Faillite d’une papetière: des retraités perdront jusqu’à 10 000$ par année

Au Québec, la retraite n’est pas la même pour tous. Tandis qu’une minorité profite de régimes garantis et stables, la majorité devra composer avec un maigre revenu public ou les aléas des marchés boursiers. Selon un sondage Le Journal/Leger, plus de la moitié des Québécois de 50 ans et plus craignent de manquer d’argent à la retraite.
L’avenir doré des anciens employés d’une papetière du Bas-Saint-Laurent s’est transformé en retraite modeste quand l’usine de Papiers White Birch a fermé, en décembre.
Mario Bérubé, Marius Marquis et Serge Beaulieu ont trimé dur toute leur vie chez F.F. Soucy à Rivière-du-Loup.
Sans rouler sur l’or, ils racontent que les gars de l’usine ont très bien gagné leur vie, se payant la voiture de l’année et les voyages dans le Sud.
Avec l’annonce de la fermeture de l’usine, juste avant Noël, puis de la faillite de l’entreprise, en janvier, certains retraités verront leurs rentes être amputées de 10 000 $ par année.
« Ça change pas mal ton rythme de vie », disent-ils.
Le président de l’association des retraités de F.F. Soucy, Serge Beaulieu.
Photo d’archives
Serge Beaulieu est président de l’association des retraités et depuis la faillite, il tente de rassurer ses membres, mais le contexte économique actuel rend la chose très difficile.
« Ça défait les plans. Le luxe, tu l’enlèves, admet-il. On se fait manger par le coût de la vie parce que nous avons perdu l’indexation dans la première faillite [en 2010], pis on se fait crosser par l’employeur. »
La meilleure usine
Dans les années 1980 et 1990, l’usine qui fabriquait du papier journal roulait 24 heures sur 24 et elle était considérée comme la plus performante au monde.
« Les propriétaires faisaient de l’argent comme de l’eau », lance Marius Marquis.
L’usine F.F. Soucy de Rivière-du-Loup.
Photo d’archives
À l’époque, les jeunes voulaient tous travailler au « moulin à papier », comme le disent les plus vieux.
« Le monde était jaloux de notre paie et de notre fonds de pension, et regarde aujourd’hui, on s’est fait avoir », raconte l’homme de 77 ans.
Ses besoins ne sont pas les mêmes que pour les plus jeunes, mais il est tout aussi inquiet pour ses vieux jours.
« Je regarde les résidences pour personnes âgées et ça coûte cher. On s’en va vers là », dit-il.
Même pour les plus jeunes retraités, un retour sur le marché du travail n’est pas toujours la solution.
À 65 ans, Mario Bérubé est en attente d’une deuxième opération à la hanche.
« Je ne me garroche pas partout. Les jobs physiques en usine, c’est fini », constate l’homme qui a 36 ans de service chez F.F. Soucy.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
La misère des riches
Les trois amis n’ont pas de rancœur contre les administrateurs de l’usine, puisque les décisions importantes ne se prenaient pas dans les bureaux de Rivière-du-Loup.
Ils se considèrent même comme chanceux d’avoir bien gagné leur vie, mais ils ne sont pas à inviter au même souper que le milliardaire et propriétaire de Papiers White Birch, Peter Brant.
« Il ne sait même pas qu’on existe. L’être humain, il s’en fout. Tu rapportes, il va te garder, mais si tu ne rapportes pas, on te flushe », indique Serge Beaulieu, aigri par la situation.
C’est la deuxième fois que les retraités de F.F. Soucy subissent des coupures.
Lors de la faillite de 2010, ils avaient perdu 13 % de leur régime de retraite.
L’usine avait finalement été relancée en 2012, mais cette fois, il n’y aura pas de miracle, puisque les actifs des installations de Rivière-du-Loup ont été vendus au Groupe Lebel, une entreprise forestière.
Le dossier des retraités de F.F. Soucy est actuellement entre les mains de Retraite Québec, et ils espèrent récupérer quelques dollars afin de les remettre dans la cagnotte de leur régime.
D’autres cas
La faillite du Groupe Capitales Médias en 2019 a eu des conséquences financières majeures pour des centaines de retraités, qui ont vu leurs rentes de retraite réduites de 25 à 30 %. L’affaire est toujours en cours devant les tribunaux.
Après avoir lutté une dizaine d’années, les retraités du fabricant d’électroménagers MABE Canada peuvent toucher leur fonds de pension, mais ces prestations ont été réduites de 22 %.



