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Le ministre qui chante et enchante l’industrie

À travers les discussions de coulisses durant le congrès de l’Association québécoise de la production médiatique, qui s’est conclu à Gatineau le mercredi 22 avril, on saisit aisément que la majorité reconnaît les efforts du ministre de la Culture et des Communications pour améliorer le sort des joueurs québécois dans ce domaine.

La connivence de Mathieu Lacombe avec l’industrie est telle qu’il s’est imposé en roi du karaoké au party de fin de soirée du congrès, pour la deuxième année consécutive.

«C’est d’ailleurs le meilleur chanteur de la CAQ!» s’est amusée la présidente-directrice générale de l’AQPM, Hélène Messier, faisant référence à l’hommage douteux à François Legault la semaine dernière.

«On a un ministre qui chante et qui nous enchante. Et surtout, un ministre qu’on est enchanté de voir confirmé dans ses fonctions, et qui va pouvoir poursuivre le travail des dernières années.»

—  Hélène Messier

Or, l’industrie craint d’autant plus le sort qui sera réservé au rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel (GTAAQ) et tout le travail entrepris par le ministre, après les élections de l’automne qui vient.

En mêlée de presse, Mathieu Lacombe se veut rassurant à ce sujet.

«Je pense qu’on sera capable de poursuivre le travail, peu importe le parti qui sera élu à Québec en octobre prochain. C’est sûr que j’aimerais avoir l’occasion de poursuivre ce travail-là, mais ce sera aux électeurs de décider. Dans tous les cas, mon objectif, c’est de livrer une stratégie québécoise de l’audiovisuel avant les prochaines élections.»

«C’est le plus important chantier entrepris en audiovisuel depuis 30 ans! Pour moi, c’est clair: on doit injecter plus d’argent dans le secteur de l’audiovisuel québécois.»

—  Mathieu Lacombe, au sujet du GTAAQ

Même confiance en ce qui concerne la loi 109, qui obligera les fabricants d’appareils connectés à afficher les plateformes québécoises sur leurs écrans d’accueil.

«La loi est adoptée, donc un prochain ministre pourrait mettre le règlement à sa main, mais ne pourrait pas simplement dire qu’il ne va pas de l’avant, sauf s’il décidait d’abroger la loi», affirme le ministre.

«Les fabricants seront tenus de respecter la loi. Et s’ils ne la respectent pas, il y a des sanctions pécuniaires et pénales qui sont prévues.»

Bien qu’il encense le rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel, coprésidé par Monique Simard et Philippe Lamarre, le ministre ne s’engage pas à suivre chaque recommandation à la lettre.

L’une d’elles est de faire passer le budget de Télé-Québec de 100 millions à 300 millions $.

«Tripler le budget de Télé-Québec dans le contexte actuel […] serait audacieux, pour ne pas dire impossible. Par contre, on est capable de faire un très bon bout de chemin pour augmenter considérablement la marge de manœuvre de Télé-Québec.»

—  Mathieu Lacombe

Mathieu Lacombe a déploré qu’il n’y ait «personne du milieu culturel québécois» au sein du comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, annoncé par le premier ministre Mark Carney.

«Un seul membre, un membre ontarien, unilingue anglophone, y représente la culture. C’est inacceptable.»

Le ministre s’est adressé aux voix qui s’élèveront pour dénoncer des investissements en culture, sous prétexte qu’il y a d’autres urgences à régler au gouvernement.

«Je vais leur rappeler que ce qu’on produit, ça représente une valeur ajoutée de près de 3,3 milliards de dollars par année, dans notre PIB. Que ça soutient chaque année des dizaines de milliers d’emplois de qualité.»

Ne plus avoir honte de l’IA

L’intelligence artificielle a continué d’alimenter les discussions au deuxième jour du congrès de l’AQPM, même si la technologie fait toujours face à un tabou féroce.

Assez pour que la productrice Sarah Châtelain admette être «gênée» de participer à un panel sur la question.

«On est peut-être une des seules industries à avoir honte d’utiliser l’IA. Je comprends qu’on a des choses à protéger. Mais j’ai peur que ces raisons-là nous nuisent dans l’avenir.»

Les quatre participants à cette conférence intitulée «Piloter l’IA sans perdre le Nord» avaient pour mission de convaincre leurs pairs de l’urgence d’utiliser l’IA. Directeur, Stratégie IA chez Moov AI, Alexis Raymond a même parlé d’«obligation».

Productrice et VP Partenariats Stratégiques chez Écho Média, Sarah Châtelain a cité un exemple simple de recours à l’IA dans le film Les furies, impliquant la comédienne France Castel.

«Le personnage d’Yvette retourne dans ses souvenirs et France a accepté de nous partager des images de ses propres archives personnelles qu’on a transformées en vidéo. Donc, on a donné vie à des images qui permettent d’avoir l’impression de la revoir jeune.»

Marie-Ève Rocheleau est vice-présidente, développement et création originale et productrice chez Déferlantes. Elle raconte avoir eu recours à l’IA pour des scènes de reconstitution, dans une série documentaire true crime actuellement en production.

«L’intelligence artificielle nous permet de produire de six à huit minutes d’images par épisode, qui seront intégrées au projet», explique-t-elle.

«Avec le budget que j’avais, j’aurais été capable de payer une journée de tournage, ce qui était clairement insuffisant pour ce dont j’avais besoin. Si on souhaite compétitionner avec les marchés internationaux, ça va prendre une façon d’y arriver. Pour moi, l’IA en est une.»

Tous s’entendent pour dire qu’on ne peut pas compter sur l’IA pour créer à partir de zéro, sans accompagnement de professionnels.

Les congressistes venaient d’ailleurs d’en avoir un bon exemple avec une expérience provenant de Télé-Québec. Le diffuseur a mis au défi l’IA de monter de toutes pièces un épisode de série d’animation, à partir de personnages existants, Lotus et Cali, mais en y ajoutant un antagoniste.

Le résultat, dont nous avons eu la démonstration, était pour le moins surprenant: une histoire décousue avec des personnages qui changent de voix, ont toutes de sortes de réactions contradictoires, apparaissent et disparaissent. Bref, à n’y rien comprendre.

Quand l’équipe de création a demandé à l’IA de créer un spectre, celle-ci proposait constamment un personnage ressemblant à Casper, le gentil fantôme!

Bref, même si l’IA évolue à un rythme vertigineux, il n’est pas venu le jour où elle pourra produire d’elle-même un œuvre sans aucune assistance.

L’impact du Québec en Asie et en Afrique

Le président-directeur général de TV5 Québec Canada, Yann Paquet, croit au potentiel du contenu francophone canadien à l’étranger.

En conversation avec l’animatrice du congrès Noémi Mercier, il a présenté d’étonnants graphiques, montrant que l’Afrique et l’Asie Pacifique s’intéressent davantage à nos contenus qu’à ceux de la France, sur la plateforme TV5Monde+.

Ainsi, sur le continent africain, où la langue française est en croissance, 38 % des contenus consultés proviennent de l’Afrique, 33 %, du Québec et du Canada, et 15% de la France.

En Asie Pacifique, le contenu d’ici (36 %) dépasse aussi celui de la France (34 %).

Même en Amérique du Nord (excluant le Canada) et en Amérique du Sud, le Québec et le Canada (32 %) font très bonne figure contre la France (34 %).

«On produit des contenus très créatifs, on explore des univers différents, il n’y a pas de tabou chez nous en télé. Donc, on fait des choses que les autres pays n’offrent pas et qui sont très appréciées en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud», croit Yann Paquet pour expliquer ce succès.

Le PDG de TV5 Québec Canada suggère également que notre accent y est pour quelque chose.

«Notre accent, contrairement à l’accent français ou belge, n’est pas associé au colonialisme ni à la mère patrie, la France.»

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