«Bon cop, bad cop», une série dans l’air du temps

« Pour moi, l’essence de Bon cop, bad cop, c’est la rencontre des cultures. C’est la rencontre de gens différents », assure Patrick Huard, de retour avec la suite sérielle de la franchise à succès. Vingt ans après la sortie du film original, qui a établi un record au box-office canadien, l’acteur, coscénariste et coréalisateur reprend ainsi son rôle de David Bouchard. Cette fois, il retrouve Martin Ward en Gaspésie pour enquêter sur la disparition d’un chef autochtone. « On était rendus là, avec ce dialogue qu’il y a avec [les Premières Nations] dans l’espace public », souligne-t-il. Dès lors, la décision de décliner cette suite sous forme de série prend tout son sens : « Ça demandait un petit peu plus de temps, un petit peu plus de doigté, pour arriver au moment où on peut commencer à en rire et à avoir du fun. »
Autour du duo mythique se greffe une nouvelle galerie de personnages. Il y a la jeune recrue autochtone campée par Joshua Odjick, Kim, la nouvelle patronne de David incarnée par Christine Beaulieu, mais aussi Gabrielle, la fille de David, à qui Sarah-Jeanne Labrosse continue de prêter ses traits, enceinte et elle aussi désormais dans le métier. « Les deux frères ennemis, cette histoire-là, je l’ai racontée en deux films. Pas grand-chose d’autre à rajouter sur ça. Mais en créant [cette] famille dysfonctionnelle, ça me permettait […] d’utiliser nos différences pour faire notre force en ajoutant des personnages, et c’était aussi une occasion de faire le changement », confie Patrick Huard à propos de l’absence de Colm Feore à l’écran. C’est en effet Henry Czerny qui reprend avec crédibilité le rôle de Martin Ward.
Le choc des cultures et des langues qui avait séduit le public des salles de cinéma à l’époque se double désormais d’un choc des générations. David va devenir grand-père et la perspective de vieillir ne l’enchante pas vraiment… « Ce n’est pas un hasard s’il débarque dans une loge de drag queens [dans le premier épisode]. Ça participe à confondre [son personnage] », mentionne Patrick Huard. Celui-ci a, de fait, recours au même humour grinçant qui caractérise Bon cop, bad cop depuis 2006 pour dépeindre ses protagonistes. L’occasion de s’adonner également à la parodie politique avec un premier ministre du Canada acadien, interprété par Robin-Joël Cool.
Un projet construit avec les communautés
C’est à Gesgapegiag, en territoire micmac, que David et Martin se retrouvent pour mener l’enquête, tandis qu’un projet de pipeline divise la communauté. Pour explorer ce terrain avec justesse, l’équipe de la série s’est entourée de l’auteur-coordonnateur autochtone Quentin Condo et des conseillers Eva Thomas et Adam Pettle. « Quentin nous a fait rencontrer les 41 chefs des nations à une assemblée à Québec pour présenter notre projet. Et là, il fallait attendre de voir si la façon dont on le faisait était correcte, si on était accepté pour aller de l’avant. C’était super important pour nous d’avoir cet accord », se souvient Anik Jean. La coréalisatrice et compositrice de la musique de la série, elle-même originaire de la Gaspésie, tenait à ce que le travail se fasse dans le respect et la bonne foi.
Patrick Huard évoque pour sa part l’enseignement qu’il a tiré de son expérience avec Quentin Condo : « Il m’a dit : “Tu peux dire ce que tu veux par rapport à nous, vraiment n’importe quoi, si tu finis avec un point d’interrogation. Si tu finis avec un point d’exclamation, ça se peut que ça me dérange. Mais tu peux me poser toutes les questions du monde. Il n’y a aucun problème.” » C’est dans cet état d’esprit que le tournage s’est déroulé, avec et au sein des communautés concernées. « C’est vraiment eux qui nous ont dit : “Hé, on le fait ensemble.” Ce qu’on a vécu était magnifique », poursuit Anik Jean.
« On a été accueillis par la communauté avec beaucoup de générosité. J’ai adoré travailler en Gaspésie, les voir sortir de leur zone de confort. J’ai l’impression que tout le monde sur place était tellement investi qu’ils ont tous embarqué avec eux pour foncer et s’amuser sans grandes ambitions. C’était tellement joyeux. Je pense que c’était la clé pour que cette série ait son âme », indique Joshua Odjick. L’acteur d’origine algonquine anichinabée se réjouit d’avoir pu prendre part à un tel projet. « C’était un bon défi. Patrick et Anik étaient très accueillants et je me sentais en sécurité avec eux », ajoute-t-il.
Raconter le territoire
« Je veux que les gens se reconnaissent à la télé. C’est pour ça que je suis content qu’il y ait différentes communautés et régions dans le show, parce qu’eux autres aussi ont le droit de se voir la face », relève Patrick Huard. Il souhaite que les gouvernements aident davantage le milieu télévisuel et cinématographique à montrer et à parler du territoire dans son ensemble. « Quand les productions américaines arrivent au Québec, elles ont des crédits d’impôt. Pas nous. C’est quand même absurde. Ça coûte extrêmement cher d’amener une équipe de tournage [en région] », relève-t-il.
« On a un territoire et des gens absolument formidables. Imaginez les possibilités que ça offrirait à un diffuseur de raconter ces histoires à l’intérieur des paramètres budgétaires », renchérit Patrick Huard. Selon lui, l’enjeu est double : offrir de la représentation à l’écran, mais aussi des retombées économiques concrètes pour les communautés qui ouvrent leurs portes aux équipes de tournage. « Si elles t’accueillent comme ça, [il faut] qu’elles puissent en profiter », précise-t-il.
Avec Bon cop, bad cop, Patrick Huard a voulu partager avec les téléspectatrices et les téléspectateurs ce qui l’anime depuis longtemps. « On est tous le marginal de quelqu’un. C’est vraiment pas compliqué. Moi, je l’ai vécu quand j’étais à Facteur A. Fait qu’on peut-tu se parler ? » conclut-il.




