucune date de retour au travail. Afin de boucler les fins de mois, certains se sont résignés à demander de l’aide à leur famille restée au pays.
« Je n’ai pas cherché un emploi pour me retrouver au chômage, j’ai cherché un emploi pour avoir un minimum d’heures garanties », a dénoncé l’un d’entre eux.
Ces mises à pied mettent également en péril les démarches de ceux qui espèrent obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ) pour éventuellement être admissibles à la résidence permanente. En effet, la durée de l’expérience de travail du candidat au Québec est prise en compte dans le Programme de sélection des travailleurs qualifiés.
Permanent ou temporaire ?
Depuis plusieurs années, des syndicats comme la CSN militent pour la fin de l’octroi de permis de travail fermés pour des travailleurs étrangers temporaires.
« Pour nous, les permis fermés, ça ne devrait plus exister, puisque ces gens-là sont appelés à venir faire un travail permanent, soutient Nancy Mathieu, secrétaire générale de la Fédération du commerce – CSN, qui englobe plusieurs syndicats du secteur agroalimentaire. Ce n’est pas du travail temporaire, c’est des travailleurs temporaires qui viennent faire des jobs à temps plein. Quand l’employeur n’a plus besoin de leurs services, il faut qu’ils aient le droit d’aller travailler ailleurs. En grande majorité, ces gens-là viennent pour s’établir ici. Leur but n’est pas de travailler pour Olymel, c’est de travailler tout court. »
Un travail temporaire doté d’un permis fermé peut théoriquement changer d’emploi s’il peut trouver un autre employeur satisfaisant les mêmes exigences gouvernementales pour l’embaucher. La démarche s’avère toutefois fort fastidieuse et complexe, surtout pour des travailleurs à qui l’on a promis que l’arrêt de travail serait provisoire, rappelle Mme Mathieu.
« L’employeur leur a fait miroiter que c’était une mise à pied temporaire, alors les travailleurs se demandent quoi faire. Il y a toujours eu des mises à pied temporaires à l’usine Drummondville, rappelle la leader syndicale, qui y a travaillé dans le passé. Mais serait-il possible qu’à un moment donné, ce ne soit plus temporaire et qu’on parle plutôt d’une délocalisation ? »
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.




