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Femme « morte gelée » en Estrie | Refusée trois fois à la frontière canadienne

Avant d’opter pour un passage irrégulier par une forêt de l’Estrie en plein hiver, une femme originaire du Brésil a tenté à trois reprises d’entrer légalement au Canada, sans succès.


Publié à
5 h 00

Destin funeste : Leticia Oliveira Alves a été retrouvée « morte gelée » dans une forêt de Coaticook près de la frontière canado-américaine il y a deux ans. Elle n’a été identifiée que récemment.

Le rapport du coroner Donald Nicole obtenu par La Presse révèle de nouveaux détails entourant la mort de la mère de famille de 36 ans portée disparue à la fin de 2023 par ses proches, inquiets, au Brésil.

La femme n’a pas été victime d’un acte de violence, selon l’autopsie pratiquée au Québec. Elle est « vraisemblablement morte de froid », conclut le coroner Nicole dans son rapport de deux pages.

Rien toutefois dans son rapport d’enquête ne permet de comprendre pourquoi la femme était à ce point déterminée à franchir la frontière canadienne, au péril de sa vie.

Ni si elle a été abandonnée par des passeurs ou si elle a agi sans aide.

Vers 17 h, le 26 avril 2024, des chasseurs ont fait la macabre découverte. Son corps, allongé sur le dos, « présentait des signes importants de momification », décrit le coroner. Elle a été retrouvée à l’extrémité d’un ponceau d’acier, entreposé en bordure d’un chemin forestier privé sur le territoire de Coaticook, en Estrie, tout près de la frontière canado-américaine.

Sa famille restée au Brésil aurait eu de ses nouvelles pour la dernière fois alors qu’elle se trouvait à Boston, aux États-Unis, en décembre 2023, selon des médias brésiliens qui ont couvert sa disparition.

« Elle avait de grands rêves »

Son frère a raconté à un média local qu’elle s’était rendue à Boston pour rencontrer un avocat concernant l’obtention d’un visa. La trentenaire était titulaire d’une licence en chimie de l’Université fédérale de Goiás, au Brésil, et d’une maîtrise en sciences de l’Institut technologique d’aéronautique. Elle aurait interrompu ses études de doctorat pour se consacrer à du bénévolat pour l’Église adventiste du septième jour.

« Leticia avait de grands rêves ; elle voulait terminer son doctorat et rêvait de vivre dans un monde moins intolérant. […] J’espère retrouver la paix à l’avenir, mais pour l’instant, je suis plongé dans une profonde tristesse », a confié son frère Frederico au média local au moment où le corps de sa sœur a été identifié.

L’enquête policière a établi que Mme Oliveira Alves était entrée « illégalement » aux États-Unis le 21 janvier 2023, apprend-on dans le rapport du coroner. Un an plus tard, à trois reprises, les 7, 10 et 11 janvier 2024, elle a tenté d’entrer « légalement » au Canada à trois points d’entrée différents (Stanstead, Newport et Buffalo), avant d’être retournée aux États-Unis par les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada chaque fois.

Ce serait « possiblement quelques jours plus tard » que la trentenaire s’est « perdue en forêt » en tentant d’entrer « illégalement » au Canada, dans le secteur de Coaticook, affirme le coroner qui évalue le moment du décès au 15 janvier 2024.

Même si son corps a été découvert au printemps 2024, c’est seulement l’hiver dernier qu’un échantillon d’ADN collecté au moment de sa détention par les autorités américaines a été associé aux restes humains découverts près de Coaticook, toujours selon des médias brésiliens par lesquels des proches ont été interrogés.

« Des chemins très dangereux »

La femme a été identifiée en comparant son profil génétique à celui obtenu du Federal Bureau of Investigation (FBI) aux États-Unis, par le Centre national pour les personnes disparues et les restes non identifiés à Ottawa, indique pour sa part le coroner Nicole.

Mme Oliveira Alves portait des vêtements d’hiver et n’avait aucun effet personnel, ce qui a également rendu la tâche d’identification plus difficile pour les autorités. Elle avait une fille de 12 ans, restée au Brésil.

« Ce n’est pas la première ni malheureusement la dernière à mourir en prenant des risques pour traverser la frontière en raison de la renégociation de l’Entente sur les tiers pays sûrs », se désole Maryse Poisson, directrice de l’intervention sociale au Collectif Bienvenue. Cette entente avec les États-Unis, qui a entraîné la fermeture de points de passage irréguliers, mais somme toute sûrs comme le chemin Roxham, a poussé « des gens vulnérables, qui ont besoin de protection, à emprunter des chemins très dangereux », observe celle qui travaille depuis dix ans auprès des demandeurs d’asile.

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