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Politique | Pas facile d’avoir l’attention de Trump

Les temps sont durs pour ceux qui, comme les Canadiens, voudraient avoir l’attention du président Donald Trump sur des questions comme le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis.


Publié à
6 h 00

C’est qu’il y a un trop grand nombre de dossiers qui monopolisent l’attention de M. Trump ces jours-ci, et pas nécessairement pour les bonnes raisons.

Le plus important de ces dossiers est la guerre avec l’Iran. Dopé par des succès faciles, comme l’arrestation du président Nicolás Maduro au Venezuela et le remplacement de son régime, le président a cru que l’Iran n’était pas un ennemi redoutable.

Le problème, c’est que ce qui devait être une opération militaire limitée dans le temps va bientôt entrer dans son troisième mois, sans que la fin soit en vue.

« Nous avons tout le temps du monde », a déclaré le président jeudi dernier, mais c’était pour se donner une contenance devant un conflit qui s’éternise.

D’une part, les conséquences se font sentir aux États-Unis mêmes. Le prix du plein d’essence et ceux de l’électricité continuent d’augmenter, tout comme le mécontentement des consommateurs.

De plus, le conflit mobilise de plus en plus de ressources. Ainsi, un troisième porte-avions, le George H. W. Bush, est arrivé jeudi dans la région. En tout, 27 navires de la marine américaine se trouvent maintenant dans les environs du détroit d’Ormuz, ce qui représente plus de 40 % des forces actuellement disponibles de la marine américaine.

Mais malgré ce déploiement, on ne sait toujours pas quels étaient les objectifs des États-Unis dans cette guerre. On n’a pas réussi à stopper le programme nucléaire de l’Iran, ni à récupérer l’uranium enrichi que le pays conserve toujours.

On n’a pas, non plus, réussi à faire tomber le régime, malgré la mort du guide suprême Ali Khamenei. Son fils, Mojtaba, a été désigné comme nouveau guide suprême. Mais il n’a jamais été vu en public depuis sa désignation.

Tout indique que le pays est dirigé, dans les faits, par les militaires et les Gardiens de la Révolution.

Le président Trump a beau dire qu’il a tout son temps, il n’est pas certain que le temps travaille pour lui. La situation sur le terrain évolue lentement vers une sorte d’impasse, pendant que le prix du plein d’essence – qui est devenu une sorte de baromètre tout aussi politique qu’économique pour l’opinion publique américaine – atteint des sommets.

Mais pendant ce temps, la situation politique se détériore rapidement pour le président, tant aux yeux de la population qu’auprès de sa base électorale, le mouvement MAGA.

La moyenne des sondages, établie par le site conservateur Real Clear Politics, évalue à 57,8 % la proportion des Américains qui désapprouvent la performance du président, contre 40,3 % qui l’approuvent. Plus de 60 % des Américains croient que leur pays est sur la mauvaise voie. Les élections de mi-mandat – qui auront lieu en novembre prochain – s’annoncent très difficiles pour le Parti républicain.

C’est encore plus compliqué en raison des divergences importantes qui se dessinent au sein même du mouvement MAGA, la base politique de Donald Trump.

La guerre en Iran n’est pas populaire chez les partisans de M. Trump, puisque nombre d’entre eux estiment qu’il a précisément été élu pour mettre fin aux guerres à l’étranger, pas pour en lancer de nouvelles.

L’agressivité avec laquelle la police de l’immigration (ICE) a fait la chasse aux immigrants en situation irrégulière, en particulier au Minnesota, où deux personnes innocentes ont été abattues par des agents, a rebuté beaucoup de gens, y compris dans la base électorale du président. Mais il y en a encore beaucoup qui veulent des actions musclées contre les migrants sans statut, une division au sein du mouvement MAGA qui n’augure rien de bon.

Tout comme la vague de congédiements de ces dernières semaines : Pam Bondi (Justice), Kristi Noem (Sécurité intérieure), Lori Chavez (Travail) et, plus récemment, John Phelan, secrétaire à la Marine, accusé de ne pas s’occuper assez activement de la nouvelle classe de destroyers qui doit porter le nom de Trump.

C’est dans cette atmosphère, pratiquement une situation de crise, que le Canada essaie d’obtenir un peu de l’attention vacillante du président sur le renouvellement de l’accord de libre-échange avec les États Unis et le Mexique (ACEUM).

Mais pendant que les négociateurs commerciaux du président reprennent sans cesse les mêmes vieux griefs sur la gestion de l’offre ou les alcools américains retirés des tablettes des sociétés des alcools provinciales, on ne parle pas de la véritable guerre commerciale qui a été lancée par l’administration Trump.

La renégociation du traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique n’a plus le même degré de priorité, même si le Mexique semble en voie de conclure un accord séparé avec les Américains, et que l’article 34.7 du traité prévoit qu’on doit, avant le 1er juillet, décider si on doit commencer à négocier le renouvellement de l’entente.

Et même si le président a la tête ailleurs, le 1er juillet n’attendra pas.


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