Libre opinion | L’ONU à jeter, vraiment?

Depuis un certain temps, plusieurs acteurs politiques et médiatiques canadiens, américains ou européens tirent à boulets rouges sur l’Organisation des Nations unies (ONU) : trop coûteuse, inefficace, inutile, partiale, etc. Ces personnes oublient cependant que les Nations unies jouent un rôle fondamental, autant pour des populations vulnérables partout dans le monde que pour les dirigeants de l’ensemble des pays de la planète.
Les multiples agences ont en effet un rôle essentiel pour des millions de personnes partout dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé, le Programme alimentaire mondial, le Haut-Commissariat pour les réfugiés ou l’UNICEF permettent au quotidien de sauver des vies, que ce soit par des vaccins, de l’aide alimentaire d’urgence, du soutien médical ou du soutien aux personnes déplacées. Leur contribution dépasse également la simple gestion de crise, en permettant à des communautés isolées d’obtenir facilement de l’eau potable, à des femmes de développer leur plein potentiel ou à des enfants d’obtenir l’éducation à laquelle ils ont droit.
Néanmoins, leur travail est menacé par le manque criant de fonds. Pendant que les besoins explosent, les budgets rétrécissent, car plusieurs États réduisent leurs cotisations ou retardent leur paiement. Cela laisse sur la touche des millions de personnes tout en créant une situation difficile pour les employés sur le terrain qui doivent faire des choix déchirants. Soudan, Yémen, Bangladesh, Syrie, Ukraine, Gaza, Afghanistan, des millions sont dans le besoin immédiatement, sans parler des défis liés aux changements climatiques ou à l’extrême pauvreté.
Mettre la hache dans l’ONU revient donc à réduire le soutien octroyé à ces populations vulnérables, un soutien déjà insuffisant. Est-ce vraiment une solution ?
En parallèle, l’Assemblée générale des Nations Unies est le seul forum où la quasi-totalité des États sont représentés, tous ayant une voix égale. C’est donc le seul endroit où l’ensemble des pays sont portés à collaborer sur les défis internationaux, comme la famine, l’égalité des genres ou l’accès à l’eau potable. Alors que les problèmes mondiaux s’accumulent et que les crises se multiplient, larguer l’ONU équivaudrait à réduire à néant l’un des seuls espaces de dialogue entre les nations. À quel endroit pourrait-on voir le Honduras, l’Allemagne, le Rwanda et le Liban travailler ensemble sur un sujet comme le droit à la vie privée à l’ère du numérique (résolution 79 / 175) ?
Le système actuel est certes imparfait, mais un monde sans ONU serait aussi un monde sans Accord de Paris visant à limiter les changements climatiques, un monde sans Traité de non-prolifération des armes nucléaires, un monde où le crime de génocide et les crimes de guerre n’existent pas, un monde où la puissance des États est la seule variable dans les relations interétatiques. Des avancées majeures ont eu lieu grâce à elle. Jeter l’ONU, c’est donc jeter le bébé avec l’eau du bain.
Dans le cadre de mes études universitaires, j’ai moi-même pu expérimenter la richesse et la vertu du dialogue entre les nations. En participant au National Model United Nations à New York avec des étudiants de partout dans le monde, nous avons trouvé des solutions à des questions actuelles tout en représentant les intérêts des pays nous étant assignés. Nous étions parfois en désaccord, il y a eu des conversations difficiles, mais c’est en discutant que nous avons pu trouver des voies de passage.
N’en déplaise aux États-Unis, à la Russie et à d’autres, c’est la coopération et la collaboration qui permettent au monde d’avancer, la force militaire n’est qu’une solution temporaire. Alors que le nombre de conflits dans le monde ne cesse d’augmenter, pensons-nous vraiment assurer une justice pérenne avec des bombes ? Améliorer l’état des écosystèmes avec des fusils ? Ou réduire les inégalités avec des drones ?
La pollution, les virus, la pauvreté ou encore les changements climatiques sont des défis mondiaux qui n’ont pas de frontières, et c’est donc seulement tous ensemble que nous pouvons nous y attaquer.


