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Entre le meilleur et le pire | Ginette Reno veut encore faire l’amour à son public

Comment Ginette Reno se sent-elle à l’approche de son 80e anniversaire, mardi prochain ? « Ça me fait chier ! Je déteste vieillir », répond en riant la plus truculente de nos légendes vivantes, qui n’a pas mis une croix sur la scène. « Mais si un jour je redonne des spectacles, il va falloir que ce soit l’après-midi, parce que le soir, je monte à ma chambre vers 19 h pour méditer, prier. » Avec son franc-parler habituel, elle revisite ici son essentiel répertoire.


Publié à
5 h 00

La chanson dont vous êtes le plus fière

Les auteurs-compositeurs ont souvent eu de la clairvoyance à mon égard. Ils voyaient des choses que moi-même, je ne voyais pas, et ils savaient le mettre en mots.

Extrait de Je ne suis qu’une chanson

Diane [Juster] a bien compris, en écrivant Je ne suis qu’une chanson [1979], ce que j’avais essayé de lui expliquer. C’est très bizarre, mais quand je chante, que je sois en tournée ou en studio, je ne suis pas capable de faire l’amour. L’amour, je le fais avec le public. C’est soit je chante, soit je fais l’amour, un peu comme un boxeur, qui est abstinent avant un grand combat.

Et puis il y a Un peu plus haut, un peu plus loin, même si Jean-Pierre [Ferland] ne l’a pas écrite pour moi. En 1975, quand on a monté le show Que sont devenues les femmes ? [pour la fête nationale], je devais chanter Ton visage.

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Je la trouvais belle, mais pas comme Un peu plus haut… C’est Renée Claude qui devait la chanter. J’ai demandé à Renée si elle acceptait de me la donner et, très gentiment, elle me l’a offerte. Je n’ai jamais osé lui demander si elle l’avait regretté.

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Ginette Reno en avril 1970

La chanson que vous préféreriez ne pas avoir enregistrée

Il y a une chanson qui s’appelle Et dis donc René [1963], c’est plate à mourir. Le p’tit Gino de Napoli [1964] aussi.

Extrait de Et dis donc René

C’était au début de ma carrière et dans ce temps-là, je ne choisissais pas mon répertoire. Je ne choisissais rien. C’était : parle pas et chante ! Un jour, je me suis fâchée et à partir de ce moment-là, c’est moi qui ai tout décidé.

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Ginette Reno en mai 1974

Votre chanson la plus incomprise

Guy Godin m’a écrit une chanson qui s’appelle Berce-moi [1979]. Je vous en parle aujourd’hui et j’ai les larmes aux yeux, parce que mon Dieu, c’est une chanson que je me chante à moi-même pour m’endormir.

[Elle en fredonne un passage] « La vie a dérangé mon âme/Mon âme ô mon âme esseulée/Je n’sais plus jamais retrouver/Mes vrais pleurs, mes vraies vérités »

C’est très beau, mais je comprends le sens de la toune 40 ans plus tard.

Je me la chante à moi-même pour me calmer quand je fais des crises d’anxiété et de panique. Les montées et les descentes d’adrénaline, dans la vie d’une chanteuse, c’est très fort. Le système nerveux est capable d’en prendre, mais pas tant que ça. J’ai tellement eu de montées et de descentes d’adrénaline que je pense que ça a tout dérangé mon système nerveux. J’ai moins de résistance à ça aujourd’hui. Je me sens vide beaucoup plus rapidement. Mais au moins, j’ai mes chansons pour m’apaiser.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

En mai 2003 au Centre Bell

Votre spectacle le plus catastrophique

Je ne sais pas si je peux vous raconter ça. C’était dans une convention de professionnels à Toronto, avec des avocats, des docteurs. À ce moment-là, je venais de perdre beaucoup de poids. Je m’étais fait remonter les seins et j’avais un petit costume ben l’fun. Je n’ai jamais oublié la chanson : c’était Your Mama Don’t Dance [de Loggins & Messina].

Au début de la chanson, je lève la patte et la fermeture éclair de mon costume ouvre. Je me retourne pour essayer de remonter le zipper, qui était coincé en bas, et le drummer arrête de jouer. Je pense qu’il n’en revenait pas de me voir les seins. Je lui criais : « Play, man, play ! » Ils ne m’ont jamais réengagée.

L’autre fois est magnifique. Je n’ai jamais raconté ça à personne. Ce jour-là, j’étais très malade. Malade pour faire dans mes culottes. Et il se passe ce que vous vous imaginez, en plein spectacle. En plus, je portais une robe blanche. Alors j’ai demandé ceci à Dieu ou à l’univers : une panne, s’il vous plaît. Et à ce moment-là, toutes les lumières se sont éteintes. Panne d’électricité. Personne dans le public ne s’est rendu compte de ce qui venait de m’arriver.

Le temps que je me rende à ma loge et que je me change, tout s’est rallumé. C’est là que j’ai compris qu’au moment où on est impuissant, où on se sent vaincu, en réalité, on est vainqueur.

Votre album qui mériterait d’être redécouvert

En 1998, j’ai enregistré à New York un album qui s’appelle Love Is All avec Steve Skinner [collaborateur de Luther Vandross, Bette Midler, Diana Ross]. Ça m’a coûté un bras et ça a complètement passé dans le beurre.

Extrait de Once in a While

Il y a des choristes noirs qui venaient chanter pendant que je n’étais pas au studio et ils avaient demandé à Steve : « Is she black ? »

Votre chanson la plus difficile à interpréter

C’est une chanson de Michel Legrand qui s’appelle Je suis là. J’ai mis un mois et demi à l’apprendre, parce que c’est en 5/4. C’était de l’ouvrage !

Un jour, en vacances avec mes enfants, j’ai offert 1000 $ à celui qui serait capable de l’apprendre en une semaine. Eh ben, je vous le jure, mon fils Cédric a réussi à me la chanter parfaitement. Le petit tabarouette ! Je pense que le 1000 $ l’avait motivé.

PHOTO RENÉ PICARD, ARCHIVES LA PRESSE

Avec Jean-Pierre Ferland le 24 juin 1975

Votre duo préféré

T’es mon amour, t’es ma maîtresse, avec Jean-Pierre, c’est incontournable.

L’autre, c’est quand j’ai chanté avec Lionel Richie [à Star Académie en 2012]. Ce qu’il a dit aux journalistes après, c’est la plus belle chose que j’ai entendue. Il a dit : « J’ai chanté avec beaucoup de personnes dans ma vie, mais ce soir, j’ai chanté avec un ange. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Avec Céline Dion en août 2008

Votre spectacle le plus mémorable

C’est facile. C’est avec Céline sur les Plaines en 2008.

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Avec son fils Cédric en 1974

La personne pour qui vous êtes le plus heureuse d’avoir chanté

Mes enfants. J’ai chanté des grandes nuits pour eux, pour les endormir. Je leur ai chanté tout mon répertoire ! Je l’apprenais comme ça.

C’est pour ça qu’il n’y a aucun d’entre eux dont je suis la chanteuse préférée. Ils sont écœurés de m’entendre !

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Ginette Reno en 1974

Votre chanson qui vous émeut le plus

Ça s’appelle Encore bravo et ce sera sur un des quatre albums que je vais lancer en octobre sur la vie, l’amour, la mort et moi.

La phrase tirée d’une de vos chansons qui vous décrit le mieux

« Quand on n’a rien et que/le monde vous l’envie » [dans Plus rien n’existe]

Extrait de Plus rien n’existe

Parce que je ne suis pas meilleure qu’une autre. J’ai juste eu la chance de faire ce que j’aimais le plus au monde.

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