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Québec | Dix faits étonnants sur le salaire minimum

On les croise au dépanneur, à la station-service. Aux quatre coins du Québec, 198 000 travailleurs gagnent le salaire minimum. Soit 16,60 $ de l’heure à compter de demain. Le montant est si faible qu’on se demande bien comment ils font pour se nourrir et payer leur loyer.


Publié à
5 h 00

Dans les faits, on ne peut pas comprendre la réalité derrière le salaire minimum si on regarde uniquement le chiffre annoncé par le gouvernement. C’est plus complexe.

Un taux horaire ne veut pas dire grand-chose si on ne tient pas aussi compte du contexte familial, du coût de la vie, des cotisations, des prestations et des impôts, comme le démontre la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke dans sa 10e étude sur le sujet⁠1.

Voici donc 10 faits étonnants ou méconnus sur le sujet.

Un salaire net plus élevé que le brut

Quand on gagne bien sa vie, il est difficile d’imaginer que son salaire net puisse être plus élevé que le brut, à cause des impôts et des autres ponctions sur chaque paie. Or, c’est possible.

Nombre de travailleurs au salaire minimum qui gagnent un peu plus de 33 000 $ brut par année se retrouvent avec des milliers de dollars de plus dans leurs poches.

Par exemple, un couple dont un seul des conjoints travaille et qui a deux enfants dispose non pas de 33 000 $, mais plutôt de 59 520 $, un écart positif de 22 000 $, comme on le voit dans le graphique ci-dessous. « Tu peux dire qu’on ne vit pas bien à 16,60 $… mais justement, tu ne vis pas avec 16,60 $. Il y a plein d’interactions avec les mesures sociales et c’est ça notre message », insiste le professeur et titulaire de la CFFP, Luc Godbout.

Les calculs incluent la nouvelle Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, l’impôt, le crédit pour solidarité, la cotisation à la RAMQ, etc.

Plus rare au Québec qu’ailleurs

En 2025, c’est au Québec que le pourcentage des employés gagnant le salaire minimum (4,8 %) est le plus faible, ex æquo avec l’Alberta. La moyenne canadienne est de 6 %. En Alberta, le salaire minimum est tellement faible que les employeurs offrent davantage, sinon ils manquent de bras. Au Québec, la faiblesse du taux de chômage des dernières années a certainement forcé des entreprises à bonifier leurs salaires. Le taux le plus élevé, 7,2 %, a été atteint en 2018.

Une étape de la vie

Au Québec, seulement 2 % des retraités ont gagné le salaire minimum toute leur vie, révèle un sondage Léger commandé par la Chaire et réalisé en février. Cela confirme que le salaire minimum est rarement une condition permanente. C’est plutôt une étape dans la vie. Dans l’ensemble de la population, 67 % ont déjà expérimenté le salaire minimum à un moment de leur vie ou un autre. Mais le plus souvent, c’était pendant qu’ils étaient jeunes ou aux études.

Battre l’inflation 70 % du temps

La hausse de 50 ¢ du salaire minimum qui entre en vigueur le 1er mai représente un bond de 3,1 %, ce qui est supérieur à l’inflation prévue de 2,3 %. Quel est le bilan depuis l’an 2000 ? La Chaire nous apprend que la croissance du salaire minimum a été supérieure à l’inflation 19 années sur 27, soit 70 % du temps.

Au-dessus du seuil de la pauvreté ?

La réponse courte est oui. Le salaire minimum permet de vivre au-dessus du seuil de la pauvreté, tel que défini par la Mesure du panier de consommation (MPC). Cet outil calcule le coût de divers biens et services tels que le logement, le transport, la nourriture et l’habillement. La MPC ne couvre que la base, ce qui est fort subjectif, bien entendu. Ainsi, certains trouvent que c’est trop peu (25 217 $ à Montréal pour une personne, 35 662 $ pour deux personnes).

Quoi qu’il en soit, les quatre types de ménages analysés par la Chaire disposent d’un budget supérieur à la MPC.

Mieux au Québec que dans le ROC

Le graphique ci-dessus nous fait aussi réaliser une chose très claire : vaut mieux gagner le salaire minimum au Québec que dans n’importe quelle autre province. Cela inclut la Colombie-Britannique et l’Ontario qui offrent pourtant les taux horaires les plus élevés du pays.

La fiscalité y est pour beaucoup, tout comme le coût de la vie. En Alberta, aucun des quatre types de ménages analysés ne dispose d’assez d’argent pour subvenir à ses besoins de base. La province du pétrole affiche actuellement le salaire minimum le plus bas du Canada, alors qu’elle pouvait se vanter d’offrir le taux le plus élevé il y a dix ans.

« Depuis 2017, on est toujours premiers relativement aux autres provinces. Ça ne veut pas dire que la situation est rose pour les personnes qui travaillent au salaire minimum à temps plein. Mais on arrive à couvrir au moins 100 % des besoins de base », précise Suzie St-Cerny, professionnelle de recherche à la Chaire.

Les jeunes surtout

Si on devait faire un portrait-robot de la personne qui gagne le salaire minimum, elle aurait certainement un cellulaire dans les mains pour regarder TikTok. Car la grande majorité (67 %) a moins de 24 ans. Ils sont encore plus nombreux à travailler à temps partiel (69 %). Et ils n’ont pas souvent d’enfants (81 %). Ce portrait ne change pas vraiment lorsqu’on inclut aussi dans le groupe les personnes dont le salaire horaire atteint 125 % du salaire minimum. Cela démontre que les salaires faibles sont majoritairement versés à des jeunes à temps partiel.

Un salaire plus féminin

Les femmes sont surreprésentées parmi les travailleurs au salaire minimum. Même si elles comptent pour 48 % de l’ensemble des employés de la province, elles représentent 58 % des travailleurs qui gagnent le minimum.

Pas partout, mais presque

Parmi les 187 pays membres de l’Organisation internationale du travail, 90 % sont dotés d’un ou de plusieurs salaires minimums.

Presque toujours numéro 1

Même à l’échelle internationale, les Québécois qui gagnent le salaire minimum ont de quoi se consoler. Quand on regarde le revenu disponible (revoir le graphique plus haut), il dépasse celui des 22 autres pays de l’OCDE analysés pour 3 des 4 types de ménages. La personne qui vit seule au Québec s’avère l’exception, au 8e rang du classement.


1. Consultez l’étude de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke

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