Dossier | Séries 2026 | La folie du CH s’empare de Montréal (2 articles)

Jeudi matin : les joueurs du Canadien ne sont pas encore dans l’avion qui les ramènera de Tampa Bay que déjà, le Centre Bell fourmille d’activité en vue du match du lendemain.
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5 h 00
Au quai de livraison, les boîtes s’empilent. La bière, le vin, les pains à hot-dog et à smoked meat, les articles promotionnels, « ça n’arrête pas », dit Patrick Bigras, vice-président principal hospitalité du Groupe CH.
Ce vendredi, chaque minute sera comptée dans l’amphithéâtre montréalais. Un soir de match, dit Patrick Bigras, le Centre Bell se gère comme un bateau de croisière : « Tout le monde va arriver à 17 h et tout le monde veut être dans son siège à 19 h. »
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Patrick Bigras, vice-président principal hospitalité du Groupe CH
Dans l’intervalle, ce sont des milliers de personnes qu’il faudra servir.
« Les gens pensent que le Centre Bell égale hot-dog : oui, mais ce n’est pas juste ça », dit M. Bigras, qui mentionne par exemple les huîtres et les côtes d’agneau qui sont commandées dans les loges et dans les restaurants de l’amphithéâtre.
Vendredi soir, il se vendra environ 25 000 bières au Centre Bell, et autant de boissons alcoolisées comme du vin et des cocktails. Environ 10 000 hot-dogs devraient trouver preneurs.
Pendant que les victuailles entrent à la tonne sur des palettes, on s’attelle à préparer la patinoire et les gradins. Il y a quelques heures à peine, le groupe de métal Bring Me The Horizon et ses fans occupaient l’espace. Tout a été démonté dans la nuit de mercredi à jeudi. Maintenant, la zamboni lisse la glace, des techniciens vérifient les câbles auxquels seront attachées des caméras.
Une vingtaine de personnes circulent entre les rangées de sièges : une serviette, deux serviettes, trois serviettes… 21 000 serviettes ! Après trois heures de travail, chaque siège du Centre Bell aura la sienne.
Car s’il est une « tradition qu’on ne peut pas arrêter », dit Patrick Bigras, c’est celle de distribuer ces petits carrés blancs qui tournoient au-dessus des têtes des spectateurs venus encourager les Glorieux.
Léa Cossette est de ceux qui les placent sur les sièges. La jeune femme dit à la blague qu’elle est aussi « responsable de Youppi ! », un être « adorable », assure-t-elle.
« Je le suis un peu partout pour m’assurer que tout va bien et qu’on est au bon endroit à la bonne heure », dit-elle. Quitte à courir après la mascotte orange quand elle s’emporte pendant un match.
« Je suis aux coursives et je regarde le match pendant qu’il fait ses animations. C’est vraiment cool, comme job », dit Léa Cossette.
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À l’occasion des séries éliminatoires, l’hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth a mis au menu la pizza « La Canadien de Montréal » à saveur de smoked meat et de sirop d’érable. Sur la photo, le cuisinier Michel Moffet nous montre sa création. Est-il un partisan du Canadien ? « Moi, je viens de la région de Québec », répond-il, l’air espiègle.
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Alfonso Ponce, chef de La Cage Centre Bell, s’affaire dans la cuisine du restaurant. Les soirs de match, tout se joue pour lui et sa brigade de 18 personnes entre la première et la deuxième période, à l’entracte. « Ça roule en tabarouette », dit-il.
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Leah Saltiel (à gauche) est passée chez DoughNats mercredi spécialement pour acheter des beignes aux couleurs du Tricolore. Elle aura la chance d’assister au match, ce vendredi soir.
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Dans la boutique du Centre Bell, Maëlle Guislain et Salomé Beito choisissent des chandails en prévision du match de ce vendredi. Les deux étudiantes de l’Université McGill originaires de France ont attrapé la fièvre du hockey après leur arrivée à Montréal il y a trois ans. « C’est tellement une culture forte ! On regarde tous les matchs », dit Salomé Beito, qui songeait à acheter un chandail de Kirby Dach.
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La pâtisserie DoughNats prépare des beignes spéciaux pour les séries, qui s’envolent comme des petits pains chauds. Ils sont aussi livrés dans les loges du Centre Bell. La propriétaire, Nathalie Kaspy-Shtern, dit en riant qu’elle a « malheureusement » dû en faire avec le logo du Lightning de Tampa Bay, puisque des dirigeants de l’équipe allaient en recevoir. « On est très accueillant à Montréal », observe cette partisane du Canadien.
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Le Reine Elizabeth confectionne aussi des rondelles de hockey en chocolat livrées aux amateurs qui en font la demande, création du chef pâtissier Anthony Demoizet.
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Les desserts aux couleurs du Tricolore ont décidément la cote durant les séries éliminatoires. Chez Les Glaceurs, c’est une tradition depuis près de 18 ans, souligne Virginie Morin, qui est à la tête de l’entreprise. « Cette année, l’engouement est particulièrement fort : nous avons même créé un coffret spécial pour l’occasion », dit-elle.
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C’est au restaurant Le Stanley, aujourd’hui situé sur le site de l’ancienne patinoire Victoria, que Bertil Fabre nous a donné rendez-vous pour parler de la fièvre des séries. Un lieu hautement symbolique. Aujourd’hui, la glace a disparu, mais c’est sous nos pieds qu’en 1875, le premier match de hockey codifié a été disputé. Puis, en 1894, la toute première finale de la Coupe Stanley.
Le restaurant situé au pied du Centre Sheraton Montréal – à l’angle du boulevard René-Lévesque et de la rue Stanley – en était à ses derniers préparatifs jeudi matin en vue du match décisif de ce vendredi soir. Des écrans géants étaient déjà installés aux quatre coins de la pièce pour diffuser le match.
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Le directeur général du Centre Sheraton Montréal, Bertil Fabre
Avec ses 825 chambres, c’est le deuxième hôtel en importance à Montréal. Il y a deux jours, le taux d’occupation était de 50 %, il devrait bondir à 90 % ce vendredi, évalue le directeur général de l’hôtel, situé à un jet de pierre du Centre Bell. « C’est très rare en deux jours comme ça, c’est exceptionnel. »
Le restaurant, qui sert en moyenne 175 couverts par jour, passera à 425 couverts en raison du match ce vendredi soir. « On veut qu’ils gagnent en quatre si on est des vrais fans. Si on est des gens de l’hôtellerie, on veut qu’ils gagnent en six ! », lance-t-il en riant.
« La ville est différente »
Christopher Dubé, lui, veut qu’ils gagnent tout court. À bord de son autobus de la STM, il arpente la ville sur des kilomètres. Le « Go Habs Go » défile sur le devant de son véhicule et le chauffeur arbore un chandail rouge de l’équipe.
« Les gens sur les trottoirs m’envoient la main. Ça met un sourire dans la face des gens et ça ne coûte rien. C’est le fun, le monde est heureux », dit M. Dubé.
Depuis quelques jours, Montréal n’est tout simplement plus la même, dit-il.
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Le chauffeur de la STM Christopher Dubé, affecté à la ligne 747, conduit son autobus vêtu de son chandail du Canadien.
La ville est différente. La ville est fébrile. Pendant le reste de l’année, on fait notre petite affaire, mais quand nos équipes sportives font bien, le centre-ville est plein.
Christopher Dubé, chauffeur d’autobus à la STM
Lors de la dernière partie de l’équipe au Centre Bell, c’était « fou raide » dans les rues, observe-t-il.
Un soir de match du Canadien en séries, « c’est du sport », abonde Kevin Beaudry, directeur général de La Cage Centre Bell. Entre 15 h et 19 h ce vendredi, il estime qu’environ 1200 clients seront servis.
Quand les spectateurs qui ont des billets pour le match quittent son restaurant, ce sont ceux qui veulent regarder le match à la télévision qui l’emplissent. « C’est un peu chaotique, ça va vite. Mais ça ne me rend pas nerveux. La game : ça, ça me rend nerveux », dit ce fan.
Peu importe l’issue du match, les bières se vendent, dit M. Beaudry. « Les gens vont venir prendre une bière pour oublier qu’on a perdu, ou pour fêter parce qu’on a gagné. »
Des chandails qu’on s’arrache
Impossible de manquer la mer de rouge dans les gradins lors des derniers matchs au Centre Bell. Les partisans étaient nombreux à porter le chandail de la Sainte-Flanelle. Le directeur des achats de Sports Experts, Yanic Giguère, le confirme : « C’est la folie totale. » Il n’a jamais rien vu de tel en 25 ans de carrière.
Dans le plancher de la boutique phare située rue Sainte-Catherine, il ne restait qu’une vingtaine de chandails jeudi matin. « On ne fournit pas en ce moment », raconte-t-il. « On vend beaucoup, beaucoup, beaucoup de chandails et je pense que ce n’est pas fini. S’ils passent en deuxième ronde, ça va être complètement fou. »
Immédiatement après la victoire du CH mercredi soir, son directeur de magasin, Cédric Lescarbeaut, s’est mis à le texter : « Il faut du stock, il faut du stock, il faut du stock », dit-il.
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Le directeur des achats de Sports Experts, Yanic Giguère
Les numéros les plus demandés ? « Le 13, le 14, le 20 », dit-il. Ceux du capitaine Nick Suzuki, du marqueur prolifique Cole Caufield et de l’ailier Juraj Slafkovský.
L’engouement est réel, dit Jon Trzcienski, vice-président au marketing du Groupe CH. Les partisans du Canadien sont « fébriles, prêts à applaudir leurs joueurs » bien avant le début de chaque match.
« Ils vont porter le chandail fièrement, sans qu’on fasse de grosse campagne de marketing. Ce n’est pas artificiel », explique-t-il.
« Les gens veulent avoir un club gagnant, ils sont prêts pour la 25e Coupe Stanley », estime-t-il.



